Imaginez un instant : après des années à crier dans le désert que Bitcoin n’était qu’une bulle spéculative sans valeur intrinsèque, un homme voit enfin le vent tourner en sa faveur. En ce début février 2026, alors que la reine des cryptomonnaies perd plus de 15 % en quelques jours seulement, Peter Schiff savoure un moment qu’il attendait depuis longtemps. Et au centre de sa vindicte se trouve une entreprise qui a tout misé sur le Bitcoin : Strategy.
Quand la stratégie Bitcoin de Strategy se retourne contre elle
Depuis août 2020, l’entreprise dirigée par Michael Saylor n’a cessé d’accumuler des Bitcoins, transformant sa trésorerie en l’une des plus grosses positions institutionnelles sur la cryptomonnaie. Pendant des mois, cette stratégie a semblé géniale : le cours grimpait, les gains non réalisés s’accumulaient, atteignant des dizaines de milliards de dollars. Mais tout pari audacieux comporte un revers.
En février 2026, le Bitcoin passe sous la barre symbolique du prix moyen d’acquisition de Strategy, estimé autour de 76 037 dollars. Résultat : environ 630 millions de dollars de moins-value latente sur les livres comptables. Les quelque 47 milliards de gains non réalisés constatés il y a seulement quatre mois se sont évaporés en grande partie. Pour les détracteurs de longue date, c’est le moment de reprendre la parole.
Peter Schiff : « Le vrai plancher arrivera quand Strategy aura tout vendu »
Sur les réseaux sociaux, Peter Schiff n’a pas tardé à dégainer. Connu pour son attachement viscéral à l’or et son scepticisme radical envers Bitcoin, il affirme sans détour que l’arrêt progressif des achats massifs par Strategy explique en grande partie la faiblesse actuelle du marché.
« Strategy a été l’un des principaux moteurs de la hausse de 550 % du Bitcoin. Maintenant qu’elle ne peut plus acheter autant, le prix chute. Le vrai plancher ne sera atteint qu’après que Strategy aura vendu son dernier satoshi. »
Cette phrase résume parfaitement la thèse de Schiff : Bitcoin n’aurait jamais atteint de tels sommets sans l’appétit vorace d’un acteur institutionnel aussi déterminé que Strategy. Et logiquement, selon lui, la perte de cette force acheteuse mécanique signe le début de la fin.
Mais est-ce vraiment aussi simple ? Peut-on réduire plusieurs années de bull run à l’action d’une seule entreprise, même très influente ? La réalité est sans doute plus nuancée.
Le modèle économique risqué de Strategy décrypté
Le schéma mis en place par Michael Saylor repose sur un cercle vertueux qui peut vite devenir vicieux en cas de retournement :
- Strategy accumule du Bitcoin
- Le cours monte grâce à cette demande institutionnelle massive
- Le titre Strategy s’envole, se négociant à prime par rapport à la valeur nette d’actifs
- L’entreprise émet de nouvelles actions ou de la dette convertible
- Elle utilise ces fonds levés pour acheter encore plus de Bitcoins
Tant que le prix du Bitcoin reste bien au-dessus du coût moyen d’acquisition, tout fonctionne. Mais dès que le cours plonge durablement sous ce seuil critique, plusieurs problèmes apparaissent simultanément :
- La prime sur le titre disparaît ou devient décote
- Lever des capitaux devient beaucoup plus difficile et dilutif
- La capacité d’achat diminue fortement
- Le cercle vertueux se transforme en spirale descendante
C’est précisément ce point de bascule que nous observons potentiellement en ce mois de février 2026. La question que se posent désormais de nombreux observateurs est simple : Strategy peut-elle continuer à tenir sa ligne « HODL forever » quand les marchés deviennent franchement hostiles ?
Michael Saylor reste inflexible : « Acheter et ne jamais vendre »
Face à la tempête, Michael Saylor n’a pas modifié d’un iota sa communication. Quelques heures seulement après que le Bitcoin soit passé sous le coût moyen d’acquisition de son entreprise, il publie un message limpide :
« Les règles du Bitcoin : 1. Acheter du Bitcoin 2. Ne pas vendre le Bitcoin »
Ce mantra, répété inlassablement depuis des années, continue de guider la stratégie de l’entreprise. Pour Saylor, Strategy n’est pas simplement une société qui détient du Bitcoin : elle est devenue un véhicule d’exposition indirecte au Bitcoin pour des millions d’investisseurs qui n’auraient jamais acheté directement la cryptomonnaie.
Il avance des chiffres impressionnants : près de 15 millions de personnes détiendraient indirectement du Bitcoin via des fonds de pension, des assurances, des fonds souverains ou des comptes de courtage classiques qui possèdent des actions Strategy. L’objectif affiché ? Atteindre les 100 millions d’expositions indirectes dans les années à venir.
Un rôle central dans l’adoption institutionnelle ?
Selon Michael Saylor, Strategy a déjà contribué à ajouter environ 1,8 trillion de dollars à la capitalisation boursière totale du Bitcoin. La majeure partie de cette création de valeur serait allée à des détenteurs non-corporate, c’est-à-dire aux investisseurs particuliers et aux institutions qui n’ont pas de lien direct avec Strategy.
Il va même plus loin dans sa vision : sans l’intervention massive des entreprises, Bitcoin stagnerait probablement autour de 10 000 dollars avec une adoption marginale. À l’inverse, avec l’arrivée des corporations, il voit un chemin vers des valorisations de plusieurs dizaines, voire centaines de trillions de dollars à long terme.
Cette conviction explique pourquoi il balaie d’un revers de main les critiques sur la concentration : même si Strategy détient environ 3 % de l’offre totale de Bitcoin, cette possession est en réalité répartie entre des millions d’actionnaires indirects à travers le monde.
Les arguments de Peter Schiff face à la vision de Saylor
Peter Schiff ne partage évidemment pas cette vision idyllique. Pour lui, Bitcoin reste un actif spéculatif sans rendement intrinsèque, sans cash-flow, sans dividende, sans utilité tangible au-delà de la croyance collective en sa valeur future.
Il compare régulièrement Bitcoin à une gigantesque chaîne de Ponzi numérique où les derniers arrivés paient les plus-values des premiers sortants. Selon lui, la hausse spectaculaire des dernières années repose essentiellement sur l’afflux massif de capitaux nouveaux, dont une partie importante provient précisément de Strategy et d’autres acteurs institutionnels qui ont suivi le mouvement.
Maintenant que cet afflux ralentit – voire s’inverse temporairement – le château de cartes vacille, selon la vision de Schiff. Et il prédit que le vrai test arrivera quand Strategy n’aura plus les moyens financiers de continuer à acheter ou, pire, quand elle sera forcée de vendre pour des raisons de liquidité ou de survie de l’entreprise.
Que retenir de cette passe d’armes en février 2026 ?
Cette confrontation entre deux visions radicalement opposées du Bitcoin illustre parfaitement la polarisation qui existe toujours autour de la cryptomonnaie, même après des années de maturité relative des marchés.
D’un côté, les maximalistes convaincus que Bitcoin est l’avenir de la monnaie, l’or numérique du XXIe siècle, et que les corrections font simplement partie du chemin vers des valorisations astronomiques.
De l’autre, les sceptiques historiques qui y voient une bulle spéculative géante destinée à exploser un jour, comme toutes les précédentes manias financières de l’histoire.
Entre ces deux extrêmes, la réalité se trouve probablement dans une zone grise plus complexe :
- Strategy a incontestablement joué un rôle d’accélérateur majeur dans la hausse du Bitcoin
- Son influence reste significative même si elle n’est plus aussi dominante qu’avant
- Une correction profonde et prolongée mettrait effectivement à rude épreuve son modèle économique
- Mais affirmer que Bitcoin s’effondrera complètement sans les achats de Strategy relève probablement d’une simplification excessive
- Le marché crypto est aujourd’hui beaucoup plus diversifié et mature qu’il y a cinq ans
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour Strategy et Bitcoin
Plusieurs trajectoires se dessinent pour les mois à venir :
Scénario 1 : Rebond rapide et poursuite de la stratégie
Le Bitcoin reprend rapidement sa tendance haussière, repasse au-dessus des 80 000 dollars, soulage la pression sur Strategy qui peut continuer à lever des fonds et à accumuler. Peter Schiff retourne dans l’ombre et Michael Saylor apparaît encore plus visionnaire.
Scénario 2 : Correction prolongée et test du modèle
Le marché entre dans une phase de bear market durable. Strategy voit son cours chuter fortement, perd sa capacité à lever des capitaux à des conditions raisonnables, et doit envisager des options qu’elle avait toujours écartées (vente partielle, dilution massive, restructuration). Peter Schiff crie victoire.
Scénario 3 : Stagnation autour du coût moyen
Le Bitcoin oscille pendant de longs mois autour du prix moyen d’acquisition de Strategy. L’entreprise survit mais ne peut plus jouer son rôle d’accélérateur. Le marché attend un catalyseur externe (macroéconomie, réglementation, adoption technologique) pour repartir dans une direction ou dans l’autre.
Quelle que soit l’issue, cet épisode de février 2026 restera sans doute comme un moment charnière dans l’histoire de la relation entre Bitcoin et le monde corporate. Il pose en effet une question fondamentale : jusqu’où une entreprise peut-elle raisonnablement miser son avenir sur un actif aussi volatil ?
Pour Peter Schiff, la réponse est claire : pas aussi loin que Strategy l’a fait. Pour Michael Saylor, la réponse est tout aussi tranchée : encore beaucoup plus loin, car c’est précisément cette audace qui permettra à Bitcoin d’atteindre des valorisations inimaginables aujourd’hui.
Entre ces deux certitudes opposées, le marché continue de trancher au quotidien, dollar après dollar, trade après trade. Et pour l’instant, en ce mois de février 2026, c’est Peter Schiff qui peut légitimement prendre un petit moment de satisfaction.
Mais dans le monde de la finance spéculative, un jour ne fait pas l’histoire. Et l’histoire de Bitcoin est encore loin d’être terminée.
À retenir : La chute actuelle du Bitcoin sous le prix moyen d’acquisition de Strategy représente le plus gros test jamais subi par le modèle « Bitcoin treasury » popularisé par Michael Saylor. Peter Schiff y voit la confirmation de ses thèses depuis 15 ans. L’avenir dira qui avait raison… ou si les deux avaient partiellement tort.
Les mois à venir seront déterminants, non seulement pour Strategy, mais pour l’ensemble de l’écosystème crypto qui observe attentivement cette expérience grandeur nature : une entreprise peut-elle réellement transformer sa trésorerie en Bitcoin et en faire le pivot stratégique central de son modèle économique ?
Réponse dans les prochains chapitres de cette saga financière hors normes.









