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Népal 2026 : Élections Cruciales pour un Renouveau Politique

Après des manifestations violentes qui ont fait tomber le gouvernement, le Népal se prépare à des élections historiques le 5 mars. La jeunesse défie la vieille classe politique tandis que de nouveaux leaders émergent. Qui remportera ce scrutin synonyme de renouveau ? La réponse pourrait changer le visage du pays...

Imaginez un pays niché au cœur de l’Himalaya, où les rues de Katmandou résonnent encore des échos d’une révolte populaire inédite. Six mois après des manifestations d’une rare intensité, portées principalement par une jeunesse excédée, le Népal s’apprête à tourner une page décisive de son histoire politique. Le 5 mars 2026, les citoyens sont appelés aux urnes pour élire les 275 députés de la Chambre des représentants.

Ce scrutin n’est pas un simple renouvellement parlementaire. Il intervient dans un contexte de profonde crise de confiance envers les élites dirigeantes. Pour beaucoup de Népalais, en particulier les plus jeunes, ces élections représentent peut-être la dernière chance d’opérer un véritable changement dans un système politique figé depuis des décennies.

Un scrutin sous le signe du renouveau espéré

Depuis la fin de la guerre civile en 2006, la vie politique népalaise a été marquée par une certaine stabilité apparente. Pourtant, derrière cette façade, les mêmes figures se sont succédé au pouvoir, souvent issues des anciens mouvements maoïstes ou des partis traditionnels. Aujourd’hui, cette continuité est remise en question comme jamais auparavant.

Les événements de septembre dernier ont agi comme un catalyseur. Des manifestations massives, parfois violentes, ont conduit à la chute du gouvernement en place et à la dissolution du Parlement. Face à ce vide institutionnel, une personnalité inattendue a été choisie pour diriger un exécutif de transition.

Une magistrate à la tête du gouvernement provisoire

Ancienne présidente de la Cour suprême, Sushila Karki, âgée de 73 ans, dirige actuellement un gouvernement intérimaire réduit à quelques ministres. Sa nomination est intervenue après d’intenses négociations impliquant notamment les jeunes contestataires et des représentants de l’armée.

Madame Karki s’est engagée solennellement à remettre son mandat dès que les nouveaux députés seront élus. Cette promesse vise à rassurer une population profondément méfiante envers la classe politique établie. Sa réputation d’intégrité et son parcours judiciaire constituent ses principaux atouts dans cette période sensible.

La vieille garde toujours présente

Malgré les bouleversements récents, les figures historiques de la politique népalaise n’ont pas dit leur dernier mot. KP Sharma Oli, 73 ans, reste l’une des personnalités les plus influentes du pays. Ancien Premier ministre à quatre reprises, il a quitté ses fonctions le 9 septembre dernier suite aux émeutes meurtrières.

Réélu récemment à la tête du Parti communiste du Népal-UML (marxiste-léniniste unifié), il brigue à nouveau un siège de député. Son parti demeure l’une des principales forces politiques du pays, même si son image a été écornée par les événements récents.

De l’autre côté de l’échiquier politique, le Parti du Congrès, formation la plus ancienne du pays, a connu une scission spectaculaire. Gagan Thapa, 49 ans, a pris le contrôle du parti en écartant Sher Bahadur Deuba, 79 ans, qui fut cinq fois Premier ministre. Ce dernier conteste toutefois cette éviction et maintient une certaine influence.

Enfin, bien que la monarchie ait été abolie en 2008, l’ancien roi Gyanendra Shah, aujourd’hui âgé de 78 ans, conserve un noyau de partisans. Certains Népalais, désabusés par la république, voient en lui une figure de stabilité dans un contexte de crise permanente.

Les nouveaux visages qui bousculent l’ordre établi

Face à cette vieille garde, plusieurs personnalités ont émergé grâce au soutien massif d’une jeunesse avide de changement. Parmi elles, Rabi Lamichhane, 50 ans, ancien animateur de télévision, incarne cette nouvelle génération politique.

Son parti, le Rastriya Swatantra Party (RSP), créé il y a seulement quelques années, est devenu en 2022 la quatrième force parlementaire du pays. Nommé vice-Premier ministre dans le passé, Lamichhane bénéficie d’une popularité importante, notamment dans les milieux urbains.

Autre figure montante : Balendra Shah, 35 ans. Ancien rappeur devenu maire de Katmandou, il a décidé de défier directement KP Sharma Oli dans sa propre circonscription. En cas de victoire significative du RSP, il pourrait accéder au poste de Premier ministre, ce qui représenterait un séisme politique majeur.

À leurs côtés, Kulman Ghising, ingénieur de 55 ans, jouit également d’une cote de popularité exceptionnelle. Il s’est illustré en résolvant efficacement le problème chronique des coupures d’électricité lorsqu’il était ministre de l’Énergie par intérim. Sa capacité à obtenir des résultats concrets fait de lui une personnalité respectée au-delà des clivages partisans.

La voix de la génération Z

Les jeunes Népalais, souvent regroupés sous le terme « génération Z », constituent sans doute la force la plus dynamique de ce scrutin. Ce sont eux qui ont initié le mouvement de contestation de septembre contre la corruption endémique et le manque d’opportunités économiques.

Les chiffres sont éloquents : selon les données de la Banque mondiale, 82 % de la main-d’œuvre népalaise évolue dans l’économie informelle. Par ailleurs, environ un jeune sur cinq âgé de 15 à 24 ans se trouve au chômage. Ces réalités économiques alimentent un profond sentiment de frustration.

Plusieurs figures issues de cette contestation se présentent désormais comme candidates ou candidats aux législatives. Leur présence sur les listes électorales symbolise l’aspiration à un renouvellement profond de la classe politique.

Le poids inattendu de la diaspora

Face au manque d’emplois sur place, au moins 2,5 millions de Népalais ont choisi l’expatriation, soit environ 7,5 % de la population totale. Ces travailleurs migrants, principalement installés au Moyen-Orient, envoient des fonds qui représentent aujourd’hui plus du tiers du PIB national.

Malgré une décision de la Cour suprême datant de 2018, les gouvernements successifs n’ont jamais réussi à organiser le vote des Népalais de l’étranger. Les contraintes logistiques semblent insurmontables dans les délais impartis.

Cependant, cette diaspora conserve une influence politique significative. Les consignes de vote qu’elle transmet à ses familles restées au pays peuvent faire pencher la balance dans de nombreuses circonscriptions.

Un pays à la croisée des chemins

Le Népal se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire récente. D’un côté, une classe politique traditionnelle qui s’accroche à ses positions malgré les revers subis. De l’autre, une vague de renouveau portée par une jeunesse déterminée et des personnalités issues de milieux non conventionnels.

Les enjeux dépassent largement la simple composition du prochain Parlement. C’est la capacité du pays à répondre aux aspirations de sa population jeune et éduquée qui est en jeu. La question de la création d’emplois décents, de la lutte contre la corruption et de la modernisation de l’État se pose avec une acuité particulière.

Les semaines qui viennent de s’écouler ont démontré que la population népalaise n’était plus disposée à accepter le statu quo. Les manifestations de septembre ont coûté cher en vies humaines – au moins 77 morts selon les bilans officiels – et ont profondément marqué les esprits.

Dans ce contexte, chaque voix compte. Le taux de participation sera scruté avec attention, tout comme la capacité des nouveaux partis à transformer l’énergie contestataire en résultats électoraux concrets.

Le 5 mars 2026 pourrait marquer le début d’une nouvelle ère pour le Népal. Ou au contraire, confirmer la résilience d’un système politique que beaucoup jugent à bout de souffle. Les Népalais ont désormais rendez-vous avec leur avenir.

Quoi qu’il advienne, ce scrutin restera dans les annales comme le premier véritable test de la capacité de la société népalaise à opérer une transition démocratique pacifique après une crise majeure. Les regards du monde entier se tournent vers cette république himalayenne qui, malgré sa petite taille, donne aujourd’hui une leçon de vitalité démocratique à de nombreux pays.

Les prochains jours seront décisifs pour comprendre quelle direction prendra le Népal. Entre continuité et rupture, entre expérience et renouveau, le choix des électeurs népalais s’annonce lourd de conséquences pour les années à venir.

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