Un réseau de contrebande sophistiqué au cœur du conflit
Depuis le déclenchement des hostilités en octobre 2023, Israël maintient un contrôle strict sur les entrées de biens et de personnes dans la bande de Gaza. Malgré un cessez-le-feu entré en vigueur en octobre dernier, le territoire reste sous haute surveillance, avec des restrictions sévères destinées à empêcher tout renforcement des capacités du Hamas. C’est dans ce contexte ultra-sensible que s’est développée une opération de contrebande qualifiée d’organisée, systématique et sophistiquée.
Les faits remontent à juin 2025. Des marchandises interdites ont été introduites régulièrement dans l’enclave palestinienne, profitant apparemment des failles liées aux mouvements autorisés pour des besoins militaires ou humanitaires. Parmi les produits concernés, le tabac et les cigarettes occupent une place prépondérante, mais l’affaire inclut aussi des téléphones haut de gamme, des batteries et des pièces automobiles.
Le rôle présumé de Betzalel Zini
Betzalel Zini, âgé de 50 ans et réserviste dans l’armée israélienne, commande à l’époque une équipe de génie civil opérant à Gaza. Cette position lui confère un accès privilégié aux points de passage et l’autorisation de faire entrer des véhicules dans le territoire. Selon l’acte d’accusation, il aurait exploité cette fonction pour organiser trois opérations distinctes de contrebande.
À chaque fois, ce sont 14 cartons de cigarettes – soit environ 7 000 paquets au total – qui auraient été acheminés. Pour ces actions, il aurait perçu 356 000 shekels, environ 95 000 euros. Les enquêteurs estiment qu’il a agi principalement par appât du gain, en trompant les soldats aux checkpoints en prétendant que les transports relevaient de besoins sécuritaires ou militaires.
Les accusations portent sur plusieurs chefs : aide à l’ennemi en temps de guerre, usage de biens à des fins terroristes, fraude aggravée et acceptation de pots-de-vin. Ces qualifications reflètent la gravité perçue des faits, surtout dans un contexte de guerre où tout transfert non autorisé peut être vu comme un soutien indirect à l’adversaire.
Une affaire plus large impliquant de multiples suspects
Ce n’est pas un cas isolé. L’enquête a permis d’identifier un réseau plus vaste. La veille de l’inculpation de Betzalel Zini, douze autres personnes et une société ont été mises en cause pour des faits similaires. Les montants en jeu atteignent plusieurs millions de shekels, avec des flux partant souvent de Cisjordanie avant d’atteindre Gaza via des itinéraires détournés.
Les autorités soulignent que les suspects étaient conscients du risque que ces marchandises profitent à des éléments terroristes, y compris le Hamas ou ses affiliés. En renforçant les finances de l’organisation, ces flux contribuent à maintenir sa mainmise sur le territoire et à financer ses activités.
« Une catégorie principale de marchandise interdite qui a été introduite en contrebande dans la bande de Gaza est le tabac et les cigarettes, qui ont rapporté au Hamas, depuis le début de la guerre, un montant total de plusieurs centaines de millions de shekels, contribuant entre autres à maintenir sa viabilité économique et sa mainmise sur le territoire. »
Cette déclaration officielle met en lumière l’impact économique concret de ces trafics. Le tabac, produit à forte demande et taxable par le Hamas via un marché noir, devient une source de revenus stable pour le groupe, même en période de restrictions.
Le lien familial avec la tête du Shin Bet
Ce qui rend cette affaire particulièrement sensible, c’est la position du frère de Betzalel Zini. David Zini, général, a pris la direction du Shin Bet en octobre 2025. Cette agence joue un rôle central dans la collecte de renseignements intérieurs, la prévention des attentats et la coordination des opérations contre les menaces terroristes.
L’implication d’un proche parent du chef de cette institution dans une telle affaire pose des questions sur les conflits d’intérêts potentiels, les vérifications internes et la confiance accordée aux réservistes en zones sensibles. Cependant, rien n’indique que David Zini soit impliqué ou informé des agissements reprochés à son frère.
La famille a réagi en affirmant que les accusations pourraient être motivées par des tentatives de déstabiliser le directeur du Shin Bet. Cette dimension personnelle ajoute une couche de complexité à un dossier déjà lourd de conséquences sécuritaires.
Contexte du siège de Gaza et implications sécuritaires
Depuis octobre 2023, Gaza vit sous un régime de restrictions draconiennes. Israël argue que ces mesures visent à priver le Hamas de ressources pour reconstruire ses capacités militaires. Le cessez-le-feu n’a pas levé toutes les barrières : les entrées restent filtrées pour éviter que des biens civils ne soient détournés à des fins militaires.
Pourtant, des réseaux parallèles prospèrent. La contrebande de cigarettes illustre comment des produits apparemment anodins peuvent générer des profits massifs. Le Hamas impose des taxes sur ces importations clandestines, transformant le marché noir en outil de financement durable.
Les autorités estiment que ces centaines de millions de shekels contribuent directement à la résilience économique du mouvement islamiste. Cela pose un défi majeur : comment renforcer les contrôles sans aggraver la crise humanitaire, tout en empêchant les détournements ?
Les mécanismes de la contrebande décrits
L’opération reposait sur une chaîne logistique bien rodée. Les marchandises partaient de Cisjordanie, transitaient par des points contrôlés, puis étaient livrées à Gaza. Les suspects trompaient les vérificateurs en invoquant des besoins militaires légitimes.
Dans le cas de Betzalel Zini, son rôle dans l’équipe de génie civil offrait une couverture idéale. Les véhicules autorisés pour des travaux de démolition ou de sécurisation servaient de vecteurs pour les cartons dissimulés. Cette exploitation d’une fonction officielle aggrave les faits reprochés.
- Transport de 14 cartons par opération
- 50 cartouches par carton, soit 7 000 paquets au total pour Zini
- Profits : 356 000 shekels pour trois passages
- Autres produits : iPhones, batteries, pièces auto
Ces détails montrent l’ampleur et la rentabilité du système. Chaque passage représentait un risque calculé, mais les gains l’emportaient apparemment sur les scrupules.
Réactions et suites judiciaires attendues
L’inculpation a été déposée au tribunal de district de Beer-Sheva. Les procureurs demandent le maintien en détention de Betzalel Zini jusqu’au procès, soulignant le risque de fuite ou de récidive. L’affaire continue d’évoluer, avec d’éventuelles inculpations supplémentaires.
Ce scandale intervient à un moment où la confiance dans les institutions sécuritaires est scrutée. Il rappelle que même en temps de guerre, les tentations individuelles peuvent compromettre les efforts collectifs. Les autorités promettent une tolérance zéro face à ces pratiques qui, indirectement, alimentent l’adversaire.
Pour l’opinion publique, cette histoire illustre les paradoxes d’un conflit prolongé : des restrictions strictes d’un côté, des failles exploitées pour profit de l’autre. Elle interroge aussi sur la vigilance nécessaire au sein même des forces en charge de la sécurité.
Impacts plus larges sur la lutte contre le financement du terrorisme
Le tabac n’est pas une arme conventionnelle, mais son rôle dans l’économie parallèle de Gaza en fait un vecteur indirect de soutien. En taxant les importations clandestines, le Hamas diversifie ses sources de revenus au-delà des aides extérieures ou des dons.
Cette affaire s’inscrit dans une série d’opérations visant à démanteler ces réseaux. Les autorités multiplient les enquêtes pour identifier les chaînes d’approvisionnement et les intermédiaires. Chaque saisie ou arrestation vise à assécher ces flux financiers.
Elle souligne aussi l’importance des contrôles internes. Les réservistes, souvent mobilisés pour des missions longues, doivent être soumis à une surveillance accrue pour prévenir les dérives.
Perspectives et questions ouvertes
Alors que le procès s’annonce, plusieurs interrogations persistent. Comment un tel réseau a-t-il pu opérer si longtemps ? Quelles leçons en tirer pour renforcer les protocoles aux passages ? Et surtout, quel impact cette affaire aura-t-elle sur la crédibilité des institutions concernées ?
Ce dossier dépasse le simple fait divers. Il touche à la sécurité nationale, à l’éthique militaire et aux dynamiques économiques en zone de conflit. Dans un pays où la menace terroriste reste omniprésente, chaque faille exploitée est perçue comme une victoire pour l’ennemi.
L’évolution judiciaire révélera sans doute d’autres détails. Pour l’instant, l’affaire rappelle brutalement que même les plus hautes sphères ne sont pas à l’abri des tentations individuelles, avec des conséquences potentielles lourdes pour tous.









