Une attaque soudaine qui ébranle la campagne électorale
Jeudi dernier, un convoi transportant l’équipe de protection d’un sénateur colombien a été la cible d’une fusillade nourrie dans le département d’Arauca, au nord-est du pays. Deux gardes du corps ont été tués sur le coup lors de cet assaut armé. Le véhicule visé a subi de multiples impacts, tandis qu’un autre a été dérobé, emportant avec lui certains membres de l’équipe dont le sort reste incertain selon les premiers éléments rapportés.
Le sénateur concerné, Jairo Castellanos, membre du Parti Vert et candidat à sa réélection lors des élections législatives prévues en mars, ne se trouvait heureusement pas à bord du convoi au moment des faits. Il effectuait des activités de campagne dans une autre zone, ce qui lui a permis d’échapper à l’attaque. Néanmoins, l’élu a été profondément marqué par la nouvelle, exprimant sa douleur face à la perte de ses collaborateurs proches.
Le ministre de l’Intérieur a rapidement réagi en publiant une déclaration vidéo où il confirmait avoir échangé avec le parlementaire. Il soulignait l’émotion intense du sénateur, tout en assurant que celui-ci allait bien physiquement. Cette intervention officielle illustre l’inquiétude croissante des autorités face à ces actes qui visent directement les figures politiques.
Le contexte sécuritaire explosif d’Arauca
Arauca, département frontalier avec le Venezuela, reste l’une des zones les plus instables de Colombie. La guérilla de l’ELN y exerce une influence dominante, rivalisant avec des dissidences issues des anciennes FARC pour le contrôle des corridors utilisés pour le trafic de cocaïne. La Colombie demeure en effet le premier producteur mondial de cette substance, et ces routes illicites génèrent des revenus colossaux pour les groupes armés.
Ces organisations criminelles ne se contentent pas de narcotrafic ; elles cherchent activement à imposer leur emprise sur les territoires, y compris en influençant les processus électoraux. Menaces, intimidations et attaques directes contre les candidats font partie de leur stratégie pour placer des élus complaisants ou pour décourager toute opposition à leurs activités.
Dans cette région, les affrontements entre factions rivales sont fréquents, et la présence étatique reste limitée malgré les efforts déployés. L’attaque contre le convoi du sénateur s’inscrit dans ce climat de tension permanente, où la moindre avancée politique peut être perçue comme une menace par ces acteurs illégaux.
Les élections approchent dans un climat de peur généralisée
Les scrutins législatifs de mars et présidentiel de mai prochains se déroulent dans un environnement particulièrement préoccupant. Plusieurs organismes de surveillance électorale ont émis des alertes répétées sur les risques de violence. Près d’un tiers des communes du pays se trouvent actuellement en situation d’alerte élevée pour des violences liées aux élections.
Cette évaluation repose sur l’observation terrain de menaces croissantes contre les candidats, les leaders communautaires et les observateurs. Les zones rurales et frontalières, comme Arauca, concentrent la majorité de ces alertes, où les groupes armés exercent un contrôle de facto sur de vastes territoires.
Le souvenir des décennies passées, marquées par l’assassinat de nombreux candidats dans les années 1980 et 1990, resurgit avec force. Plus récemment, l’assassinat d’un prétendant à la présidence issu de la droite, survenu après un attentat à Bogota l’année dernière, a ravivé ces craintes. Ces événements démontrent que la violence politique n’a jamais vraiment disparu, même après l’accord de paix historique signé en 2016 avec les FARC.
Je viens de parler avec le sénateur Jairo Castellanos, il va bien mais est profondément bouleversé par la mort de ses gardes du corps.
Déclaration du ministre de l’Intérieur
Cette citation illustre parfaitement l’impact humain de ces actes. Au-delà des pertes physiques, c’est tout un écosystème de confiance et de sécurité qui se trouve ébranlé pour les équipes de campagne.
Les racines persistantes de la violence armée en Colombie
Malgré les avancées obtenues avec la démobilisation d’une grande partie des FARC, de nombreux groupes armés continuent d’opérer. L’ELN, en particulier, maintient une structure active et refuse toujours un accord de paix global avec l’État. Ses factions les plus radicales, dirigées par des figures comme Gustavo Anibal Giraldo, alias « Pablito », figurent parmi les cibles prioritaires des opérations conjointes entre forces colombiennes et américaines.
Ces barons du narcotrafic financent leurs opérations grâce aux revenus du trafic de drogue, mais aussi par l’extorsion, les enlèvements et d’autres crimes organisés. Leur objectif est clair : préserver leurs zones d’influence et empêcher toute intervention qui pourrait perturber leurs affaires lucratives.
Dans ce cadre, les élections représentent un moment critique. Les candidats qui prônent une présence renforcée de l’État ou une lutte accrue contre le narcotrafic deviennent des cibles privilégiées. L’attaque récente contre le convoi du sénateur s’inscrit dans cette logique de terreur préventive.
Les conséquences pour la démocratie colombienne
Ces incidents répétés posent une question fondamentale : comment organiser des élections libres et équitables dans un contexte où la peur dicte parfois le comportement des électeurs et des candidats ? La participation citoyenne risque d’être affectée si les menaces se multiplient, et la représentation politique pourrait se retrouver biaisée en faveur de ceux qui bénéficient tacitement du soutien des groupes armés.
Les autorités ont renforcé les schémas de protection pour de nombreux candidats, mais les ressources restent limitées face à l’ampleur du territoire et à la sophistication des attaques. L’appel à une coordination accrue entre forces de sécurité, observateurs internationaux et partis politiques devient urgent.
Par ailleurs, cet événement souligne l’échec relatif des politiques de « paix totale » mises en œuvre ces dernières années. Si certains dialogues avancent, la réalité sur le terrain montre que la violence ne recule pas uniformément, et que certaines régions échappent encore au contrôle étatique.
Vers une mobilisation collective contre la violence électorale
Face à ces défis, de nombreuses voix s’élèvent pour exiger des garanties renforcées. Les partis politiques, la société civile et les institutions internationales doivent unir leurs efforts pour protéger le processus démocratique. Des mesures concrètes, comme une augmentation des patrouilles dans les zones à risque, une meilleure intelligence sur les menaces et un soutien accru aux candidats vulnérables, s’imposent.
Les citoyens colombiens, attachés à leur démocratie malgré les épreuves, méritent de pouvoir choisir leurs représentants sans craindre pour leur vie ou celle de leurs proches. L’attaque contre le convoi du sénateur n’est pas un fait isolé, mais un symptôme d’un mal plus profond qui exige une réponse ferme et unie.
En conclusion, cet événement tragique rappelle que la paix durable passe par la fin de l’impunité et le démantèlement des structures criminelles qui prospèrent sur la faiblesse de l’État. Alors que les élections se profilent, la Colombie se trouve à un tournant décisif : celui de démontrer que la démocratie peut triompher de la violence, ou de risquer une nouvelle spirale de terreur.









