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Soudan : Paramilitaires Chassent l’Armée Près de l’Éthiopie

Dans l'État du Nil Bleu, des paramilitaires alliés à des rebelles ont chassé l'armée de positions stratégiques près de la frontière éthiopienne, prenant Deim Mansour après de violents combats. Qui contrôlera vraiment cette zone clé ? La réponse pourrait changer le cours de la guerre...
Le Soudan est en proie à une guerre dévastatrice depuis près de trois ans, et les développements récents dans l’État du Nil Bleu montrent à quel point le conflit s’étend et se complexifie. Imaginez une région frontalière stratégique, où des combattants aguerris profitent de leur connaissance du terrain pour renverser des positions tenues par l’armée régulière. C’est exactement ce qui s’est produit récemment près de la frontière avec l’Éthiopie, où des forces paramilitaires alliées à un mouvement rebelle historique ont chassé l’armée de localités clés.

Un nouveau front s’ouvre dans la guerre soudanaise

La guerre qui oppose l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR) a pris une tournure particulièrement inquiétante dans l’État du Nil Bleu. Cette zone, située au sud-est du pays, partage une frontière sensible avec l’Éthiopie et le Soudan du Sud. Longtemps disputée, elle devient aujourd’hui un enjeu majeur dans le conflit qui ravage le Soudan depuis avril 2023.

Les FSR, paramilitaires dirigés par un leader charismatique, ont renforcé leur position grâce à une alliance inattendue conclue en février 2025. Cette coalition avec le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLM-N) a permis d’intégrer des combattants expérimentés, habitués aux guérillas dans les zones montagneuses et frontalières. Ensemble, ils ont lancé des opérations qui ont abouti à la prise de positions stratégiques détenues par l’armée.

La prise de Deim Mansour et des zones environnantes

Parmi les avancées les plus significatives, la ville de Deim Mansour a été libérée par les forces alliées. Cette localité, située dans une zone boisée et difficile d’accès, revêt une importance tactique évidente pour le contrôle des routes et des passages frontaliers. Les combattants du SPLM-N ont annoncé avoir également sécurisé les secteurs de Bashir Nougo et Khor al-Boudi.

Un habitant ayant fui la zone a décrit la progression des événements. Dès dimanche, les forces se sont massées dans les forêts environnantes. Les bombardements ont débuté lundi, suivis d’une entrée décisive des combattants mardi. Face à l’intensité des combats, une partie de la population a cherché refuge en Éthiopie, tandis que d’autres se sont dirigés vers Kurmuk, une ville toujours tenue par l’armée.

Les bombardements ont commencé lundi, et les forces sont entrées mardi. Certains habitants ont fui vers l’Éthiopie, d’autres ont rejoint la ville de Kurmuk.

Cette citation illustre la brutalité soudaine de l’offensive et ses conséquences immédiates sur les civils. Les déplacements forcés ajoutent à la crise humanitaire déjà catastrophique dans le pays.

Les racines historiques du SPLM-N dans la région

Le SPLM-N n’est pas un nouvel acteur sur la scène soudanaise. Depuis des décennies, ce mouvement maintient une présence forte dans le sud du Nil Bleu, s’appuyant sur des lignes d’approvisionnement établies via l’Éthiopie et le Soudan du Sud. Ces connexions historiques permettent un flux continu d’hommes et de matériels, rendant les opérations plus fluides et durables.

L’alliance avec les FSR a amplifié cette capacité. Les combattants du SPLM-N, rompus aux tactiques de guérilla, ont apporté une expertise précieuse pour sécuriser des territoires et ouvrir des corridors frontaliers. Cette synergie explique en partie la rapidité des gains territoriaux observés récemment.

L’État du Nil Bleu n’est pas seulement un champ de bataille. Il abrite des infrastructures vitales, comme le barrage de Roseires, le plus important ouvrage hydraulique sur le fleuve Bleu, situé à une centaine de kilomètres de la frontière éthiopienne. Le contrôle de cette zone pourrait influencer l’accès à l’eau et à l’électricité pour de vastes régions du pays.

Un conflit qui divise le Soudan en zones d’influence

Après presque trois ans de guerre, le Soudan est profondément fracturé. L’armée conserve le contrôle du nord, de l’est et du centre du pays. Les FSR dominent quant à eux la majeure partie du Darfour, représentant environ un tiers du territoire national. Avec leurs alliés, ils étendent leur emprise sur certaines parties du sud.

La région du Kordofan reste l’un des théâtres les plus intenses. Le SPLM-N y possède un bastion dans les montagnes Nouba, où les affrontements font rage. Ces zones montagneuses offrent un avantage défensif naturel, rendant les avancées difficiles pour toutes les parties.

  • L’armée contrôle les institutions centrales et les grandes villes du nord.
  • Les FSR règnent sur le Darfour et progressent dans le sud avec des alliés.
  • Le SPLM-N sécurise des poches stratégiques dans le Kordofan et le Nil Bleu.

Cette division territoriale complique toute tentative de résolution pacifique. Chaque camp consolide ses positions, rendant les négociations encore plus ardues.

L’impact humanitaire catastrophique

La guerre a causé des dizaines de milliers de morts depuis son déclenchement. Plus de 11 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays ou au-delà des frontières. L’ONU décrit cette situation comme la pire crise humanitaire actuelle dans le monde.

Dans l’État du Nil Bleu, les combats récents ont provoqué de nouveaux exodes. Les populations locales, déjà fragilisées, font face à des pénuries alimentaires, à un manque d’accès aux soins et à la destruction d’infrastructures essentielles. Les routes d’approvisionnement humanitaire sont souvent bloquées ou dangereuses.

Les civils paient le prix le plus lourd. Familles séparées, enfants sans école, communautés entières en fuite : le quotidien est marqué par la peur et l’incertitude. Chaque avancée militaire, comme celle de Deim Mansour, s’accompagne de souffrances accrues pour les habitants.

Les enjeux stratégiques et régionaux

La frontière avec l’Éthiopie joue un rôle crucial. Les lignes d’approvisionnement du SPLM-N traversent cette limite, reliant les combattants à des soutiens extérieurs potentiels. Le Soudan du Sud sert également de couloir logistique pour certains groupes.

Ces dynamiques frontalières risquent d’internationaliser davantage le conflit. Les tensions régionales, déjà vives dans la Corne de l’Afrique, pourraient s’aggraver si les combats s’étendent ou impliquent plus directement les pays voisins.

Le barrage de Roseires symbolise les enjeux plus larges. Contrôler cet ouvrage hydraulique, c’est influencer l’irrigation, la production d’énergie et même les négociations sur le partage des eaux du Nil. Une escalade dans cette zone pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières soudanaises.

Vers une prolongation du chaos ?

Les gains des FSR et de leurs alliés dans le Nil Bleu montrent que la guerre est loin d’être terminée. Chaque offensive redessine la carte du pouvoir et complique les perspectives de paix. Les civils, coincés au milieu, espèrent une issue rapide, mais la réalité sur le terrain semble s’éloigner de cette espérance.

La communauté internationale suit avec inquiétude ces développements. Les appels à un cessez-le-feu et à des négociations inclusives se multiplient, mais sans avancées concrètes pour l’instant. Pendant ce temps, les combats continuent, et avec eux, la souffrance d’un peuple épuisé par les violences.

Dans cette spirale de violence, chaque nouvelle bataille, comme celle qui a vu tomber Deim Mansour, rappelle l’urgence d’une solution politique. Mais tant que les positions restent figées et que les alliances se renforcent, le risque d’une fragmentation durable du Soudan persiste.

Le Nil Bleu, autrefois périphérique dans le conflit, est désormais au cœur des enjeux. Son avenir influencera celui de tout le pays, et peut-être de la région entière. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si cette guerre peut encore être contenue ou si elle va s’étendre encore davantage.

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