Un tournant économique pour la Syrie post-conflit
Après plus de treize années de guerre civile dévastatrice, la Syrie cherche désespérément à se relever. L’effondrement du régime précédent en décembre 2024 a ouvert une nouvelle ère, marquée par des efforts intenses pour attirer des capitaux étrangers. Les autorités de transition, dirigées par Ahmad al-Chareh, multiplient les partenariats, particulièrement avec les pays du Golfe, pour financer la reconstruction d’un pays dont l’économie est en ruines.
Parmi ces initiatives, l’Arabie saoudite émerge comme un acteur clé. Ryad, qui avait déjà engagé des sommes importantes par le passé, franchit une nouvelle étape avec des accords concrets et ambitieux. Ces engagements ne se limitent pas à des promesses : ils touchent des secteurs essentiels pour redonner vie à la société syrienne au quotidien.
La création d’une compagnie aérienne commune : Nas Syria
L’un des points les plus médiatisés de ces accords est sans doute la naissance d’une compagnie aérienne low-cost baptisée Nas Syria. Ce projet conjoint entre la Syrie et l’Arabie saoudite vise à renforcer les liaisons aériennes régionales et internationales, un enjeu crucial pour un pays isolé pendant de longues années.
La nouvelle entité, issue d’un partenariat avec une compagnie saoudienne existante spécialisée dans le low-cost, devrait opérer avec une flotte conséquente dès la fin 2026. Elle sera majoritairement détenue par des intérêts syriens, ce qui symbolise une volonté de souveraineté dans ce secteur stratégique.
En parallèle, les accords prévoient le développement aéroportuaire, notamment à Alep. Un nouvel aéroport d’une capacité de 12 millions de passagers annuels est planifié, accompagné de travaux de modernisation sur l’infrastructure existante. Ces investissements aériens pourraient transformer la mobilité des Syriens et faciliter l’arrivée de touristes, d’hommes d’affaires et d’aide humanitaire.
« Une compagnie aérienne low-cost syro-saoudienne » baptisée « Nas Syria ».
Talal al-Hilali, chef de l’Autorité syrienne d’investissement
Ces avancées dans l’aviation ne sont pas anodines. Elles répondent à un besoin urgent : reconnecter la Syrie au monde extérieur après des années de fermeture. Les vols low-cost pourraient démocratiser les déplacements, stimuler le commerce et soutenir la diaspora syrienne dans ses allers-retours.
Le projet SilkLink : un milliard de dollars pour les télécommunications
Autre pilier majeur de ces accords : le projet SilkLink. Doté d’une enveloppe d’environ un milliard de dollars, il ambitionne de moderniser les infrastructures de télécommunications et d’améliorer la connectivité numérique à travers tout le pays.
La Syrie a souffert d’une dégradation massive de ses réseaux pendant le conflit. Internet intermittent, coupures fréquentes, infrastructures détruites : ces problèmes ont entravé le développement économique et l’accès à l’information. SilkLink vise à déployer des réseaux fibre optique, des data centers et des solutions de connectivité haut débit.
Ce projet pourrait positionner la Syrie comme un hub régional en matière de télécommunications, profitant de sa localisation géographique stratégique entre l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient. Une meilleure connectivité favoriserait l’émergence d’entreprises numériques, l’éducation en ligne et les services publics digitalisés.
« Un projet baptisé SilkLink vise à développer les infrastructures de télécommunications et la connectivité numérique en Syrie », avec « une enveloppe d’environ 1 milliard de dollars ».
Abdulsalam Haykal, ministre syrien des Télécommunications
Les retombées attendues sont multiples : création d’emplois qualifiés, attraction d’investisseurs tech, et amélioration immédiate de la qualité de vie pour des millions de Syriens qui dépendent d’Internet pour travailler, étudier ou rester en contact avec leurs proches.
Dessalement d’eau et autres domaines de coopération
Les accords ne se limitent pas à l’air et au numérique. Un volet important concerne le dessalement de l’eau, un enjeu vital dans un pays confronté à des pénuries chroniques exacerbées par la guerre et le changement climatique.
La coopération sur l’eau potable pourrait inclure la construction ou la réhabilitation d’usines de dessalement, particulièrement le long de la côte méditerranéenne. Cela permettrait d’approvisionner les grandes villes et les zones agricoles, contribuant à la sécurité alimentaire et à la stabilité sociale.
Par ailleurs, les deux pays envisagent un fonds d’investissement dédié aux projets majeurs, avec une forte implication du secteur privé saoudien. Ce mécanisme vise à canaliser des capitaux vers des initiatives prioritaires, en garantissant un suivi et une rentabilité pour les investisseurs.
Les responsables insistent sur le caractère stratégique de ce partenariat. Il s’agit de bâtir des relations durables, fondées sur des intérêts mutuels et une vision commune de la stabilité régionale.
Contexte géopolitique et levée des sanctions
Ces annonces interviennent dans un contexte favorable. Les États-Unis ont levé définitivement leurs sanctions sur la Syrie en décembre dernier, ouvrant la voie à une normalisation financière. La Syrie, longtemps isolée sur la scène internationale, peut désormais accéder au système bancaire mondial et aux transactions en dollars.
Cette décision américaine, combinée à l’engagement croissant des pays arabes, change la donne. L’Arabie saoudite, qui avait rompu avec Damas pendant des années, a opéré un revirement spectaculaire après les événements de 2024. Les liens se resserrent rapidement, portés par une convergence d’intérêts.
Les investissements saoudiens ne datent pas d’aujourd’hui. Dès juillet précédent, des accords d’une valeur de plusieurs milliards avaient été signés. Les nouveaux engagements s’inscrivent dans une dynamique continue, avec la promesse que « ce n’est qu’un début ».
Les défis et les perspectives de reconstruction
Malgré l’enthousiasme officiel, des voix appellent à la prudence. La reconstruction de la Syrie représente un chantier titanesque. Selon des estimations internationales, le coût total pourrait dépasser les 200 milliards de dollars. Les infrastructures détruites, l’industrie à l’arrêt, le chômage massif et la pauvreté extrême exigent des efforts colossaux sur de nombreuses années.
Certains analystes soulignent que les projets actuels, bien que bienvenus, ne sont pas forcément les plus prioritaires à court terme. L’accent mis sur l’aviation et les télécoms est louable, mais d’autres secteurs comme l’énergie, l’agriculture ou la santé pourraient nécessiter une attention immédiate pour stabiliser la population.
« À court terme, ces accords ont davantage d’importance en tant que signal politique qu’en tant que facteur de changement économique ».
Un analyste spécialiste de l’économie syrienne
Les autorités de transition ont annoncé avoir attiré des promesses d’investissements massifs depuis la chute du régime précédent. Des pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite et le Qatar, se sont engagés à régler des dettes anciennes auprès d’institutions internationales, facilitant ainsi de nouveaux prêts.
L’avenir dépendra de la capacité à traduire ces accords en réalisations concrètes. La stabilité politique, la transparence et la lutte contre la corruption seront déterminantes pour maintenir la confiance des investisseurs. La communauté internationale observe attentivement cette phase critique.
Impact sur la vie quotidienne des Syriens
Au-delà des chiffres et des annonces, ces investissements touchent directement les besoins essentiels. Une meilleure connectivité aérienne facilitera les voyages familiaux et les échanges commerciaux. Un Internet fiable ouvrira des opportunités éducatives et professionnelles inédites.
Le dessalement d’eau pourrait soulager des millions de personnes confrontées à des restrictions d’approvisionnement. Ces avancées, si elles se concrétisent, contribueront à restaurer un sentiment de normalité après tant d’années de chaos.
Les Syriens aspirent à une reconstruction inclusive, qui bénéficie à toutes les composantes de la société. Les autorités de transition répètent leur engagement en ce sens, tout en naviguant dans un paysage géopolitique complexe.
Vers un partenariat stratégique durable ?
L’Arabie saoudite positionne ces investissements comme le fondement d’un partenariat stratégique à long terme. Le ministre saoudien de l’Investissement a évoqué des projets qui touchent « des secteurs vitaux qui touchent la vie des gens ».
Du côté syrien, on met en avant l’importance de ces secteurs comme piliers de la reconstruction économique. Les deux parties semblent alignées sur l’objectif commun : redonner à la Syrie sa place dans la région et dans l’économie mondiale.
Ces accords pourraient servir de modèle pour d’autres partenaires internationaux. Si les premiers projets réussissent, ils ouvriront la voie à une vague plus large d’investissements, accélérant le redressement du pays.
La route reste longue, semée d’embûches politiques, sécuritaires et économiques. Mais pour la première fois depuis longtemps, des signes tangibles d’espoir émergent pour les Syriens.
La signature de ces accords le 7 février 2026 restera sans doute comme une date marquante dans l’histoire récente de la Syrie. Elle symbolise le passage d’une phase de rupture à une ère de reconstruction, avec le soutien actif de puissants alliés régionaux.
Restons attentifs aux développements futurs, car c’est dans la mise en œuvre concrète que se jouera le succès de cette ambitieuse relance.









