Imaginez un personnage qui arrive avec l’arrogance d’un prince déchu, enchaîne les bourdes monumentales et finit pourtant par toucher le cœur des téléspectateurs. C’est exactement le parcours improbable de Ferdinand Castelmont dans Ici tout commence. Derrière ce rôle à multiples facettes se cache Simon Dartois, un comédien qui n’a pas hésité à plonger tête la première dans la complexité d’un anti-héros moderne. Rencontre exclusive avec un acteur qui assume totalement les zones d’ombre de son personnage.
Un dandy londonien égaré dans le Sud de la France
Quand Simon Dartois a posé ses valises sur le tournage à l’été 2025, les scénaristes lui ont présenté Ferdinand comme un véritable dandy flamboyant. Costume impeccable, accent légèrement snob, humour pince-sans-rire très british… le personnage semblait tout droit sorti d’une comédie élégante à l’anglaise. Pourtant, très vite, ce vernis sophistiqué s’est craquelé pour laisser apparaître un jeune homme profondément abîmé par son passé.
« Au départ, ce n’était clairement pas quelqu’un de sympathique », reconnaît l’acteur avec un sourire en coin. Ferdinand s’est effectivement illustré par sa capacité à se mettre tout le monde à dos en un temps record. Arrogance, remarques acerbes, comportements condescendants… le cocktail était explosif. Et pourtant, au fil des mois, quelque chose d’inattendu s’est produit : le public a commencé à s’attacher à ce « vilain petit canard » de l’Institut.
Les racines d’une personnalité torturée
Pour comprendre Ferdinand, il faut remonter à son enfance. Issu d’un milieu extrêmement privilégié, il a grandi dans l’ombre d’un père toxique et manipulateur. Ce cadre luxueux sans amour véritable a forgé un jeune homme qui cache ses insécurités derrière un masque d’assurance insolente. Simon Dartois insiste beaucoup sur cet aspect : révéler le passé familial a été déterminant pour créer de l’empathie.
« Maintenant qu’on connaît son passé, sa famille, on comprend qu’il a grandi dans un cadre privilégié mais avec un père hautement malsain. Ça crée de l’empathie pour ce personnage. »
Cette phrase résume parfaitement le virage narratif opéré par les auteurs. En dévoilant progressivement les blessures d’enfance de Ferdinand, ils ont transformé un simple antagoniste en un personnage tragique et nuancé. Un défi que Simon Dartois a relevé avec brio.
Le plaisir de jouer un rôle « pas lisse »
Ce qui a immédiatement séduit l’acteur, c’est précisément le côté rugueux du personnage. « Jouer un petit con comme ça, ça devait être intéressant parce qu’il était tout sauf lisse », confie-t-il sans détour. Dans une quotidienne où les personnages évoluent lentement, pouvoir explorer une palette aussi large représente une véritable aubaine pour un comédien.
Les fluctuations permanentes du personnage sont aussi une source inépuisable de créativité. Selon les propositions des partenaires de jeu et les alchimies qui se créent sur le plateau, les trajectoires peuvent prendre des directions inattendues. Les auteurs s’en inspirent pour enrichir l’écriture, créant un cercle vertueux entre jeu des acteurs et évolution scénaristique.
Les influences inattendues de Simon Dartois
Pour composer son Ferdinand, Simon Dartois puise dans un réservoir éclectique de références. Il cite notamment Michael Scott, le manager maladroit et attachant de la série américaine The Office (incarné par Steve Carell). Ce côté grand enfant maladroit, parfois pathétique, guide souvent son interprétation.
Mais les inspirations ne s’arrêtent pas là. L’acteur évoque également le jeu de Jean Dujardin dans OSS 117, avec son humour décalé et sa fausse assurance. Il apprécie tout particulièrement l’humour absurde de la série Kaamelott créée par Alexandre Astier. Ces références forment un mélange détonnant qui donne à Ferdinand cette saveur unique.
Références qui nourrissent le jeu de Simon Dartois :
- Michael Scott (The Office) – maladresse et candeur enfantine
- Hubert Bonisseur de La Bath (OSS 117) – humour british absurde
- Divers personnages de Kaamelott – décalage et second degré permanent
L’Institut : le lieu de la possible rédemption
L’arrivée à l’Institut Auguste Armand marque un tournant majeur dans la vie de Ferdinand. Confronté à des valeurs radicalement différentes de celles de son milieu d’origine, il découvre progressivement le sens du travail, de la solidarité et de l’emprise sur ses émotions.
Deux rencontres sont particulièrement déterminantes : Billie et Léonard. Ces deux personnages deviennent des sortes de repères moraux pour lui. Ils incarnent ce qu’il n’a jamais connu : la bienveillance sincère, l’honnêteté intellectuelle et la capacité à construire des relations authentiques.
Malheureusement, Ferdinand va commettre l’irréparable en se laissant entraîner dans des compromissions avec son père. Ces choix vont avoir des conséquences dramatiques sur ses relations les plus précieuses. Billie le quitte, Léonard prend ses distances… Le voilà seul face à ses erreurs.
Un avenir incertain pour « le pauvre Ferdy »
Simon Dartois ne cache pas sa tendresse amusée pour son personnage lorsqu’il le surnomme affectueusement « le pauvre Ferdy ». Malgré ses erreurs, il conserve une forme d’innocence touchante. La question que se posent désormais tous les téléspectateurs est simple : Ferdinand parviendra-t-il à se relever de ce mauvais pas ?
« Ça va être compliqué… Billie lui en veut énormément. Je ne sais pas si elle pourra lui pardonner. Heureusement, il va pouvoir compter sur son frère pour l’aider à passer le cap. Mais tout ça le rend quand même très seul. Il a un côté un peu pathétique ce pauvre Ferdy. »
Cette solitude nouvelle pourrait être le catalyseur d’une véritable transformation. Privé de ses appuis les plus solides, Ferdinand va devoir affronter ses démons intérieurs sans filet de sécurité. Un passage obligé pour espérer une quelconque rédemption.
Des moments de légèreté salvateurs
Heureusement, toutes les scènes ne sont pas aussi sombres. Simon Dartois raconte avec enthousiasme les séquences plus légères qu’il vient de tourner avec Hubert Roulleau (Stanislas) et Talina Boyaci (Coline). « J’ai adoré leur énergie. On a partagé pas mal de fous rires », confie-t-il.
Ces moments de respiration sont essentiels dans une quotidienne. Ils permettent au public de souffler et rappellent que, malgré ses erreurs, Ferdinand reste capable de légèreté et d’humour. Ces interactions apportent également une palette supplémentaire au personnage et évitent qu’il ne sombre dans une noirceur permanente.
Le luxe d’un tournage créatif
Ce qui ressort le plus de l’interview de Simon Dartois, c’est le plaisir immense qu’il prend sur ce tournage. Il décrit un environnement où les comédiens sont encouragés à proposer, à tenter des choses, parfois inattendues. Cette liberté créative est rare dans le cadre d’une quotidienne et constitue selon lui l’un des grands atouts de la série.
« Franchement, ce tournage c’est génial parce qu’on nous laisse tenter des choses, c’est parfois inattendu et toujours un plaisir », résume-t-il. Cette atmosphère bienveillante et inventive se ressent dans le rendu final : les personnages semblent vivants, les dialogues naturels, les réactions authentiques.
Pourquoi Ferdinand fascine autant ?
Ferdinand Castelmont appartient à cette catégorie rare de personnages qui divisent profondément les téléspectateurs. On l’aime ou on le déteste, rarement entre les deux. Cette polarisation est précisément ce qui le rend si intéressant.
Il incarne à merveille le conflit intérieur entre l’éducation reçue et les aspirations profondes, entre le confort de l’arrogance et la vulnérabilité de l’authenticité. En cela, il reflète des questionnements très contemporains sur l’héritage familial, la construction de soi et la possibilité réelle de changer.
Les facettes qui rendent Ferdinand unique :
- Arrogance héritée d’une éducation toxique
- Humour british qui cache de profondes insécurités
- Capacité touchante à reconnaître ses erreurs (parfois trop tard)
- Évolution lente mais crédible
- Moments de vulnérabilité qui contrastent avec son image
- Relations complexes avec les personnages féminins
- Recherche sincère (quoique maladroite) d’une forme de rédemption
L’avenir de Ferdinand : entre espoir et incertitude
Alors que l’avenir du personnage reste incertain, une chose est sûre : Simon Dartois prend un plaisir évident à explorer toutes les nuances de Ferdinand. Que le chemin le mène vers une véritable transformation ou vers une chute plus profonde, l’acteur semble prêt à accompagner son personnage jusqu’au bout.
Les téléspectateurs, eux, attendent avec impatience de découvrir si ce jeune homme au passé compliqué saura enfin devenir la meilleure version de lui-même. Une chose est certaine : avec un interprète aussi investi et des auteurs qui osent explorer les zones grises, le parcours de Ferdinand Castelmont est encore loin d’être terminé.
Dans un paysage audiovisuel français souvent accusé de proposer des personnages trop lisses, Ferdinand apporte une vraie respiration. Imparfait, agaçant, parfois odieux… mais terriblement humain. Et c’est précisément cette humanité qui continue de captiver semaine après semaine.
Une chose est sûre : tant que Simon Dartois continuera d’explorer avec autant de justesse et d’engagement les méandres de cette personnalité complexe, Ferdinand restera l’un des personnages les plus fascinants du PAF.
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