Imaginez une chaîne d’information qui se présente comme le bastion de la morale et de la fermeté face à la délinquance, mais qui, en coulisses, est secouée par des accusations lourdes et des choix éditoriaux qui font vaciller ses propres salariés. Aujourd’hui, une rédaction autrefois soudée autour d’une ligne claire semble au bord de l’implosion. Des voix anonymes s’élèvent, des mots très durs sont prononcés et une question lancinante flotte dans les couloirs : jusqu’où ira la loyauté quand elle entre en conflit avec la conscience ?
Une ambiance délétère qui ne date pas d’hier
Depuis plusieurs mois, les couloirs de la chaîne bruissent de conversations à voix basse. Ce qui était autrefois des désaccords sur le ton ou le choix des sujets s’est transformé en véritable malaise existentiel pour une partie des équipes. Les records d’audience affichés en façade ne parviennent plus à masquer une fracture profonde.
Certains salariés décrivent une « guerre silencieuse » qui oppose fidélité à l’entreprise et intégrité personnelle. Ce clivage n’est pas seulement idéologique : il est devenu moral. Et c’est précisément sur ce terrain que les choses ont basculé de manière spectaculaire ces dernières semaines.
Le cas Morandini : la goutte d’eau qui fait déborder le vase
Lorsqu’il a rejoint le groupe, des garanties écrites avaient été données : en cas de condamnation définitive pour corruption de mineur, le contrat serait rompu sans indemnité. La justice a rendu son verdict en appel : quatre mois avec sursis confirmés. Pourtant, l’animateur est toujours à l’antenne.
La justification officielle invoquée est celle du « pardon chrétien ». Une notion qui, pour beaucoup de collaborateurs, sonne comme une excuse difficilement recevable quand il s’agit d’infractions touchant des mineurs. Le contraste est saisissant entre le discours public très ferme sur la pédocriminalité et la décision interne de maintenir l’intéressé à l’écran.
« Là, ça ne se joue plus sur le plan idéologique, mais moral. On doit subir le jugement de la famille, des amis. On devient tous associés à ça. »
Un journaliste anonyme
Cette phrase, lâchée par un membre de la rédaction, résume à elle seule le sentiment général qui prévaut aujourd’hui. Beaucoup ont l’impression d’être placés devant un dilemme insoluble : rester et cautionner, ou partir et perdre leur emploi.
Quand la condamnation d’un directeur de l’information ajoute de l’huile sur le feu
Le cas de Jean-Marc Morandini n’est malheureusement pas isolé. En décembre 2025, le directeur de l’information de la chaîne a été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour des violences exercées sur ses trois enfants. L’appel est en cours, mais la nouvelle a fini d’achever le peu de crédibilité morale qu’il restait à certains yeux.
Comment une chaîne qui passe son temps à dénoncer la violence et l’impunité peut-elle conserver à un poste clé une personne condamnée pour des faits aussi graves ? La question est posée ouvertement dans les rédactions et sur les réseaux internes.
Pour les salariés, le cumul de ces deux affaires crée un effet boule de neige dévastateur sur l’image de marque interne et externe. On parle désormais de « dissonance cognitive » généralisée : défendre des valeurs le jour à l’antenne tout en les trahissant dans les choix de management.
« On devient la chaîne des abuseurs d’enfants » : la phrase qui choque
C’est dans ce contexte déjà très tendu qu’un journaliste a lâché, en off, une formule choc qui continue de résonner dans toute la profession : « On devient la chaîne des abuseurs d’enfants. Et après, on donne des leçons de morale sur le fait qu’on doit condamner plus fermement les délinquants ».
Ces mots, crus et sans filtre, traduisent un ras-le-bol profond. Ils pointent surtout une incohérence majeure : comment tenir un discours intransigeant sur la sécurité et la justice des mineurs quand deux figures importantes de la chaîne sont rattrapées par des condamnations ou mises en examen dans des dossiers liés à des mineurs ?
La formule est violente, mais elle traduit exactement ce que ressentent de nombreux collaborateurs : le sentiment d’être instrumentalisés dans une communication à double visage.
Les départs et les silences qui en disent long
Plusieurs départs récents ou annoncés viennent encore alimenter la rumeur d’une rédaction qui se fracture. Même si les raisons officielles restent floues, beaucoup y voient les conséquences directes de cette crise morale.
Certains journalistes auraient exprimé leur désaccord de manière très claire en interne avant de choisir de quitter le navire. D’autres préfèrent le silence, par peur des représailles ou simplement parce qu’ils estiment que leur parole ne changera rien.
- Départs discrets mais répétés ces derniers mois
- Augmentation notable des arrêts maladie liés au stress
- Moins d’enthousiasme visible lors des réunions éditoriales
- Échanges tendus entre direction et rédactions
Ces signaux faibles sont autant de symptômes d’une organisation en perte de sens et de cohésion.
Le poids du patron : entre ligne éditoriale et gestion des personnes
Au centre de toutes les discussions, une personnalité domine : le propriétaire du groupe. Sa conception très personnelle du pardon, de la rédemption et de la seconde chance entre en collision frontale avec le vécu quotidien des salariés.
Pour lui, maintenir quelqu’un à l’antenne malgré une condamnation peut relever d’une forme de miséricorde. Pour une grande partie des équipes, cela relève d’une faute éthique majeure qui fragilise toute la crédibilité du média.
« Bolloré nous demande de faire allégeance à quelque chose qu’on condamne. »
Extrait d’un témoignage anonyme
Cette phrase résume parfaitement le nœud du problème : une forme d’allégeance personnelle qui primerait sur les valeurs affichées publiquement.
Conséquences sur l’image publique et la confiance des téléspectateurs
Si la crise est d’abord interne, elle commence à percoler à l’extérieur. Les réseaux sociaux s’enflamment régulièrement sur ces sujets. Les concurrents ne se privent pas de souligner les contradictions. Et même certains téléspectateurs historiques commencent à s’interroger.
Dans un paysage médiatique où la confiance est déjà très fragile, accumuler des polémiques de cette nature représente un risque majeur à moyen terme. Une chaîne d’information ne peut durablement opposer son discours à sa pratique sans perdre en légitimité.
Vers une explosion ou une normalisation de la crise ?
Aujourd’hui, personne ne sait vraiment comment cette séquence va se terminer. Deux scénarios se dessinent :
- Une poursuite du statu quo avec une chape de plomb renforcée et des départs progressifs
- Une explosion publique plus importante avec des prises de parole collectives ou des démissions en cascade
Dans les deux cas, l’image de la chaîne en sortira durablement modifiée. Les salariés qui restent devront vivre avec ce malaise ou trouver des moyens de le surmonter. Ceux qui partent emporteront avec eux une partie de l’âme du média.
Le besoin impérieux de cohérence
Au fond, ce que demandent aujourd’hui beaucoup de journalistes, c’est très simple : de la cohérence entre les discours tenus à l’antenne et les décisions prises en coulisses. Sans cette cohérence, aucune ligne éditoriale, aussi affirmée soit-elle, ne peut tenir durablement.
La crise actuelle n’est donc pas seulement une affaire de personnes ou de personnes condamnées. Elle est le révélateur d’une tension plus profonde entre une vision très verticale du pouvoir et une rédaction qui aspire à un minimum de congruence morale.
Dans les semaines et les mois qui viennent, chaque nouvelle décision sera scrutée à la loupe. Chaque silence sera interprété. Et chaque mot prononcé en interne ou en externe comptera double.
Une chose est sûre : la chaîne traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. Et cette fois, les audiences records ne suffiront probablement pas à calmer les esprits.
Ce qu’il faut retenir en quelques points
- Maintien controversé d’un animateur condamné pour corruption de mineur
- Condamnation du directeur de l’information pour violences sur enfants
- Justification par le « pardon chrétien » qui divise profondément
- Phrase choc d’un journaliste : « la chaîne des abuseurs d’enfants »
- Sentiment général de perte de crédibilité morale
- Fracture entre direction et rédaction de plus en plus visible
Le feuilleton est loin d’être terminé. Et les prochains épisodes risquent d’être encore plus tendus que les précédents.
À suivre de très près.









