Imaginez un petit royaume niché au cœur de l’Himalaya, célèbre pour son indice de bonheur national, ses monastères perchés sur les falaises et sa politique de développement axée sur le « Bonheur National Brut ». Maintenant, ajoutez à ce tableau une activité financière qui fait trembler les traders du monde entier : des mouvements de plusieurs millions de dollars en Bitcoin. C’est exactement ce qui se passe en ce moment au Bhoutan.
Depuis quelques jours, les regards du monde crypto se tournent vers ce pays de moins de 800 000 habitants qui, discrètement mais sûrement, s’est imposé comme l’un des rares États souverains à détenir et à gérer activement une réserve significative de Bitcoin. Et les derniers mouvements enregistrés sur la blockchain ne passent pas inaperçus.
Un royaume himalayen aux commandes d’une trésorerie Bitcoin
Le Bhoutan n’est plus seulement le pays du bonheur et de la préservation culturelle. Depuis plusieurs années, il exploite son abondante ressource hydroélectrique pour miner du Bitcoin de manière industrielle. Une stratégie qui semblait marginale il y a encore peu est aujourd’hui devenue l’une des expériences les plus intrigantes de l’ère crypto.
Contrairement à la plupart des États qui possèdent du Bitcoin suite à des saisies judiciaires (États-Unis, Allemagne, etc.), le Bhoutan est l’un des très rares pays au monde à avoir accumulé ses BTC grâce à une activité productive légitime : l’extraction via l’énergie renouvelable. Cette particularité change tout.
Les derniers transferts qui intriguent la communauté
Au cours de la semaine écoulée, plusieurs portefeuilles rattachés à l’entité publique Druk Holding & Investments (DHI) ont effectué des mouvements significatifs. Le transfert le plus important : environ 184 BTC, soit plus de 14 millions de dollars au cours du jour. Quelques jours plus tôt, un autre mouvement de 100,8 BTC (environ 8,3 millions de dollars) avait déjà attiré l’attention.
Ces deux opérations représentent donc plus de 22 millions de dollars transférés en une poignée de jours seulement. Mais ce qui intrigue particulièrement les analystes, c’est la destination de ces fonds.
Le plus gros transfert a rejoint une adresse associée à une infrastructure institutionnelle bien connue dans l’écosystème crypto. L’autre opération s’est dirigée vers une adresse identifiée comme liée à un service de dépôt pour marchand institutionnel. Autant de signaux qui laissent penser à une opération de gestion de liquidité plutôt qu’à une simple vente au marché spot.
« Les dépôts vers des adresses de marchands ou d’intermédiaires sont souvent des étapes préparatoires à une gestion de liquidité ou à un repositionnement d’actifs. »
Même si aucune vente massive n’a été confirmée à ce stade, ces mouvements interviennent dans un contexte de forte volatilité sur le marché Bitcoin.
Un schéma de vente qui se répète
Les observateurs les plus attentifs de la blockchain ont repéré depuis longtemps un comportement assez singulier dans les mouvements du Bhoutan. Les ventes semblent suivre un schéma relativement prévisible : des clips d’environ 50 millions de dollars, espacés dans le temps, mais avec une certaine régularité.
Une période particulièrement intense avait été observée entre la mi-septembre et la fin septembre 2025. Plusieurs dizaines de millions de dollars avaient alors transité par le marché. Aujourd’hui, les analystes se demandent si les récents transferts marquent le début d’un nouveau cycle de ce type.
Depuis son pic historique enregistré en octobre 2024 (plus de 13 295 BTC), les réserves publiques du Bhoutan sont passées à environ 5 700 BTC. Une diminution significative qui montre que le pays n’hésite pas à convertir une partie de ses avoirs en liquidités fiat lorsque les conditions de marché le justifient.
Au-delà du Bitcoin : Ethereum et stablecoins en mouvement
Le Bitcoin n’est pas le seul actif concerné par cette activité récente. Plusieurs petites transactions en Ethereum ont également été enregistrées sur les portefeuilles liés au Bhoutan au cours de la même période.
Plus intéressant encore : environ 1,5 million de dollars en USDT (Tether) ont transité entre des portefeuilles d’échanges et des adresses associées au royaume himalayen au cours des dernières heures. Ces flux croisés entre différentes blockchains renforcent l’idée d’une gestion active et sophistiquée de la trésorerie publique.
Le Bhoutan ne se contente visiblement pas de hodler passivement ses avoirs. Il semble mettre en place une véritable stratégie de trésorerie diversifiée, avec des allers-retours réguliers entre crypto-actifs et potentiellement monnaies fiat ou autres instruments financiers.
Pourquoi un si petit pays s’intéresse-t-il autant au Bitcoin ?
La réponse est à la fois géographique, énergétique et stratégique.
Le Bhoutan dispose d’une ressource quasi illimitée dans son contexte : l’hydroélectricité. Grâce à ses nombreux cours d’eau descendant des hauts sommets himalayens, le pays produit bien plus d’électricité qu’il n’en consomme. Une grande partie de cette énergie est exportée vers l’Inde voisine.
Miner du Bitcoin avec une énergie aussi bon marché et renouvelable est donc une opportunité économique évidente. Le pays a commencé à développer cette activité dès 2019-2020, bien avant que la plupart des nations ne considèrent sérieusement le sujet.
- Énergie verte et abondante
- Faible coût d’extraction
- Revenus supplémentaires pour l’État
- Diversification des sources de revenus nationaux
- Positionnement précurseur dans l’économie numérique
Cette stratégie s’inscrit parfaitement dans la philosophie du « Bonheur National Brut » : trouver des modèles économiques durables qui respectent l’environnement tout en générant des revenus pour le pays.
Un précédent qui pourrait inspirer d’autres nations
Le cas du Bhoutan est unique à plus d’un titre. Très peu de pays peuvent se targuer de posséder du Bitcoin provenant directement d’une activité minière d’État. La plupart des réserves souveraines proviennent de saisies liées à des activités criminelles.
Ce positionnement particulier pourrait inspirer d’autres nations disposant d’énergies renouvelables abondantes et bon marché : Islande, Norvège, Canada, certaines régions d’Amérique du Sud ou d’Afrique, etc.
Mais il pose aussi des questions stratégiques importantes :
- Quelle part de la production énergétique nationale consacrer au minage ?
- Comment gérer la volatilité extrême des actifs numériques dans une trésorerie publique ?
- Comment communiquer (ou non) sur ces avoirs ?
- Quel cadre réglementaire interne mettre en place ?
- Comment protéger ces actifs contre les cyberattaques étatiques ou privées ?
Autant de questions auxquelles le Bhoutan apporte, depuis plusieurs années maintenant, des réponses empiriques très intéressantes à observer.
Impact potentiel sur le marché Bitcoin
Dans un marché où chaque mouvement de +500 BTC peut déjà faire bouger les prix, les 5 700 BTC encore détenus par le Bhoutan représentent une quantité non négligeable. Si le pays décidait de liquider une partie significative de ses avoirs en peu de temps, cela pourrait accentuer la pression baissière.
À l’inverse, une stratégie de conservation ou même d’accumulation supplémentaire en cas de prix bas pourrait être perçue très positivement par la communauté.
Ce qui est certain, c’est que les mouvements d’un acteur aussi atypique que le Bhoutan sont scrutés avec beaucoup plus d’attention que ceux d’un simple whale anonyme. La dimension souveraine change la perception et l’interprétation des flux.
Vers une normalisation des États dans l’écosystème crypto ?
Il y a encore cinq ans, l’idée qu’un État puisse détenir et gérer activement du Bitcoin semblait farfelue. Aujourd’hui, plusieurs pays ont franchi le pas, chacun avec sa propre approche :
| Pays | Origine des BTC | Stratégie actuelle |
| Bhoutan | Mining hydroélectrique | Gestion active, ventes périodiques |
| États-Unis | Saisies judiciaires | Ventes régulières aux enchères |
| El Salvador | Achats directs + mining | Accumulation stratégique |
| Allemagne | Saisies | Liquidation progressive |
Le spectre des stratégies souveraines s’élargit rapidement. Certains pays achètent, d’autres vendent, d’autres minent, d’autres encore expérimentent des politiques de réserve stratégique. Le Bhoutan fait clairement partie des pionniers les plus discrets mais aussi des plus cohérents dans leur approche.
Que retenir de cette actualité ?
Le Bhoutan nous rappelle une réalité trop souvent oubliée dans le monde crypto : les États ne sont pas des spectateurs passifs de la révolution blockchain. Certains décident d’y participer activement, et pas seulement en tant que régulateurs.
Le petit royaume himalayen montre qu’il est possible de concilier :
- Énergie renouvelable
- Revenus publics supplémentaires
- Gestion prudente et non spéculative
- Stratégie de long terme
Les récents mouvements de 22 millions de dollars ne sont probablement que la partie visible d’une stratégie beaucoup plus large et réfléchie. L’avenir dira si le Bhoutan continuera à vendre par paliers ou s’il choisira, à l’image de certains autres pays, de renforcer sa position de hodler souverain.
Une chose est sûre : dans les années à venir, nous entendrons encore souvent parler de ce petit pays qui, à sa manière discrète et méthodique, est en train d’écrire une page inattendue de l’histoire du Bitcoin.
« Le Bitcoin n’est plus seulement une classe d’actifs spéculative. Pour certains États, il devient un outil stratégique de diversification et d’indépendance financière. Le Bhoutan pourrait bien être le laboratoire discret de cette nouvelle réalité géopolitique. »
À suivre de très près.









