Une première lumineuse qui interpelle la Belgique entière
Imaginez des rues qui s’illuminent chaque soir au coucher du soleil, non pas pour Noël ou pour une fête nationale, mais pour accompagner la rupture du jeûne pendant le Ramadan. C’est exactement ce qui se prépare dans une ville flamande dynamique, où une communauté importante vit au rythme de ce mois de jeûne et de partage. Cette initiative, portée par des acteurs locaux, dépasse le simple cadre commercial pour toucher à des questions plus profondes d’inclusion et de reconnaissance culturelle.
Le projet concerne deux axes précis, choisis pour leur forte densité de commerces tenus par des personnes issues de la communauté musulmane. Dès la semaine précédant le début du Ramadan – prévu autour du 19 février cette année –, des décorations lumineuses festives seront déployées. Elles resteront en place pendant les trente jours du mois sacré, illuminant les façades et les trottoirs pour signaler la fin quotidienne du jeûne.
Les origines d’une initiative citoyenne et commerciale
Tout est parti d’un groupe d’environ une centaine de commerçants motivés. Fatigués d’attendre une reconnaissance officielle plus large, ils ont décidé d’agir concrètement. En s’associant à des structures locales comme des associations de mosquées, ils ont financé et organisé l’achat des installations lumineuses. La ville a donné son accord, voyant dans ce geste une opportunité de valoriser la diversité de son tissu économique et social.
Cette démarche n’est pas née dans le vide. Elle s’inspire directement d’exemples étrangers réussis. À Londres, les illuminations pour le Ramadan illuminent depuis plusieurs années des quartiers entiers comme Leicester Square ou Coventry Street, attirant touristes et habitants. Cologne en Allemagne propose des dispositifs similaires, tout comme plusieurs villes néerlandaises où la présence musulmane est ancienne et bien intégrée. Ces précédents ont servi de modèle, prouvant que de telles décorations peuvent coexister harmonieusement avec l’identité urbaine.
« C’est une façon de rendre visible la joie partagée au moment de l’iftar, ce moment où les familles se retrouvent après une journée d’abstinence. »
Les organisateurs insistent sur l’aspect festif et communautaire. Les lumières ne sont pas là pour imposer une religion, mais pour célébrer un moment de convivialité qui touche de nombreux résidents, musulmans ou non. Elles créent un cadre accueillant pour les repas partagés, les rencontres entre voisins et les achats de dernière minute dans les commerces halal, pâtisseries orientales ou épiceries spécialisées.
L’impact sur la vie quotidienne et l’économie locale
Dans ces quartiers, l’activité commerciale s’intensifie pendant le Ramadan. Les boutiques restent ouvertes plus tard, les familles affluent pour acheter des dattes, des pâtisseries sucrées ou des produits frais pour le ftour. Les illuminations viendront renforcer cette vitalité en rendant les rues plus attractives le soir venu. On peut s’attendre à une augmentation du passage piéton, des photos partagées sur les réseaux sociaux et peut-être même à une forme de tourisme de proximité.
Sur le plan économique, c’est un coup de pouce non négligeable pour des commerçants souvent confrontés à une concurrence accrue. En créant une ambiance festive, la ville contribue indirectement à booster les ventes pendant une période où les dépenses familiales sont importantes. C’est aussi une reconnaissance du rôle joué par ces entrepreneurs dans le dynamisme urbain.
- Augmentation du trafic piéton le soir
- Meilleure visibilité des commerces participants
- Ambiance chaleureuse favorisant les échanges intercommunautaires
- Possibilité d’événements ponctuels autour des lumières
- Renforcement de l’attractivité des quartiers concernés
Ces bénéfices ne sont pas seulement matériels. Ils touchent à l’humain, en offrant un signe visible de respect pour une tradition vécue par une partie significative de la population. Dans un contexte où les débats sur l’intégration sont parfois tendus, ce type d’initiative peut apaiser les tensions en montrant que la coexistence passe aussi par des gestes symboliques positifs.
Un débat qui dépasse les frontières de la ville
Logiquement, une telle nouveauté ne passe pas inaperçue. Certains y voient une belle preuve d’ouverture et de solidarité envers une communauté importante. D’autres questionnent la neutralité de l’espace public dans un État laïc, arguant que les illuminations religieuses devraient rester limitées aux sphères privées ou aux fêtes historiques du pays. Le sujet enflamme les discussions en ligne et dans les médias, avec des arguments des deux côtés.
Pour les partisans, il s’agit d’une simple extension logique de ce qui existe déjà pour d’autres fêtes. Noël bénéficie d’un éclairage massif dans toutes les villes belges, Hanoukkah est parfois mentionné dans des propositions d’équité. Pourquoi pas le Ramadan, qui concerne des milliers de citoyens ? Cette approche inclusive renforce le sentiment d’appartenance et combat les sentiments d’exclusion.
Les opposants soulignent que la Belgique organise sa vie collective autour de traditions judéo-chrétiennes. Introduire des décorations pour une fête musulmane pourrait ouvrir la porte à d’autres demandes, diluant selon eux l’identité nationale. Ils pointent aussi le coût indirect pour la collectivité, même si le financement est privé.
« C’est une question d’équilibre : célébrer la diversité sans renier les racines communes. »
Ce débat n’est pas nouveau. Il reflète les évolutions démographiques de l’Europe occidentale, où les populations issues de l’immigration deviennent des composantes à part entière de la société. Gand, avec sa population étudiante cosmopolite et son histoire industrielle d’accueil d’immigrés, est un laboratoire intéressant pour tester ces nouvelles formes de reconnaissance.
Comparaisons internationales et leçons à tirer
En regardant au-delà des frontières, on constate que plusieurs métropoles ont franchi le pas depuis longtemps. À Londres, les lumières Ramadan attirent des foules immenses et sont devenues un événement touristique à part entière. Les animations incluent parfois des marchés, des concerts ou des projections. Cologne mise sur une approche plus discrète mais tout aussi chaleureuse, avec des guirlandes et des lanternes dans les quartiers concernés.
Aux Pays-Bas, Rotterdam ou Amsterdam proposent des variantes similaires, souvent associées à des campagnes de sensibilisation sur le jeûne et la charité. Ces expériences montrent que, une fois installées, ces illuminations deviennent rapidement partie intégrante du paysage urbain, sans provoquer de conflits majeurs durables.
| Ville | Années d’expérience | Type d’illuminations | Impact observé |
| Londres | Plusieurs années | Grandes installations centrales | Tourisme accru, ambiance festive |
| Cologne | Récent mais régulier | Guirlandes et lanternes | Intégration communautaire |
| Villes néerlandaises | Variable | Mixtes | Acceptation progressive |
| Gand | Première en 2026 | Deux rues ciblées | À observer |
Ces exemples internationaux servent de référence rassurante. Ils démontrent que l’innovation peut s’accompagner d’une acceptation large lorsque le projet est bien encadré, financé privément et limité dans l’espace et le temps.
Vers une société plus inclusive ?
Ce qui se joue à Gand dépasse largement les quelques dizaines de milliers d’euros d’investissement. C’est une interrogation sur la manière dont une société plurielle gère ses fêtes religieuses. Faut-il réserver l’éclairage public aux traditions majoritaires, ou faut-il évoluer vers un partage plus équitable ? La réponse n’est pas simple, mais l’initiative gantoise ouvre la voie à une discussion nécessaire.
Pour beaucoup, voir des lumières s’allumer au moment de l’iftar représente un geste de bienvenue concret. Pour d’autres, c’est un pas supplémentaire vers une multiculturalité qui questionne les fondements laïcs. Quoi qu’il en soit, les rues concernées brilleront d’une lumière nouvelle pendant un mois, invitant chacun à lever les yeux et à réfléchir.
Dans les semaines à venir, les retours d’expérience seront scrutés avec attention. Succès populaire ou polémique prolongée ? Les lumières de Gand pourraient bien inspirer d’autres communes belges, ou au contraire freiner des projets similaires. Une chose est sûre : en 2026, le Ramadan aura une visibilité inédite dans le royaume.
Et vous, que pensez-vous de cette première ? Une belle reconnaissance ou un excès symbolique ? Le débat reste ouvert, tout comme les rues illuminées le seront bientôt.









