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Université de Limoges : Le Piège du Congé Menstruel Détourné

À l'Université de Limoges, un congé menstruel censé soulager les douleurs des étudiantes a été détourné par des garçons pour sécher des cours. L'établissement a dû rappeler fermement les règles, mais à quel prix pour la confiance initiale ? La suite révèle...
L’Université de Limoges a lancé en octobre 2025 un dispositif innovant de congé menstruel pour ses étudiants, visant à soulager les souffrances liées aux cycles menstruels sans exiger de certificat médical. Cette mesure progressiste, accordant jusqu’à 10 jours d’absence justifiée par an, a rapidement suscité des débats inattendus lorsque certains étudiants masculins ont tenté d’en profiter, obligeant l’établissement à clarifier les règles.

Quand une bonne intention se heurte à la réalité humaine

Imaginez une université qui décide, pour la première fois, de reconnaître officiellement les douleurs menstruelles comme un motif légitime d’absence. Pas de paperasse médicale lourde, pas de questions intrusives : juste une déclaration simple pour permettre aux personnes concernées de se reposer sans risquer leur année scolaire. C’était l’objectif louable derrière cette initiative mise en place à la rentrée 2025. Mais très vite, une faille est apparue, révélant les limites de la confiance absolue dans un cadre universitaire.

Le principe initial reposait sur une approche inclusive et respectueuse de la vie privée. Plutôt que de cibler explicitement les femmes ou les étudiantes, l’université a opté pour un langage neutre : « personnes menstruées ». L’idée était d’éviter toute forme de stigmatisation ou de mise à l’index d’une catégorie d’étudiants. Une belle intention d’égalité, en théorie. En pratique, cela a ouvert la porte à des abus inattendus.

Les débuts prometteurs d’une mesure attendue

De nombreuses étudiantes vivent chaque mois des douleurs intenses, parfois invalidantes : crampes abdominales violentes, nausées, migraines, fatigue extrême. Ces symptômes peuvent rendre impossible la concentration en cours, la participation à des travaux pratiques ou même le simple fait de se déplacer sur le campus. Avant ce dispositif, elles devaient souvent choisir entre souffrir en silence ou obtenir un arrêt médical, ce qui n’est pas toujours simple ni discret.

Avec ce congé menstruel, jusqu’à 10 jours par année universitaire deviennent accessibles sans justificatif médical. Une avancée significative pour l’égalité des chances dans les études supérieures. L’université rejoignait ainsi un mouvement naissant en France, où plusieurs établissements expérimentent des mesures similaires pour lutter contre la précarité menstruelle et ses impacts sur la réussite scolaire.

Les élus étudiants et les services administratifs ont travaillé main dans la main pour concrétiser ce projet. L’objectif affiché : favoriser le bien-être, réduire les inégalités liées au genre et permettre une meilleure assiduité globale en tenant compte des réalités biologiques.

Quand la confiance est mise à l’épreuve

Malgré ces nobles intentions, les premiers mois ont révélé un revers inattendu. Certains étudiants, visiblement masculins et ne pouvant biologiquement bénéficier du dispositif, ont commencé à poser des jours sous ce motif. Des absences prolongées pour des vacances improvisées, des jours de repos supplémentaires ou simplement pour éviter des contrôles et des TD exigeants.

Les enseignants, en salle, ont rapidement constaté des trous dans les effectifs lors de séances pratiques ou dirigées. L’étonnement a laissé place à la frustration : une mesure pensée pour soulager des souffrances réelles se retrouvait détournée, au risque de décrédibiliser l’ensemble du système.

« Au début, l’initiative était bonne. Cela partait d’une volonté de prendre en compte des situations parfois compliquées, des souffrances de certaines jeunes femmes. »

Mais la générosité initiale, en refusant de limiter l’accès par genre pour ne pas « stigmatiser », a créé une zone grise exploitée par quelques-uns. Des garçons ont ainsi profité de cette faille, transformant un outil d’inclusion en opportunité de fraude.

La clarification nécessaire et ses conséquences

Face à ces dérives, l’université n’a pas tardé à réagir. Un courrier officiel a été envoyé aux étudiants en décembre, précisant sans ambiguïté les contours du dispositif. Le message est clair : le congé menstruel est réservé aux personnes menstruées, c’est-à-dire celles qui peuvent biologiquement avoir leurs règles.

Le texte insiste sur la distinction orthographique essentielle : il s’agit d’un congé menstruel, et non mensuel. Une petite nuance linguistique qui change tout. Toute tentative d’usage frauduleux expose désormais à des sanctions pédagogiques, pouvant aller jusqu’à compromettre la validation de l’année ou du diplôme, surtout en cas de récidive.

« Par conséquent, toute personne ne pouvant, biologiquement, souffrir d’un syndrome menstruel quel qu’il soit, ne peut pas bénéficier du congé menstruel. »

Cette mise au point, ferme mais pédagogique, rappelle que le dispositif repose sur la confiance et la responsabilisation. Il ne s’agit pas d’une mesure discriminatoire, mais d’une adaptation ciblée à une réalité physiologique spécifique.

Les débats plus larges autour du congé menstruel

Cette affaire à Limoges n’est pas isolée. Elle soulève des questions fondamentales sur l’équilibre entre inclusion, égalité et reconnaissance des spécificités biologiques. Faut-il adopter un langage neutre au risque d’ouvrir des abus, ou assumer une désignation genrée pour plus de clarté ?

Dans d’autres pays et régions, le congé menstruel existe sous différentes formes : au Japon depuis des décennies, en Espagne plus récemment avec des jours payés pour les salariées, ou en Italie avec des expérimentations. En France, le sujet progresse lentement dans le monde du travail et des études, porté par des associations et des collectifs étudiants.

Les partisans soulignent que les douleurs menstruelles touchent une part significative des personnes concernées : jusqu’à 90 % des femmes ressentent des inconforts, et 20 à 30 % parlent de dysménorrhée sévère. Ignorer cela revient à maintenir une inégalité structurelle dans l’accès à l’éducation.

  • Reconnaître les douleurs sans médicalisation excessive
  • Éviter la stigmatisation par un contrôle intrusif
  • Promouvoir l’égalité des chances académiques
  • Encourager une culture de bien-être sur le campus

Les critiques, elles, pointent le risque de dérives, comme observé à Limoges, ou la possible création d’un sentiment d’injustice chez les étudiants non concernés.

Impact sur les étudiants et les enseignements

Pour les étudiantes réellement concernées, ce congé représente un soulagement concret. Plus besoin de choisir entre santé et assiduité. Elles peuvent se reposer, se soigner naturellement ou simplement attendre que la crise passe, sans culpabilité ni justificatif humiliant.

Mais les abus, même minoritaires, ont un coût : perte de confiance des enseignants, surcharge administrative pour vérifier les déclarations, et risque de durcissement futur du dispositif. Certains professeurs ont exprimé leur déception face à ce qu’ils perçoivent comme un manque de respect envers une mesure solidaire.

L’université a donc dû passer d’une logique de confiance totale à un encadrement plus strict, avec déclaration sur l’honneur et menaces de sanctions. Un ajustement nécessaire pour préserver l’esprit originel de la mesure.

Vers une société plus attentive aux réalités corporelles

Cet épisode illustre un défi contemporain : comment concilier progressisme inclusif et pragmatisme ? Le refus initial de réserver le congé aux femmes visait à dégenrer le débat, à le rendre universel dans son vocabulaire. Mais la biologie ne suit pas toujours les intentions sociétales.

En clarifiant que seuls les individus biologiquement menstrués peuvent en bénéficier, l’université protège le dispositif tout en maintenant son caractère innovant. Elle rappelle aussi que l’égalité ne signifie pas uniformité : reconnaître des besoins spécifiques n’est pas discriminatoire, c’est juste.

Ce cas pourrait inspirer d’autres établissements. Il montre qu’une bonne idée doit être accompagnée d’une communication limpide et d’un minimum de garde-fous. Sinon, même les meilleures intentions risquent d’être perverties par une minorité opportuniste.

Réflexions pour l’avenir des politiques étudiantes

Le congé menstruel n’est qu’une pièce d’un puzzle plus large : précarité menstruelle, accès aux protections hygiéniques gratuites, sensibilisation aux troubles gynécologiques, etc. À Limoges, l’initiative s’inscrit dans une mobilisation plus vaste contre ces inégalités.

Elle pose aussi la question de la responsabilité individuelle. Dans un monde où la confiance est un bien précieux, les abus la fragilisent pour tous. Les étudiants qui ont détourné le système n’ont pas seulement pris des jours de repos : ils ont mis en péril une avancée pour leurs camarades réellement en souffrance.

Pourtant, l’expérience reste positive. Elle prouve que les universités peuvent innover, expérimenter, corriger leurs trajectoires. Avec plus de 10 jours par an, sans certificat, sur simple déclaration honnête, le dispositif pourrait devenir un modèle si les mentalités évoluent vers plus de maturité collective.

En fin de compte, cette histoire dépasse le simple cadre universitaire. Elle interroge notre capacité à construire des outils solidaires sans naïveté, à reconnaître les différences biologiques sans les essentialiser, et à sanctionner les fraudes sans renoncer à la bienveillance.

À l’heure où la société débat de l’inclusion sous toutes ses formes, l’épisode de Limoges rappelle une vérité simple : les meilleures mesures sont celles qui allient générosité et réalisme. Et que parfois, un petit rappel orthographique – menstruel, pas mensuel – suffit à remettre les pendules à l’heure.

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