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Chine et Or Numérique : Une Menace pour le Dollar ?

Le secrétaire au Trésor américain ne serait « pas surpris » que la Chine prépare en secret des actifs numériques adossés à l’or. Hong Kong servirait de laboratoire discret. Et si cela marquait le début de la fin de la suprématie du dollar ?

Et si la prochaine révolution monétaire mondiale ne venait pas de la Silicon Valley, mais d’un laboratoire financier discret situé à quelques kilomètres seulement de la mégalopole de Shenzhen ? Une rumeur persistante, relayée au plus haut niveau de l’administration américaine, laisse entendre que la Chine pourrait être en train de préparer une arme financière d’un genre nouveau : des actifs numériques dont la valeur serait directement garantie par des réserves physiques d’or.

Le 5 février 2026, lors d’une audition particulièrement tendue devant le Sénat américain, le secrétaire au Trésor n’a pas écarté cette hypothèse. Au contraire. Il a déclaré qu’il « ne serait pas surpris » que Pékin travaille sur ce type de projet. Une phrase qui résonne comme un signal d’alarme dans les couloirs de Washington.

Quand l’or rencontre la blockchain : une combinaison explosive ?

L’idée n’est pas nouvelle sur le papier : associer la stabilité séculaire de l’or à la rapidité, la traçabilité et la programmabilité de la technologie blockchain. Pourtant, si un État souverain de la taille de la Chine décidait de lancer un tel produit à grande échelle, les conséquences pourraient être profondes pour l’ordre monétaire international.

Pourquoi l’or fascine toujours autant en 2026

Malgré l’explosion des cryptomonnaies, des stablecoins algorithmiques et des CBDC, l’or reste l’actif refuge par excellence pour les banques centrales. Ces dernières années, les achats nets d’or par les institutions officielles ont atteint des niveaux records. La Chine elle-même n’a jamais cessé d’augmenter ses réserves officielles, même si elle le fait avec une discrétion légendaire.

Associer cet actif à une infrastructure numérique moderne permettrait théoriquement de combiner plusieurs avantages :

  • stabilité intrinsèque liée au métal jaune
  • transparence et traçabilité permises par la blockchain
  • transferts instantanés et transfrontaliers à faible coût
  • résistance relative aux sanctions financières unilatérales

Autant d’atouts qui pourraient séduire de nombreux pays cherchant à diversifier leurs avoirs loin du dollar.

Hong Kong : le terrain de jeu idéal pour tester l’idée

Plusieurs éléments laissent penser que si un tel projet existe, il se développe probablement à Hong Kong plutôt que sur le continent. La Région Administrative Spéciale bénéficie d’un statut particulier : système juridique de common law, réglementation financière plus souple, accès aux marchés internationaux, et surtout une certaine distance vis-à-vis de Pékin sur le plan opérationnel.

C’est précisément ce qu’on appelle un « sandbox » réglementaire : un espace contrôlé où l’on peut expérimenter des innovations financières sans risquer immédiatement l’ensemble du système monétaire national. Hong Kong a déjà servi de laboratoire pour plusieurs projets fintech d’envergure ces dernières années.

« Hong Kong est souvent utilisé comme un environnement de test pour les technologies financières avancées, permettant d’observer les résultats avant une éventuelle généralisation. »

Cette stratégie permettrait à la Chine de garder une forme de déni plausible : si jamais le projet rencontrait des difficultés majeures, il serait toujours possible de dire qu’il s’agissait d’une initiative purement locale hongkongaise.

Le yuan numérique ne suffit-il pas ?

On pourrait se demander pourquoi développer un nouvel actif alors que le e-CNY (yuan numérique de banque centrale) est déjà opérationnel depuis plusieurs années et est utilisé dans de très nombreuses villes chinoises.

La réponse est simple : le yuan numérique reste indexé sur le yuan papier. Il suit donc la politique monétaire de la Banque populaire de Chine et reste exposé aux mêmes pressions et aux mêmes vulnérabilités que la monnaie fiduciaire. Un actif numérique adossé à l’or échapperait en grande partie à cette logique.

Il offrirait surtout une valeur refuge perçue comme « neutre » et universellement reconnue, ce que le yuan – malgré sa montée en puissance – n’a pas encore réussi à incarner pleinement aux yeux des acteurs internationaux.

Une arme anti-sanctions ?

Depuis plusieurs années, la question des sanctions financières unilatérales hante les chancelleries qui ne sont pas alignées sur Washington. Le gel des réserves russes en 2022 a servi d’électrochoc à de nombreux pays.

Un actif numérique adossé à de l’or physique, stocké dans des coffres sécurisés sur le territoire national ou dans des juridictions amies, permettrait théoriquement de contourner une partie de cet arsenal. Pas totalement, car les grandes places de négoce de l’or restent encore très influencées par l’Occident, mais suffisamment pour compliquer la tâche des sanctionneurs.

Que répond Washington à cette menace potentielle ?

L’administration américaine suit le dossier de très près. Les déclarations récentes montrent une prise de conscience claire du danger stratégique que représenterait un tel instrument s’il venait à se généraliser.

Deux axes de réponse semblent se dessiner :

  1. accélérer les travaux sur une régulation claire et attractive pour les stablecoins et les actifs tokenisés aux États-Unis
  2. renforcer les alliances avec les pays qui détiennent d’importantes réserves d’or et qui pourraient être tentés par une alternative au dollar

Le projet de loi dit « Clarity Act » sur la fiscalité des cryptomonnaies fait d’ailleurs partie de cette stratégie : offrir un cadre lisible et prévisible pour éviter que les innovateurs et les capitaux ne se tournent massivement vers d’autres juridictions.

Et si c’était déjà en cours de déploiement discret ?

Certains observateurs estiment que les autorités chinoises n’attendraient pas d’avoir un produit parfaitement abouti pour commencer à le distribuer à petite échelle. On pourrait imaginer plusieurs phases :

  • phase 1 : expérimentations B2B avec des entreprises d’État et des partenaires triés sur le volet
  • phase 2 : ouverture contrôlée à certains particuliers et entreprises hongkongaises
  • phase 3 : utilisation dans le cadre d’accords commerciaux bilatéraux (paiement d’importations de pétrole, minerais, etc.)
  • phase 4 : internationalisation progressive via des plateformes d’échange partenaires

À chaque étape, la Chine pourrait mesurer les réactions, ajuster la technologie et la communication, et préparer le terrain pour une adoption plus large si les conditions s’y prêtent.

Quels seraient les premiers signaux à surveiller ?

Plusieurs indices pourraient trahir l’existence d’un tel projet avant une annonce officielle :

  • augmentation inhabituelle et inexpliquée des importations d’or physique par la Chine
  • recrutement massif de spécialistes blockchain et tokenisation par des entités liées à Hong Kong
  • modification discrète de la réglementation hongkongaise sur les actifs virtuels pour inclure spécifiquement les jetons adossés à des matières premières
  • apparition soudaine de nouveaux tokens or sur des blockchains publiques avec une forte concentration initiale de portefeuilles liés à des entités chinoises
  • commentaires ambigus ou tests de communication par des officiels de second rang

Chacun de ces signaux pris isolément ne prouverait rien. Mais leur accumulation serait très difficile à expliquer autrement.

Quel impact sur le prix de l’or physique et numérique ?

Si un projet crédible et soutenu par l’État chinois voyait le jour, il est probable que la demande d’or physique augmente fortement. Non seulement pour constituer les réserves nécessaires au backing, mais aussi par anticipation spéculative.

Paradoxalement, cela pourrait aussi créer une forme de concurrence pour l’or « papier » (futures, ETF, etc.) si les investisseurs institutionnels préfèrent détenir directement des jetons numériques garantis par de l’or physique plutôt que des produits dérivés.

La fin de la suprématie incontestée du dollar ?

Le billet vert reste la monnaie de réserve dominante et la devise dans laquelle est libellée l’immense majorité des matières premières et des dettes internationales. Mais cette position n’est pas éternelle.

Chaque nouvelle alternative crédible – même partielle – contribue à fissurer un peu plus le monopole. Un stablecoin-or soutenu par la deuxième économie mondiale et utilisé dans le commerce international représenterait une fissure particulièrement profonde.

« Nous assistons peut-être aux prémices d’un système monétaire multipolaire numérique où plusieurs monnaies et actifs numériques coexisteraient avec des degrés d’influence variables selon les zones géographiques et les secteurs. »

Cette évolution ne se ferait pas en quelques mois. Elle pourrait prendre une décennie ou plus. Mais les premières briques semblent être posées.

Conclusion : rester vigilant sans céder à la panique

Pour l’instant, aucune preuve formelle n’a été apportée. Nous sommes dans le domaine des indices, des déclarations prudentes de haut niveau et des analyses géopolitiques. Mais l’hypothèse n’est plus considérée comme farfelue par les plus hautes autorités financières américaines.

Ce qui est certain, c’est que la compétition pour la suprématie monétaire du XXIᵉ siècle est entrée dans une phase numérique. L’or, cet actif vieux de 5 000 ans, pourrait bien redevenir un acteur central du jeu… mais sous une forme tokenisée et programmable.

Une chose est sûre : les années à venir seront passionnantes pour quiconque s’intéresse à l’avenir de l’argent.

À retenir : la rumeur d’un or numérique chinois n’est plus reléguée aux forums conspirationnistes. Elle est désormais évoquée – avec prudence mais sans la rejeter – par le secrétaire au Trésor des États-Unis lui-même. Le signal mérite toute notre attention.

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