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Don Colossus : La Statue Dorée de Trump Bloquée par un Litige

Une statue géante dorée de Donald Trump, poing levé, attend depuis plus d’un an dans un atelier poussiéreux. Commandée pour promouvoir un memecoin, elle n’a jamais été installée à cause d’un impayé massif. Que va devenir Don Colossus ?

Imaginez une statue colossale, entièrement recouverte de feuilles d’or étincelantes, représentant un homme au poing levé, symbole de résilience et de triomphe. Elle mesure plus de quatre mètres et demi, pèse plusieurs tonnes et devrait trôner fièrement dans un lieu prestigieux. Pourtant, depuis plus d’un an, cette œuvre monumentale gît sur le dos, immobile, dans un atelier discret de l’Ohio. Cette histoire n’est pas celle d’un projet artistique avorté classique, mais le reflet saisissant des excès et des fragilités du monde des cryptomonnaies.

Quand l’art rencontre la spéculation numérique

Ce géant doré porte un nom évocateur : Don Colossus. Conçue comme une ode à la figure politique la plus polarisante de ces dernières années, la statue devait incarner un moment précis de l’histoire récente. Son commanditaire ? Un groupe d’entrepreneurs spécialisés dans les actifs numériques, ceux qu’on appelle les memecoins. Ces jetons virtuels, dépourvus de valeur fondamentale, surfent sur des mèmes, des buzz médiatiques et l’enthousiasme d’une communauté pour voir leur cours s’envoler… ou s’effondrer en quelques heures.

L’idée semblait audacieuse et parfaitement dans l’air du temps : associer une œuvre physique démesurée à un projet crypto éphémère pour créer un effet viral maximal. Le timing paraissait idéal. Nous étions à l’automne 2024, juste après une élection présidentielle remportée haut la main par le républicain. L’effervescence était à son comble chez ses partisans. Un memecoin baptisé $PATRIOT fut lancé dans cette euphorie collective. La statue devait en être l’emblème tangible, presque religieux.

Un sculpteur habitué aux figures historiques

Derrière cette création hors norme se trouve Alan Cottrill, un artiste américain de 73 ans installé à Zanesville, dans l’Ohio. Il n’en est pas à son premier portrait présidentiel. Au cours de sa carrière, il a sculpté pas moins de dix-sept présidents des États-Unis. Ses œuvres ornent des lieux officiels, dont une statue de Thomas Edison exposée au Capitole à Washington. Quand on lui propose un projet d’une telle ampleur, l’artiste ne cache pas son enthousiasme.

« Quand ils ont parlé de quinze pieds de haut, on commençait à arriver au niveau de mon ego », confie-t-il avec humour. Il plonge dans le travail avec passion. Un mois pour modeler la figure à taille réelle, trois mois supplémentaires pour agrandir, couler le bronze, polir et appliquer les précieuses feuilles d’or. Chaque détail compte. Le résultat est impressionnant : une silhouette imposante, presque écrasante, qui domine l’espace de l’atelier.

« C’est simplement écrasant. C’est gigantesque. »

Alan Cottrill, sculpteur

Malgré l’admiration qu’il porte à son œuvre, certains choix ont suscité des débats. Le sculpteur avait initialement conservé un aspect réaliste du visage, y compris ce fameux « cou de dindon » souvent caricaturé. Les commanditaires, craignant une représentation trop crue, ont réclamé une version plus flatteuse. Le défi le plus délicat aura été la célèbre coiffure. « On ne peut pas sculpter et couler quelque chose qui est… vaporeux », explique-t-il, cherchant le mot juste pour décrire cette masse aérienne si caractéristique.

L’effondrement aussi rapide que l’ascension

Le memecoin $PATRIOT connaît un démarrage fulgurant. Les supporters achètent en masse, convaincus que l’association avec la statue monumentale et le contexte politique va propulser le jeton vers des sommets. Mais l’histoire bascule rapidement. Quelques jours avant l’investiture officielle en janvier 2025, un nouvel acteur entre en scène : le président lui-même. Il lance son propre token, $TRUMP. L’effet est immédiat et dévastateur pour les concurrents.

La valeur de $PATRIOT s’effondre de plus de 95 % par rapport à son plus haut historique. Aujourd’hui encore échangé sur certaines plateformes, le jeton n’a plus rien du triomphe espéré. Les fonds promis pour finaliser et installer la statue ne suivent plus. Sur les 360 000 dollars convenus, environ 92 000 dollars restent impayés. Pour l’artiste, la décision est claire :

« Je serais un idiot de l’installer sans que le paiement ait été effectué, et je ne suis pas un idiot. »

Alan Cottrill

Il refuse donc de livrer l’œuvre tant que la situation financière n’est pas réglée. La statue reste allongée, protégée dans l’atelier, comme figée dans le temps.

Un symbole des dérives du monde crypto

Cette mésaventure illustre parfaitement les pièges des memecoins. Ces actifs reposent sur l’émotion, la viralité et la spéculation pure. Sans utilité concrète, leur valeur peut décupler en quelques heures puis disparaître presque entièrement. $PATRIOT n’est qu’un exemple parmi des centaines d’autres projets similaires nés et morts en quelques mois.

Mais ici, l’histoire prend une dimension supplémentaire. Le commanditaire n’est pas n’importe qui : il s’agit d’entrepreneurs liés à l’entourage proche du pouvoir. Et surtout, le lancement du token officiel $TRUMP par le président lui-même soulève des questions éthiques majeures. Des observateurs spécialisés estiment que la famille a vu sa fortune croître de 1,4 milliard de dollars rien qu’en 2025 grâce aux actifs numériques. Ces chiffres colossaux interrogent sur les possibles conflits d’intérêts au sommet de l’État.

Un avenir incertain pour Don Colossus

Après de longs mois d’attente, une lueur d’espoir apparaît enfin. Le sculpteur s’est récemment rendu sur le site du complexe de golf Trump National Doral, près de Miami, pour y installer le lourd socle de 2 720 kg destiné à recevoir la statue. Le lieu semble logique : luxueux, emblématique, fréquenté par les supporters les plus fidèles. Pourtant, aucune date d’inauguration officielle n’a encore été communiquée.

Restera-t-elle finalement exposée au public ? Deviendra-t-elle un lieu de pèlerinage pour certains ou un sujet de moqueries pour d’autres ? L’œuvre, qui devait célébrer un triomphe, porte désormais les stigmates d’un projet mal ficelé, d’une bulle spéculative éclatée et d’un paiement fantôme.

Le regard lucide d’un artiste sur la crypto

Interrogé sur son expérience avec cet univers numérique, Alan Cottrill ne mâche pas ses mots. Lui qui a passé des décennies à immortaliser des figures historiques dans le bronze et l’or ne cache pas sa désillusion :

« La réponse courte, c’est que je ne recommencerai pas. »

Alan Cottrill

Cette phrase résume à elle seule le fossé qui sépare l’art traditionnel, patient et tangible, du monde ultra-rapide et volatile des cryptomonnaies. D’un côté, des heures de travail minutieux, des calculs précis, une quête de perfection. De l’autre, des promesses mirobolantes, des hausses éclair et des crashes brutaux.

Une leçon plus large sur l’art et le pouvoir

Au-delà du simple litige financier, Don Colossus pose une question plus profonde : que reste-t-il d’une œuvre quand le contexte qui l’a fait naître s’évapore ? Cette statue n’est plus seulement une représentation d’un homme politique. Elle est devenue le vestige d’une époque marquée par l’exubérance financière, les mèmes géants et les ambitions démesurées.

Elle rappelle aussi que l’art, même monumental, n’échappe pas aux contingences matérielles. Sans financement, pas d’installation. Sans paiement, pas de gloire publique. Le bronze doré attend toujours, silencieux, que les promesses soient tenues.

Dans cet entrepôt de l’Ohio, loin des caméras et des réseaux sociaux, repose peut-être l’une des images les plus parlantes de notre époque : un colosse doré, magnifique et pathétique à la fois, prisonnier d’une bulle qui a éclaté.

Et pendant ce temps, la statue continue de briller faiblement sous les néons de l’atelier, attendant un dénouement qui, pour l’instant, reste aussi incertain que le cours d’un memecoin.

Points clés à retenir

  • Statue de 4,6 m en bronze doré représentant Donald Trump poing levé
  • Commandée pour promouvoir le memecoin $PATRIOT en 2024
  • Valeur du token effondrée de plus de 95 % après le lancement de $TRUMP
  • 92 000 $ toujours dus au sculpteur Alan Cottrill
  • Socle installé à Trump National Doral, inauguration en attente

Cette histoire, à première vue anecdotique, touche en réalité à des thèmes bien plus vastes : l’intersection entre politique, art, finance spéculative et pouvoir médiatique. Elle montre comment un simple projet artistique peut devenir le miroir grossissant des excès d’une époque.

Et si Don Colossus finissait par être érigé un jour, il ne symboliserait plus seulement la résilience d’un homme politique. Il incarnerait aussi, peut-être, la fragilité des rêves numériques qui s’effacent aussi vite qu’ils sont nés.

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