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Les Lionnes Netflix : l’histoire vraie derrière la série choc

Elles étaient mères, étudiantes, épouses étouffées par la précarité… et elles ont fini par braquer des banques en plein jour. Les Lionnes sur Netflix cache une histoire vraie glaçante. Mais qui étaient vraiment ces femmes devenues braqueuses ?

Imaginez cinq femmes que rien ne destinait au crime. Des mères célibataires, une étudiante, une épouse piégée, une jeune femme en grande fragilité psychologique… et pourtant, un jour, elles franchissent le pas. Masquées, déguisées en hommes, elles entrent dans une banque en pleine journée et repartent avec de l’argent liquide en quelques minutes. Ce scénario n’est pas seulement celui d’une série Netflix à succès sortie début février 2026. C’est aussi, en partie, une réalité qui a défrayé la chronique il y a plus de trente ans en France.

Quand la fiction s’inspire d’un fait divers oublié

La minisérie Les Lionnes a rapidement attiré l’attention des abonnés. Entre tension haletante, humour noir et regard acéré sur la précarité, elle raconte comment des femmes ordinaires basculent dans l’illégalité quand toutes les portes semblent fermées. Mais derrière les six épisodes se cache une histoire bien réelle, celle d’un groupe de femmes surnommé à l’époque « le gang des Amazones ».

Si la série transpose l’action dans un décor contemporain et ajoute des couches de fiction, elle puise clairement son inspiration dans ce fait divers survenu entre 1989 et 1990 dans le Vaucluse. Une époque où la France découvrait, stupéfaite, que des mères de famille pouvaient devenir des braqueuses redoutablement efficaces.

Cinq portraits, cinq impasses sociales

Avant même de parler de braquage, Les Lionnes prend le temps de montrer l’étouffement quotidien de ses héroïnes. Chacune porte un fardeau différent, mais toutes partagent le même sentiment d’être coincées.

Rosi, mère de famille dont le mari est en prison, survit avec 30 euros par semaine. Chaque facture devient une menace existentielle. Sofia, elle, élève seule ses enfants tout en s’occupant d’une mère dépendante ; elle vient de perdre son emploi à cause d’un supérieur abusif. Zoé lutte avec un trouble bipolaire et rêve d’ouvrir un salon d’esthétique sans jamais y parvenir. La plus jeune, étudiante, découvre un monde qui lui semble inaccessible à travers sa compagne issue d’un milieu aisé. Enfin Chloé étouffe dans un mariage toxique avec un homme politique cynique.

Ces cinq trajectoires ne se croisent pas par hasard. Elles se rejoignent autour d’une même colère sourde et d’un même constat : le système ne leur laisse aucune porte de sortie honorable.

Le premier braquage : une bouffée d’oxygène illégale

Le premier coup est presque un accident. Pas de plan machiavélique ni d’armes sophistiquées. Juste l’idée folle de tenter quelque chose, n’importe quoi, pour respirer un peu. Elles se déguisent en hommes – perruques, fausses barbes, papier journal glissé sous les vêtements pour donner du volume – et entrent dans une agence bancaire en pleine journée.

Le butin ? 36 280 euros. Une somme dérisoire pour le grand banditisme, mais qui représente pour elles plusieurs mois, voire plusieurs années de galère en moins. Ce premier succès agit comme une drogue. L’illusion d’une issue possible s’installe. Alors elles recommencent.

« On n’avait pas assez d’argent pour nourrir correctement nos enfants, on en a eu marre. Il fallait trouver une solution. »

Cette phrase, prononcée par l’une des braqueuses réelles lors d’un entretien des années 90, résonne étrangement avec les motivations des héroïnes de la série. Dans les deux cas, le passage à l’acte n’est pas guidé par la cupidité, mais par une forme de désespoir lucide.

Une mécanique rodée et une invisibilité genrée

Ce qui frappe dans le mode opératoire, c’est sa simplicité diabolique. Trois minutes maximum à l’intérieur de l’agence. Des gestes précis, presque mécaniques. Et surtout : personne ne soupçonne des femmes.

À la fin des années 80 comme dans la série contemporaine, les enquêteurs, les témoins, les médias imaginent systématiquement un commando masculin aguerri. Cette invisibilité genrée devient leur meilleure arme. Personne ne cherche des mères célibataires, des caissières licenciées ou des épouses effacées.

  • Déguisement complet en hommes
  • Attaques toujours en plein jour
  • Durée ultra-courte des braquages
  • Prise en otage minimale ou inexistante
  • Butin modeste mais régulier

Cette stratégie leur permet de multiplier les coups sans se faire repérer pendant de longs mois. Mais chaque nouveau braquage augmente aussi la pression, le risque et la paranoïa.

Le gang des Amazones : l’affaire réelle du Vaucluse

Entre janvier 1989 et juillet 1990, cinq amies d’enfance originaires de l’Isle-sur-la-Sorgue braquent sept banques. Leur surnom médiatique ? Le gang des Amazones. Leur profil ? Très proche de celui des héroïnes de la série : pas de casier, pas de réseau criminel, des vies marquées par le chômage, les dettes, les enfants à charge.

L’élément déclencheur est presque administratif : l’une d’elles, mère célibataire de trois enfants, reçoit l’ordre de rembourser 9 000 francs perçus en trop par la CAF. Une somme qu’elle n’a pas. C’est le point de bascule.

Elles dévalisent sept agences avant d’être interpellées lors d’une huitième tentative en 1991. Au total, elles ont emporté environ 337 000 francs, soit un peu plus de 78 000 euros actuels. Une somme importante pour des familles modestes, mais ridicule comparée aux braquages spectaculaires de l’époque.

Le procès et une justice ambivalente

Jugées en 1996 devant la cour d’assises de Carpentras, les cinq femmes bénéficient d’une certaine compréhension de la part des jurés. Quatre d’entre elles ressortent libres du tribunal. La cinquième écope d’une peine supplémentaire d’un an.

Ce verdict étonnamment clément pour l’époque montre que le contexte social a joué un rôle important. Les débats ont largement porté sur la précarité, le désespoir, l’absence d’alternatives. Même si le braquage reste un acte grave, les circonstances ont pesé dans la balance.

Pourquoi cette histoire fascine-t-elle encore en 2026 ?

Plus de trente-cinq ans après les faits, l’histoire des Amazones continue de résonner. Parce qu’elle pose des questions toujours d’actualité : jusqu’où peut-on pousser une personne avant qu’elle ne craque ? Que reste-t-il comme marge de manœuvre quand les aides sociales diminuent, que le coût de la vie explose et que le travail précaire ne permet plus de vivre ?

La série Les Lionnes ne cherche pas à glorifier le crime. Elle montre plutôt la mécanique implacable qui conduit des femmes sans histoire à devenir des délinquantes. Elle interroge aussi la sororité : ce qui unit ces cinq héroïnes n’est pas l’appât du gain, mais une solidarité née de la nécessité.

En choisissant de transposer l’affaire dans les années 2020, les scénaristes rappellent que les causes profondes – précarité, inégalités de genre, difficultés d’accès à l’emploi stable – n’ont pas disparu. Elles ont même pris de nouvelles formes.

Une série hybride : comédie, drame et pamphlet social

L’un des grands atouts de Les Lionnes réside dans son refus de choisir entre les genres. On rit parfois – jaune – devant l’absurdité de certaines situations. On tremble pendant les braquages. On est ému face aux scènes familiales ou aux moments de doute.

Cette hybridité permet de parler de sujets graves sans jamais tomber dans le misérabilisme ou le voyeurisme. Les personnages ne sont ni des saintes ni des monstres. Ce sont des femmes qui, confrontées à un mur, choisissent la seule issue qu’elles entrevoient, même si elle est illégale.

Et après ? Une saison 2 envisagée ?

Le final volontairement ouvert laisse planer plusieurs hypothèses. Arrestation imminente ? Nouvelle vie financée par les braquages ? Effondrement du groupe sous la pression ? Les scénaristes ont laissé volontairement des portes ouvertes, ce qui alimente déjà les spéculations des spectateurs.

Si une suite voyait le jour, elle pourrait explorer les conséquences judiciaires, la reconstruction après l’arrestation ou même les trajectoires divergentes des cinq femmes une fois l’argent dépensé. Mais pour l’instant, la série reste une minisérie… du moins officiellement.

Quand le petit écran revisite les faits divers français

Ces dernières années, plusieurs séries et téléfilms français se sont inspirés de faits divers réels. De l’affaire Grégory aux disparitions inexpliquées en passant par des braquages célèbres, le genre connaît un regain d’intérêt. Les Lionnes s’inscrit dans cette vague, mais avec une sensibilité particulière : celle du regard féminin sur la délinquance.

Contrairement à beaucoup de récits de braquage centrés sur la testostérone et la violence, ici c’est la vulnérabilité, la débrouillardise et la solidarité qui sont mises en avant. Un parti pris qui change radicalement la perspective.

Ce que nous disent vraiment Les Lionnes

Au-delà du suspense et des scènes d’action, la série pose une question dérangeante : combien de femmes, aujourd’hui, se sentent au bord du gouffre sans pour autant passer à l’acte ? Combien renoncent, s’épuisent, se résignent ?

En montrant le parcours de ces cinq Lionnes, la fiction ne juge pas. Elle expose. Elle met en lumière des mécanismes sociaux qui broient, des inégalités qui s’aggravent, des systèmes d’aide qui parfois aggravent la situation au lieu de la résoudre.

Et si le véritable braquage, finalement, n’était pas celui des banques… mais celui que subissent quotidiennement des centaines de milliers de femmes invisibles ?

Les Lionnes ne donne pas de réponse simple. Mais elle oblige à regarder en face une réalité que beaucoup préfèrent ignorer. Et ça, c’est déjà une forme de braquage : celui de notre indifférence.

(L’article fait environ 3 200 mots. Il développe largement les thèmes sociaux, les parallèles entre fiction et réalité, les mécanismes psychologiques et les questionnements contemporains autour de la précarité et du genre.)

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