Imaginez un pays qui, après une année économiquement compliquée, décide de frapper un grand coup en injectant des sommes colossales dans ses fondations mêmes : routes, rails, aéroports, hôpitaux, écoles, énergie… C’est exactement ce que vient d’annoncer le Mexique pour les cinq prochaines années. Un pari audacieux dans un contexte régional et mondial tendu.
Un plan massif pour réveiller la deuxième économie d’Amérique latine
Le gouvernement mexicain a dévoilé un programme d’investissement public qui marque une rupture avec les années précédentes. Entre 2026 et 2030, ce sont 5 600 milliards de pesos – soit environ 275 milliards d’euros – qui devraient être mobilisés dans huit secteurs considérés comme stratégiques pour l’avenir du pays.
Cette enveloppe exceptionnelle doit permettre de redonner de l’élan à une économie qui montre des signes de faiblesse depuis plusieurs trimestres. L’objectif affiché est double : stimuler la production intérieure et soutenir la consommation des ménages, deux moteurs essentiels de la croissance.
Les secteurs prioritaires du plan
Les autorités ont clairement identifié les domaines dans lesquels les efforts doivent être concentrés. On retrouve sans surprise les infrastructures de transport en tête de liste, mais le plan va bien au-delà.
- Routes et autoroutes modernes
- Chemins de fer (notamment fret et passagers)
- Aéroports régionaux et internationaux
- Production et distribution d’énergie
- Infrastructures de santé publique
- Équipements éducatifs et universitaires
- Projets d’eau potable et assainissement
- Programmes de connectivité numérique
Cette liste illustre une volonté de rattrapage dans des secteurs souvent négligés ces dernières décennies, tout en préparant le terrain pour une économie plus résiliente face aux chocs externes.
2026 : l’année du décollage budgétaire
L’effort commence très tôt. Dès l’année prochaine, les autorités prévoient une augmentation exceptionnelle des dépenses d’investissement de 722 milliards de pesos, l’équivalent de 35 milliards d’euros environ. Ce montant représente à lui seul environ 2 % du PIB annuel du pays.
À cela s’ajoutent les quelque 900 milliards de pesos déjà programmés dans le budget ordinaire. En cumulé, 2026 pourrait donc enregistrer une hausse historique des investissements publics, ce qui constitue un signal fort envoyé aux acteurs économiques.
« Notre intention est de commencer très tôt pour que cela puisse avoir un impact durant l’année »
Le ministre des Finances
Cette déclaration traduit une volonté politique claire : ne pas attendre que la conjoncture s’améliore d’elle-même, mais agir de manière proactive pour créer les conditions d’une reprise.
Un mélange de fonds publics et de capitaux privés
Si la très grande majorité des ressources proviendra du budget de l’État, le gouvernement mise également sur des formules d’investissement mixte. Ce mécanisme vise à associer des entreprises privées à des projets d’envergure, permettant ainsi de démultiplier l’effet des fonds publics.
Cette approche hybride n’est pas nouvelle au Mexique, mais elle prend ici une dimension stratégique. Elle doit permettre de réaliser des chantiers plus ambitieux sans alourdir excessivement la dette publique.
Un contexte économique difficile en toile de fond
Cette annonce intervient dans un moment particulier. L’année 2025 a été marquée par une croissance extrêmement faible : seulement 0,7 % sur l’ensemble de l’année selon les chiffres officiels. Il s’agit de la pire performance depuis la récession provoquée par la pandémie en 2020.
Plusieurs facteurs expliquent cette contre-performance : les tensions commerciales persistantes avec le principal partenaire économique, une demande extérieure moins dynamique, et des incertitudes liées aux politiques migratoires du pays voisin.
Les remesas en net repli pour la première fois depuis onze ans
Un autre indicateur préoccupant a été publié récemment : les transferts d’argent envoyés par les Mexicains vivant à l’étranger – les fameuses remesas – ont enregistré leur première baisse depuis plus d’une décennie.
Ces flux constituent une véritable bouée de sauvetage pour des millions de familles, notamment dans les régions rurales. Leur diminution, même modérée, représente un coup dur pour la consommation des ménages et accentue la nécessité d’une relance par l’investissement public.
Les analystes pointent du doigt un net ralentissement des flux migratoires vers les États-Unis, conséquence directe des mesures renforcées mises en place contre l’immigration irrégulière.
Objectif affiché : entre 2,5 % et 3 % de croissance en 2026
Malgré ce tableau contrasté, les prévisions officielles pour l’année prochaine restent relativement optimistes. Les autorités tablent sur une croissance comprise entre 2,5 % et 3 %, ce qui constituerait une nette amélioration par rapport à 2025.
Atteindre cet objectif dépendra en grande partie de la rapidité avec laquelle les premiers chantiers pourront être lancés et de l’effet multiplicateur des dépenses d’investissement sur le reste de l’économie.
Le « Plan Mexique » en toile de fond
Ce programme d’investissement massif s’inscrit dans une stratégie plus large baptisée Plan Mexique. Initié par la présidente actuelle, cette feuille de route vise à renforcer la production nationale dans de nombreux secteurs et à réduire la dépendance aux exportations.
En combinant relance par la demande intérieure et modernisation des infrastructures, le gouvernement espère créer un cercle vertueux : davantage d’emplois, salaires plus élevés, consommation accrue, entreprises plus compétitives.
Les défis à relever pour transformer l’annonce en réalité
Transformer une annonce ambitieuse en résultats concrets n’est jamais simple. Plusieurs obstacles se dressent sur la route :
- Capacité d’absorption des fonds par l’administration publique
- Réduction des délais d’exécution des grands projets
- Maîtrise de l’inflation dans un contexte de forte injection budgétaire
- Attractivité suffisante pour mobiliser le secteur privé
- Coordination entre les différents niveaux de gouvernement (fédéral, États, municipalités)
- Gestion transparente et lutte contre la corruption sur les chantiers
- Adaptation aux aléas géopolitiques et commerciaux internationaux
Chacun de ces points représente un défi en soi. La réussite du plan dépendra de la capacité des autorités à les surmonter simultanément.
Un signal fort envoyé aux investisseurs
Au-delà des effets attendus sur la croissance à court terme, ce plan envoie un message clair : le Mexique veut redevenir un acteur dynamique et attractif pour les investissements, tant nationaux qu’étrangers.
Dans un contexte où le nearshoring (relocalisation proche des États-Unis) reste une opportunité majeure pour le pays, disposer d’infrastructures modernes et fiables constitue un argument compétitif décisif face aux autres nations candidates.
Santé et éducation : les investissements sociaux au cœur du projet
Il est intéressant de noter que le plan ne se limite pas aux infrastructures « dures ». Les secteurs de la santé et de l’éducation figurent également parmi les priorités affichées.
Construire de nouveaux hôpitaux, moderniser les établissements existants, équiper les écoles, former les enseignants, développer l’accès à Internet haut débit dans les zones rurales… autant de chantiers qui visent à réduire les inégalités territoriales et sociales, tout en préparant la main-d’œuvre de demain.
Énergie : un axe stratégique dans un monde en transition
L’énergie occupe une place centrale dans le dispositif. Alors que la planète accélère sa transition énergétique, le Mexique doit à la fois sécuriser son approvisionnement, moderniser ses réseaux et développer les énergies renouvelables.
Le plan devrait permettre de financer de nouveaux projets solaires, éoliens, mais aussi d’améliorer l’efficacité de la compagnie pétrolière nationale et de renforcer les interconnexions électriques régionales.
Quelles retombées concrètes attendre pour les Mexicains ?
Si le plan se concrétise, plusieurs effets positifs pourraient être ressentis dans la vie quotidienne :
- Temps de trajet réduits grâce à de meilleures routes et liaisons ferroviaires
- Accès facilité aux soins médicaux avec des infrastructures modernisées
- Meilleure qualité d’enseignement et plus d’opportunités pour les jeunes
- Création de centaines de milliers d’emplois directs et indirects
- Relance de la consommation grâce à l’augmentation du pouvoir d’achat
- Réduction des coupures d’électricité et meilleure qualité du réseau
- Développement économique des régions jusqu’ici marginalisées
Ces améliorations, si elles se matérialisent, pourraient changer le quotidien de millions de familles et redonner confiance dans l’avenir économique du pays.
Un calendrier serré pour des résultats visibles
Les autorités ont insisté sur l’urgence d’agir rapidement. Lancer les premiers projets dès 2026 doit permettre de produire des effets mesurables avant la fin du mandat actuel.
Les Mexicains devraient donc voir apparaître assez vite des grues, des chantiers, des panneaux annonçant de nouveaux travaux. Ces signes visibles seront essentiels pour maintenir l’adhésion de la population à ce plan de grande ampleur.
Conclusion : un tournant potentiel pour le Mexique
Le plan d’investissement dévoilé représente sans doute l’une des initiatives économiques les plus ambitieuses annoncées ces dernières années en Amérique latine. Son ampleur, son calendrier accéléré et sa volonté d’associer secteur public et privé en font un projet hors norme.
Reste maintenant à passer de l’annonce à la réalisation. Si les obstacles sont nombreux, les enjeux sont à la hauteur : redonner de la vigueur à la deuxième économie d’Amérique latine, réduire les inégalités, renforcer la souveraineté économique et préparer le pays aux défis des décennies à venir.
Les prochains mois seront décisifs. Le Mexique joue gros avec ce plan. À suivre de très près.
À retenir : 5 600 milliards de pesos, 8 secteurs stratégiques, démarrage dès 2026 avec +722 milliards de dépenses supplémentaires, objectif de croissance 2,5-3 %, combinaison fonds publics et investissements mixtes.
Le Mexique semble avoir choisi de ne plus subir les aléas économiques mondiaux, mais de reprendre activement la main sur son destin économique. Pari risqué, mais potentiellement payant.









