Imaginez un marché qui, il y a quelques années encore, faisait vibrer des millions de personnes avec des ventes record à plusieurs dizaines de millions de dollars pour une simple image pixelisée. Aujourd’hui, ce même marché semble tousser, crachoter, et peine à dépasser la barre des 60 millions sur une semaine entière. La dernière période hebdomadaire vient de confirmer une tendance inquiétante : les ventes de NFT ont chuté de plus de 20 %, s’établissant à seulement 58,34 millions de dollars. Pourtant, paradoxalement, plus d’acteurs entrent dans la danse. Alors, que se passe-t-il vraiment ?
Un effondrement des volumes malgré une participation croissante
La première chose qui frappe quand on regarde les chiffres bruts, c’est ce décalage saisissant. Moins d’argent circule, mais plus de monde semble s’intéresser au marché. Le nombre d’acheteurs uniques a bondi de près de 22 % pour atteindre 296 018 personnes, tandis que les vendeurs ont augmenté de 24,63 % à 270 495 acteurs. Le contraste est brutal : l’activité humaine grimpe, mais la valeur échangée s’effondre.
Ce phénomène n’est pas nouveau dans l’univers crypto, mais il prend ici une résonance particulière. Beaucoup d’observateurs y voient le signe d’un marché en phase de repositionnement : les spéculateurs purs sortent, les collectionneurs et utilisateurs réels entrent timidement. Reste à savoir si cette transition suffira à relancer la machine.
Le contexte macro : quand Bitcoin tousse, les NFT éternuent
Impossible de parler de la santé des NFT sans regarder ce qui se passe sur le marché crypto global. Bitcoin oscille péniblement autour des 70 000 dollars après avoir perdu plus de 15 % sur sept jours. Ethereum, de son côté, flirte avec les 2 000 dollars, un niveau qui semblait inimaginable il y a encore quelques mois. La capitalisation totale du marché crypto a fondu de 420 milliards en une semaine, passant de 2,83 à 2,41 trillions.
Dans cet environnement de risk-off généralisé, les actifs les plus spéculatifs – et les NFT en font clairement partie – subissent de plein fouet la contraction des liquidités. Les investisseurs institutionnels et les whales réduisent leur exposition aux produits dérivés et aux paris risqués. Résultat : moins de volume, moins d’euphorie, et un sentiment dominant de prudence.
« Quand le roi Bitcoin éternue, tout l’écosystème attrape un rhume. Et les NFT, en tant que classe d’actifs la plus narrative et la plus volatile, sont souvent les premiers à montrer des symptômes. »
Cette phrase résume parfaitement la corrélation actuelle. Pourtant, tous les segments ne réagissent pas de la même manière.
Ethereum conserve son trône… mais perd du terrain
Même en pleine tempête, Ethereum reste la blockchain reine des NFT. Sur la semaine écoulée, elle a généré 34,97 millions de dollars de volume, soit environ 60 % du marché total. C’est énorme, mais c’est aussi une baisse de 23,63 % par rapport à la période précédente. Le nombre d’acheteurs uniques sur le réseau a toutefois progressé de 20,44 %, signe que l’intérêt ne s’est pas totalement évaporé.
Derrière Ethereum, le classement réserve quelques surprises. Bitcoin, souvent présenté comme le challenger sérieux grâce aux Ordinals, voit son volume chuter de 32,81 % pour atteindre 4,66 millions. Base, la layer-2 de Coinbase, gagne des places avec 4,14 millions (+8,46 %), tandis que BNB Chain et Solana complètent le top 5 avec des performances contrastées.
Classement des blockchains par volume NFT (dernière semaine) :
1. Ethereum → 34,97 M$ (-23,63 %)
2. Bitcoin → 4,66 M$ (-32,81 %)
3. Base → 4,14 M$ (+8,46 %)
4. BNB Chain → 3,93 M$ (-20,62 %)
5. Solana → 2,61 M$ (+1,14 %)
Ce tableau montre clairement que même les chaînes alternatives souffrent, à l’exception notable de Base qui tire son épingle du jeu grâce à des frais très bas et une communauté grandissante.
CryptoPunks : le sursaut inattendu d’un géant endormi
Au milieu de cette morosité générale, une collection a décidé de sortir du lot : CryptoPunks. Après une semaine catastrophique la précédente (-52 %), les Punks ont rebondi de +146,56 % pour atteindre 4,71 millions de dollars de volume. Mieux encore : trois des cinq ventes les plus chères de la semaine concernaient des CryptoPunks.
Le Punk #5402 s’est échangé pour 113,5 ETH (environ 265 585 $), suivi du #9170 à 72 ETH. Ces transactions montrent que, même dans un marché baissier, les blue-chips conservent un pouvoir d’attraction certain auprès des collectionneurs fortunés.
À l’inverse, Flying Tulip PUT, qui dominait outrageusement le classement depuis plusieurs semaines, a vu son volume s’effondrer de 49 %. Cette collection, qui semblait intouchable, montre les limites d’un modèle basé sur la rareté artificielle et la spéculation intense.
Que nous disent les plus grosses ventes ?
Regardons de plus près le top 5 des ventes individuelles de la semaine :
- CryptoPunks #5402 → 265 585 $ (113,5 ETH)
- CryptoPunks #9170 → 139 761 $ (72 ETH)
- Wrapped Ether Rock #98 → 109 128 $
- Autoglyphs #256 → 105 512 $ (50 ETH)
- CryptoPunks #1112 → 92 850 $ (48,48 ETH)
Trois CryptoPunks sur cinq, dont deux dans le top 2. Cela confirme que les investisseurs sérieux privilégient encore les projets historiques dotés d’une vraie communauté et d’un récit fort. Les nouvelles collections, même performantes sur le volume global, peinent à générer des tickets à six chiffres.
Les signaux contradictoires d’un marché en mutation
Plusieurs éléments contradictoires émergent de cette période :
- La hausse du nombre d’acheteurs et vendeurs montre un intérêt réel qui ne faiblit pas.
- La chute des volumes traduit une aversion au risque et une contraction des portefeuilles spéculatifs.
- Les blue-chips (CryptoPunks, Bored Ape, Pudgy Penguins) résistent mieux que les collections récentes.
- Base et Solana gagnent du terrain chez les petits porteurs grâce à des frais très faibles.
- Bitcoin Ordinals souffrent énormément, peut-être parce que le récit « on-chain pur » s’essouffle.
Ces éléments suggèrent que nous assistons à une phase de darwinisme numérique : les projets sans utilité réelle, sans communauté fidèle ou sans narrative forte sont progressivement éliminés, tandis que les survivants renforcent leur position.
Et demain ? Perspectives pour les mois à venir
Personne ne possède de boule de cristal, mais plusieurs scénarios se dessinent :
Scénario 1 – Continuation du bear market
Si Bitcoin reste bloqué sous les 75 000 $ et qu’Ethereum ne parvient pas à reconquérir les 2 500 $, les NFT pourraient continuer leur lente descente vers les 30-40 millions hebdomadaires. Seules les collections historiques et quelques projets utilitaires (gaming, ticketing, identité) résisteraient.
Scénario 2 – Rebond macro et rotation sectorielle
Un retour de Bitcoin au-dessus des 90 000 $ couplé à un assouplissement monétaire mondial pourrait relancer l’appétit pour le risque. Dans ce cas, les NFT pourraient connaître un regain d’intérêt, surtout si des annonces majeures (lancements de grandes marques, intégrations dans le gaming ou le métavers) viennent redonner du carburant narratif.
Scénario 3 – Maturation silencieuse
Le plus probable à moyen terme : une phase de consolidation où le volume reste modeste, mais où l’utilité réelle progresse. Les NFT évoluent alors vers des cas d’usage concrets (billetterie, membership, certification, gaming play-to-earn durable) plutôt que vers la pure spéculation.
Les leçons à retenir pour les investisseurs et créateurs
Pour ceux qui souhaitent rester exposés au secteur NFT en 2026, plusieurs principes semblent se dégager :
- Privilégier les projets avec une vraie communauté organique plutôt que ceux portés par le hype marketing.
- Regarder les métriques on-chain (nombre de holders uniques, transactions non wash, rétention des NFT) plutôt que le volume brut.
- Être particulièrement attentif aux layer-2 et aux chaînes low-cost (Base, Solana) où l’expérimentation reste abordable.
- Ne pas sous-estimer le pouvoir résilient des blue-chips historiques quand le marché redevient liquide.
- Accepter que le cycle spéculatif massif de 2021-2022 ne reviendra probablement pas sous cette forme.
Pour les créateurs et les équipes qui lancent de nouveaux projets, le message est clair : l’époque où il suffisait de faire un beau visuel et une bonne communication pour lever des millions est révolue. Aujourd’hui, il faut démontrer une utilité tangible, une roadmap crédible et surtout une capacité à fidéliser une communauté sur le long terme.
Conclusion : la fin d’une ère ou le début d’une autre ?
Les 58 millions de dollars de volume hebdomadaire peuvent sembler dérisoires comparés aux sommets de 2021-2022. Pourtant, derrière cette apparente faiblesse se cache peut-être le début d’une maturation nécessaire. Le marché NFT est en train de sortir de l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte : moins de paillettes, plus de substance.
Reste à savoir si les investisseurs, les marques et les utilisateurs sauront collectivement inventer le prochain chapitre. Car une chose est sûre : même à 58 millions par semaine, même dans le creux de la vague, l’écosystème NFT continue de battre. Plus lentement, plus discrètement, mais il bat encore.
Et vous, quel est votre scénario pour les prochains mois ?









