Une percée militaire dans un contexte de souffrance extrême
Le conflit qui déchire le Soudan depuis avril 2023 oppose l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), une puissante milice paramilitaire. Kadougli, située dans une région stratégique riche en ressources, est devenue un symbole de résistance et de désespoir. Déclarée en état de famine par les instances internationales, la ville a enduré un siège prolongé qui a poussé ses habitants aux limites de la survie.
Les résidents restés sur place ont décrit des conditions inimaginables. Certains ont dû se nourrir de feuilles d’arbres pour survivre à la faim qui rongeait la population. Environ 80 % des habitants, soit près de 147 000 personnes, ont fui la ville au fil des mois, laissant derrière eux une agglomération fantôme où la vie quotidienne s’était réduite à une lutte acharnée pour un morceau de pain ou une gorgée d’eau potable.
L’annonce de la levée du siège a suscité un immense soulagement chez ceux qui avaient tenu bon. Des images circulant localement montraient des combattants célébrant l’arrivée des renforts militaires, marquant un tournant dans cette bataille locale. Pour les civils, c’était enfin la perspective d’un approvisionnement en nourriture, en médicaments et en aide essentielle.
Le siège de Kadougli : un calvaire prolongé
Depuis les débuts du conflit, Kadougli a été encerclée par les FSR, coupant toutes les voies d’accès principales. Cette tactique de siège a transformé la ville en une enclave isolée, où les prix des denrées ont explosé et où les stocks se sont épuisés rapidement. Les habitants ont témoigné d’une faim si intense qu’elle les poussait à des extrémités désespérées.
La région du Kordofan-Sud, agro-pastorale et dotée de gisements pétroliers et aurifères, représente un enjeu majeur pour les deux camps. Contrôler Kadougli signifie sécuriser des routes vitales et des ressources économiques. Le siège visait à affaiblir l’armée en l’isolant, tout en exerçant une pression sur les populations civiles pour les pousser à la reddition ou à l’exode.
Les témoignages recueillis auprès des survivants sont poignants. Un habitant a confié avoir traversé des jours extrêmement difficiles, marqués par la faim constante. Un autre a exprimé une joie indescriptible à l’idée que l’étau se desserre enfin, permettant d’envisager un retour à une vie plus normale.
Nous avons eu tellement faim que nous mangions les feuilles des arbres.
Un résident de Kadougli
Cette phrase résume à elle seule l’ampleur de la tragédie humaine dans cette ville assiégée. La famine n’était pas une menace lointaine, mais une réalité quotidienne pour des milliers de familles.
La riposte immédiate des paramilitaires
Peu après l’annonce de la percée de l’armée, les FSR ont lancé une contre-attaque. Des drones ont survolé la ville, larguant des explosifs sur des zones civiles. Une source militaire a indiqué que la défense antiaérienne a abattu la plupart des engins, mais un a réussi à frapper sa cible, causant la mort de huit civils innocents, dont trois enfants.
Une source médicale locale a confirmé le bilan tragique. Les victimes ont été transportées à l’hôpital de Kadougli, où les soignants, déjà débordés par la crise humanitaire, ont dû faire face à cette nouvelle vague de blessés et de morts. Cet acte de représailles illustre la difficulté à consolider une victoire militaire dans un environnement où les ripostes sont rapides et indiscriminées.
Les FSR ont reconnu la progression adverse, mais ont affirmé maintenir leur présence aux abords des villes concernées. Ils promettent de poursuivre leurs opérations, suggérant que le siège pourrait être rétabli ou que de nouvelles offensives sont à craindre.
Un front stratégique : le Kordofan au cœur des combats
Le Kordofan est devenu le théâtre principal des affrontements ces derniers mois. Après la chute d’El-Fasher fin octobre dans le Darfour voisin, les FSR ont concentré leurs efforts sur cette vaste région. Ils ont pris le contrôle du champ pétrolier de Heglig, près de la frontière avec le Soudan du Sud, renforçant leur position économique et militaire.
L’armée a récemment revendiqué une percée similaire à Dilling, située à environ 130 km au nord de Kadougli. Cette succession de gains suggère un regain de momentum pour les forces régulières, qui cherchent à reconquérir des territoires perdus et à ouvrir des corridors humanitaires.
Les FSR, de leur côté, ont exploité des zones escarpées pour infiltrer des positions, mais l’armée a su exploiter des failles dans leur dispositif pour avancer. Cette dynamique de va-et-vient rend la situation volatile, avec des risques constants de contre-attaques.
Les déclarations du dirigeant de l’armée
Le chef de l’armée et dirigeant de fait du pays s’est exprimé publiquement pour saluer cette avancée. Il a promis que ses troupes atteindraient chaque partie du Soudan, affirmant une détermination sans faille à restaurer l’autorité de l’État.
Nous répondons à tous les appels à la paix mais nous ne braderons pas le sang du peuple soudanais. Ni trêve ni cessez-le-feu tant que les FSR occuperont des villes.
Le général Abdel Fattah al-Burhan
Ces mots soulignent l’intransigeance actuelle des autorités militaires. Malgré des propositions internationales récentes, impliquant des médiateurs comme les États-Unis et l’Arabie saoudite, aucune avancée concrète vers une négociation n’a émergé pour l’instant.
Une crise humanitaire d’ampleur mondiale
Le conflit a causé des dizaines de milliers de morts et déplacé environ 11 millions de personnes, selon les estimations des Nations Unies. Il s’agit de la pire crise humanitaire actuelle sur la planète, avec des famines déclarées dans plusieurs zones assiégées et des entraves systématiques à l’acheminement de l’aide.
Le pays est de facto divisé : l’armée contrôle le nord, l’est et le centre, tandis que les FSR dominent le Darfour et des portions du sud. Cette fragmentation complique toute tentative de résolution pacifique et aggrave les souffrances des populations prises en étau.
Dans le Kordofan, la situation reste particulièrement critique. Les avancées militaires, bien qu’encourageantes pour un camp, s’accompagnent souvent de représailles qui touchent prioritairement les civils. Les attaques de drones, devenues une arme courante, augmentent le risque pour les non-combattants.
Témoignages et espoirs ténus des habitants
Parmi les résidents de Kadougli, les réactions oscillent entre soulagement et prudence. Un habitant a qualifié cette journée de grande, malgré les drames immédiats. La fin du siège ouvre la voie à une possible reprise des approvisionnements, mais la menace d’attaques persistantes plane toujours.
Les célébrations filmées localement montrent des combattants acclamant les troupes entrantes, symbole d’une résistance qui a tenu bon face à l’adversité. Pourtant, la joie reste teintée d’inquiétude face à l’avenir incertain.
La guerre continue de broyer des vies quotidiennes. Chaque percée militaire est payée au prix fort, et les civils en paient le tribut le plus lourd. Kadougli incarne cette réalité douloureuse : un espoir fragile au milieu d’une violence ininterrompue.
Le chemin vers une paix durable semble encore lointain. Les efforts diplomatiques se heurtent à des positions fermes des deux côtés. En attendant, les habitants du Kordofan-Sud, comme ceux de nombreuses autres régions, continuent de survivre dans l’ombre d’un conflit qui n’épargne personne.
La levée du siège de Kadougli marque un épisode important, mais pas décisif. Elle rappelle que dans cette guerre, chaque victoire locale s’accompagne de pertes humaines immédiates et que la souffrance des civils reste le coût le plus élevé. L’avenir de la région dépendra de la capacité des acteurs à transformer ces avancées en opportunités pour l’aide humanitaire et la stabilisation, plutôt qu’en cycles sans fin de représailles.









