Une nomination qui tourne au fiasco politique
Keir Starmer est arrivé au pouvoir en juillet 2024 avec la promesse de restaurer la probité et de tourner la page des scandales qui avaient miné les gouvernements conservateurs précédents. Il voulait incarner un renouveau, loin des polémiques et des erreurs de jugement. Pourtant, dix-huit mois plus tard, cette affaire Mandelson menace directement son autorité et fragilise son leadership au sein même de son parti.
Peter Mandelson, ancien ministre influent et figure emblématique du New Labour, a été nommé ambassadeur aux États-Unis par Starmer. Le choix semblait audacieux : un homme rompu aux négociations internationales, avec un réseau étendu. Mais très vite, les liens persistants de Mandelson avec Jeffrey Epstein, condamné pour des crimes sexuels graves, ont resurgi. Mandelson a été limogé en septembre 2025 après seulement sept mois en poste, suite à des publications d’emails compromettants.
Les excuses publiques de Starmer aux victimes
Jeudi, lors d’un discours à Hastings, dans l’est de l’Angleterre, Keir Starmer a exprimé ses regrets de manière directe. Il s’est adressé aux victimes d’Epstein : il est désolé pour ce qu’elles ont subi, désolé que tant de personnes au pouvoir les aient laissées tomber, et désolé d’avoir cru aux mensonges de Peter Mandelson en le nommant à ce poste stratégique.
Ces excuses marquent un tournant. Starmer insiste sur le fait qu’il ignorait l’ampleur réelle et la gravité des relations entre Mandelson et Epstein. Il accuse son ex-ambassadeur d’avoir menti de façon répétée lors des vérifications préalables à la nomination. Selon lui, Mandelson a minimisé ses contacts, présentant Epstein comme une simple connaissance distante, alors que la réalité était bien plus sombre.
« On savait depuis un certain temps que Mandelson connaissait Epstein, mais aucun d’entre nous ne connaissait l’étendue et la noirceur de cette relation. »
Cette phrase, prononcée par le Premier ministre, résume le cœur du problème : une méconnaissance supposée de la profondeur des liens, masquée par des fausses déclarations.
Un passé déjà entaché de controverses
Peter Mandelson n’en est pas à son premier scandale. Figure controversée du Labour, il a dû démissionner à deux reprises sous Tony Blair pour des affaires liées à des prêts ou des influences extérieures. Malgré cela, il restait une voix écoutée dans les cercles du pouvoir. Sa nomination comme ambassadeur à Washington a été vue par certains comme une récompense pour son soutien discret à Starmer.
Mais les documents récemment publiés par le ministère américain de la Justice ont révélé des échanges troublants. Pendant qu’il était ministre sous Gordon Brown, entre 2008 et 2010, Mandelson aurait transmis des informations financières sensibles à Epstein. Ces éléments ont déclenché une enquête policière pour suspicion de transmission d’informations confidentielles, un délit grave de misconduct in public office.
Ces révélations ont amplifié la crise. Ce qui était une erreur de jugement sur des liens personnels est devenu une potentielle affaire de sécurité nationale et d’intégrité publique.
Une crise de confiance au sein du Labour
Les députés travaillistes sont furieux. Plusieurs ont exprimé leur colère et leur honte face à la gestion de cette affaire. Des voix anonymes dans la presse évoquent ouvertement la possibilité d’un départ forcé de Keir Starmer. Les rumeurs de complots internes pour le remplacer se multiplient depuis des semaines.
Le Premier ministre fait face à une perte de crédibilité inédite. Après des revirements sur le programme économique et social, et plusieurs départs de ministres impliqués dans des scandales, cette affaire Mandelson cristallise les doutes. Même au sein de sa majorité, des élus critiquent ouvertement son jugement.
- Des députés travaillistes parlent d’erreur de jugement majeure.
- Certains évoquent leur honte devant la manière dont le dossier a été traité.
- La pression monte pour une transparence totale sur le processus de nomination.
Le gouvernement a d’abord tenté de limiter la publication des documents relatifs à la nomination et au limogeage de Mandelson, invoquant la sécurité nationale. Mais sous la pression de ses propres rangs, il a accepté de les transmettre à une commission parlementaire.
Réactions de l’opposition et impact économique
L’opposition conservatrice ne se prive pas d’attaquer. Elle réclame la tête du directeur de cabinet de Starmer, accusé d’avoir poussé la candidature de Mandelson. Le débat à la Chambre des communes a été particulièrement tendu, avec des échanges vifs sur la responsabilité du Premier ministre.
L’affaire a même des répercussions économiques. La livre sterling a vacillé jeudi, et les taux des bons du Trésor britannique ont augmenté, rappelant le fiasco du court mandat de Liz Truss en 2022. Pour beaucoup de Britanniques, ce gouvernement apparaît aussi chaotique que les précédents conservateurs.
Un expert en opinion publique note que l’affaire Mandelson accentue le sentiment de continuité dans le désordre politique. Le public perçoit un exécutif incapable de tenir ses promesses de rigueur et d’honnêteté.
Un calendrier électoral à haut risque
Le timing est catastrophique. Une élection législative partielle approche dans le nord-ouest de l’Angleterre, suivie dans deux mois d’élections locales cruciales. Le parti Reform UK de Nigel Farage gagne du terrain sur les thèmes de l’immigration et de la défiance envers l’establishment.
Farage a qualifié cette affaire de plus gros scandale de la politique britannique depuis plus d’un siècle. Ses attaques trouvent un écho auprès d’un électorat déjà déçu par les partis traditionnels.
Le gouvernement défend sa position : les vérifications ont été respectées, et la faute repose entièrement sur Mandelson, qui a trompé tout le monde. Un ministre loyal a répété dans les médias que le responsable est Mandelson, pas le Premier ministre ni son équipe.
Vers une fin de règne pour Starmer ?
Keir Starmer se bat pour sa survie politique. Il insiste sur le fait qu’il a agi de bonne foi, trompé par des mensonges délibérés. Mais les appels à sa démission se multiplient, même dans son camp. Des analystes évoquent un Premier ministre isolé, en grave danger, qui lutte pour son avenir.
Cette crise dépasse le simple scandale personnel. Elle interroge la capacité du Labour à gouverner avec intégrité, après des années de promesses. Starmer avait juré de tourner la page des scandales ; paradoxalement, c’est sous son mandat qu’une affaire aussi explosive éclate.
Les semaines à venir seront décisives. La publication des documents, l’avancée de l’enquête policière et les résultats électoraux prochains pourraient sceller le sort du Premier ministre. Pour l’instant, Keir Starmer tente de reconquérir la confiance, mais le chemin s’annonce semé d’embûches.
Les Britanniques observent, déçus. Après tant d’années de turbulences politiques, cette nouvelle tempête renforce le sentiment d’un système épuisé. Reste à savoir si Starmer parviendra à redresser la barre, ou si cette affaire marquera la fin prématurée de son mandat.









