Imaginez un instant pouvoir écrire seul une page entière de l’histoire olympique. À seulement 29 ans, un athlète norvégien se trouve aujourd’hui à l’aube d’un exploit qui paraît presque irréel : rafler six médailles d’or lors d’une même édition des Jeux d’hiver. S’il y parvient, il ne se contenterait pas de dominer sa discipline ; il deviendrait tout simplement l’athlète le plus titré de tous les temps aux Jeux olympiques d’hiver.
L’ogre norvégien prêt à dévorer Milan-Cortina
Le ski de fond a toujours été une affaire de Norvégiens. Mais depuis une poignée d’années, un nom revient sans cesse, presque obsessionnellement, dans toutes les conversations : Johannes Hoesflot Klaebo. Ce jeune homme à l’allure presque juvénile cache une machine de guerre froide et calculée. À l’approche des Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026, il incarne à lui seul l’immense défi que représente le fait de vouloir tout gagner.
Il n’est pas simplement question de remporter des courses. Il s’agit de collectionner les titres avec une régularité qui défie la logique sportive. Déjà quintuple champion olympique, il vise désormais un sextuplé historique. Un tel exploit placerait son nom au-dessus de légendes comme Ole Einar Bjørndalen, Marit Bjørgen et Bjørn Dæhlie, tous arrêtés à huit médailles d’or.
Un palmarès déjà impressionnant à 29 ans
Pour bien mesurer l’ampleur du personnage, il faut remonter quelques années en arrière. En 2018, à PyeongChang, le monde découvre un gamin de 21 ans qui rafle trois titres olympiques en l’espace de quelques jours. Sprint classique, relais, sprint par équipes : le triplé est parfait. Quatre ans plus tard, à Pékin, il ajoute deux nouveaux sacres olympiques à son compteur personnel, portant son total à cinq médailles d’or, sans oublier deux médailles d’argent.
À cet âge où beaucoup d’athlètes de haut niveau commencent seulement à s’installer parmi l’élite, lui collectionne déjà les titres comme d’autres les timbres. Mais ce qui frappe le plus, c’est sa capacité à rester affamé. Là où d’autres ralentiraient, lui accélère encore.
« Je ne cours pas pour les records. Je cours parce que j’aime gagner. Et tant que je peux gagner, je continuerai. »
Cette phrase résume assez bien l’état d’esprit de l’homme. Pas de calcul mesquin, pas de peur de l’échec. Juste une envie viscérale de l’emporter, encore et encore.
Six épreuves, six ambitions démesurées
Le programme de ski de fond aux Jeux de 2026 offre à Klaebo exactement six opportunités de monter sur la plus haute marche du podium. Deux épreuves individuelles en style classique (sprint et 50 km), deux en style libre (skiathlon et sprint), et deux relais (par équipes de deux et relais à quatre). Six courses, six chances de tout rafler.
Ce qui rend ce défi encore plus fascinant, c’est la diversité des formats. Le sprint demande une explosivité foudroyante et un sens tactique aiguisé. Le 50 kilomètres exige au contraire une endurance hors norme et une gestion parfaite de l’effort sur plus de deux heures. Le skiathlon, lui, mélange les deux mondes : dix kilomètres en classique suivis de dix kilomètres en skating. Difficile de rêver programme plus complet pour tester la polyvalence d’un fondeur.
- Sprint individuel classique (1,5 km)
- Skiathlon (20 km : 10 km classique + 10 km libre)
- Sprint individuel libre
- 50 km classique départ en ligne
- Sprint par équipes (style libre)
- Relais 4 × 7,5 km
Chaque épreuve représente un univers à part entière. Pourtant, il envisage sérieusement de toutes les dominer. Une telle prétention serait risible chez presque n’importe qui d’autre. Chez lui, elle paraît presque raisonnable.
Le test grandeur nature des Mondiaux 2025
En février 2025, les Championnats du monde se déroulaient à Trondheim, sur ses terres natales. Le Norvégien n’a pas tremblé. Il a réalisé un Grand Chelem parfait : six titres mondiaux sur les six épreuves auxquelles il a pris part. Une première dans l’histoire des Mondiaux de ski de fond. Ce résultat n’était pas seulement une démonstration de force ; c’était un message clair envoyé à toute la planète : je suis prêt pour Milan-Cortina.
La saison en cours n’a fait que confirmer cette impression de domination écrasante. Il a franchi la barre symbolique des 100 victoires en Coupe du monde, un chiffre qui donne le vertige. Il domine à la fois le classement sprint et le classement distance. Rarement un fondeur n’a régné aussi totalement sur les deux tableaux.
La polyvalence, arme absolue de Klaebo
Ce qui rend l’exploit envisageable, c’est cette fameuse polyvalence. Beaucoup de fondeurs excellent soit en sprint, soit en distance. Très peu arrivent à être compétitifs dans les deux mondes. Lui, il passe d’une discipline à l’autre sans jamais sembler souffrir de la transition.
Sur un sprint, il est capable de produire une accélération dévastatrice dans les derniers mètres. Sur un 50 km, il sait rester patient, économiser ses forces et porter l’estocade au moment parfait. Cette intelligence de course, alliée à un moteur hors norme, fait de lui un cauchemar pour la concurrence.
« Johannes n’est pas seulement rapide ou endurant. Il est les deux à la fois, et il sait exactement quand utiliser quelle qualité. C’est ce qui le rend si dangereux. »
Un ancien fondeur norvégien
Dépasser les légendes norvégiennes
Avec cinq titres déjà en poche, il lui suffit de quatre nouveaux sacres pour égaler puis dépasser le record de huit médailles d’or détenu conjointement par Ole Einar Bjørndalen, Marit Bjørgen et Bjørn Dæhlie. S’il en remporte cinq à Milan-Cortina, il atteindrait dix titres olympiques, rejoignant ainsi un club très fermé dominé par Michael Phelps et ses 23 médailles d’or.
Certains diront que le programme a évolué depuis l’époque de Dæhlie : le sprint n’existait pas encore. C’est vrai. Mais cela ne retire rien à l’exploit potentiel. Les exigences physiques et mentales actuelles sont au moins aussi élevées, sinon plus.
Une pression énorme sur les épaules
Avec de tels objectifs affichés, la pression est colossale. Chaque course devient un rendez-vous avec l’histoire. Chaque contre-performance peut être vécue comme un échec planétaire. Pourtant, l’intéressé semble gérer cette charge mentale avec une déconcertante facilité.
Il cultive une forme de détachement salvateur. Gagner est important, mais pas au point de le rendre malade. Cette capacité à relativiser pourrait bien être son arme secrète face aux moments de doute qui ne manqueront pas d’arriver pendant la quinzaine olympique.
Le premier verdict dès le skiathlon
Le coup d’envoi de son tournoi personnel sera donné avec le skiathlon hommes. Une épreuve qui mélange déjà classique et skating, et qui donne souvent le ton pour la suite. Une victoire ici enverrait un signal très fort à tous ses adversaires. Une contre-performance, au contraire, pourrait semer le doute.
Mais au fond, peu importe le résultat de cette première course. Ce qui compte, c’est la manière dont il enchaînera ensuite. Car son projet ne se joue pas sur une seule épreuve, mais sur l’ensemble d’un programme d’une densité exceptionnelle.
Un héritage déjà immense
Même sans atteindre les six titres, Johannes Klaebo a déjà marqué de son empreinte le ski de fond moderne. Il a redéfini les standards de polyvalence, repoussé les limites de ce qui semblait possible, et redonné à sa discipline une visibilité mondiale considérable.
Les jeunes fondeurs d’aujourd’hui grandissent avec son image en tête. Il est devenu une référence, un modèle, presque un mythe vivant. Et il n’a que 29 ans.
Et si c’était vraiment possible ?
Alors, combien de médailles d’or décrochera-t-il finalement à Milan-Cortina ? Quatre ? Cinq ? Six ? Chaque course apportera sa réponse, morceau par morceau. Mais une chose est déjà sûre : nous assistons peut-être à l’un des plus grands chapitres de l’histoire olympique hivernale.
Dans un monde où les exploits individuels deviennent de plus en plus rares, Johannes Klaebo nous rappelle qu’un seul homme peut encore écrire des lignes entières dans le grand livre du sport. Et c’est précisément pour cela que le monde entier aura les yeux rivés sur lui pendant ces Jeux de 2026.
Le compte à rebours est lancé. La légende est en marche. Et elle porte un nom : Johannes Hoesflot Klaebo.









