Un gouvernement qui prend forme sous la Ve République
Le 2 février 2026, un décret présidentiel lu sur les ondes de la télévision nationale a révélé une nomination partielle des membres du gouvernement. Cette annonce concerne une vingtaine de postes clés sur les 27 ministères et deux secrétariats généraux prévus dans la nouvelle architecture gouvernementale. Le général Mamadi Doumbouya, qui dirige le pays depuis le coup d’État de septembre 2021, signe ici la première composition officielle de son équipe sous la présidence civile qu’il assume désormais.
Cette restructuration intervient dans un contexte où la Guinée cherche à tourner la page de plusieurs années marquées par l’instabilité politique. Le chef de l’État avait promis initialement un retour rapide des civils au pouvoir, mais les événements ont prolongé la transition jusqu’à l’élection présidentielle de décembre 2025. Aujourd’hui, avec ces nominations, le pays entre dans une ère nouvelle, même si certains observateurs notent une continuité dans la direction générale.
La confirmation d’Amadou Oury Bah à la Primature
Quelques jours avant cette vague de nominations, le président avait déjà confirmé Amadou Oury Bah dans ses fonctions de Premier ministre. Celui-ci avait occupé ce poste de février 2024 à janvier 2026 durant la phase finale de la transition. Sa reconduction apparaît comme un signal de stabilité et de continuité dans la gestion des affaires publiques.
Amadou Oury Bah, figure connue dans le paysage politique guinéen, est appelé à diriger le gouvernement dans cette nouvelle configuration. Sa présence à la tête de l’exécutif vise sans doute à assurer une transition fluide entre l’ancienne période transitoire et le nouveau mandat présidentiel. Cette décision reflète aussi la volonté de maintenir une certaine cohérence dans les orientations stratégiques du pays.
Le rôle du Premier ministre devient central dans la mise en œuvre des politiques publiques. Avec un gouvernement élargi, les défis seront nombreux : relance économique, sécurité intérieure, justice et réformes institutionnelles. Bah devra coordonner l’action des différents ministres pour répondre aux attentes d’une population impatiente de voir des changements concrets.
Changement majeur au ministère de la Justice
L’un des mouvements les plus remarqués concerne le portefeuille de la Justice. Ibrahima Sory Tounkara a été nommé Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. Ce magistrat a présidé le tribunal qui a jugé, entre 2024 et 2025, les responsables du massacre du 28 septembre 2009 à Conakry.
Ce drame reste gravé dans la mémoire collective guinéenne. Lors de la répression d’un rassemblement pacifique de l’opposition dans un stade et ses abords, au moins 156 personnes ont perdu la vie, tuées par balles, couteaux, machettes ou baïonnettes. Des centaines d’autres ont été blessées, et au moins 109 femmes ont subi des viols. Une commission d’enquête internationale mandatée par l’ONU a documenté ces atrocités.
Le procès historique a abouti, en juillet 2024, à la condamnation de l’ex-dictateur Moussa Dadis Camara à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité. La nomination d’Ibrahima Sory Tounkara, qui a conduit ces audiences, symbolise peut-être une volonté de renforcer l’indépendance judiciaire et de poursuivre la lutte contre l’impunité. Son expérience dans ce dossier sensible pourrait influencer la manière dont la justice traite les questions de droits humains à l’avenir.
L’intégrité du magistrat est la première condition de la crédibilité de la Justice.
Ibrahima Sory Tounkara
Cette citation illustre l’approche que pourrait adopter le nouveau ministre. La Guinée a besoin d’une justice forte et impartiale pour consolider la démocratie naissante et restaurer la confiance des citoyens dans les institutions.
Renouvellement aux ministères de la Sécurité et des Finances
Les portefeuilles de la Sécurité et des Finances ne sont pas en reste. De nouveaux titulaires ont été désignés pour diriger ces départements stratégiques. Le ministère de la Sécurité et de la Protection civile est confié à une figure militaire, le général Ahmed Mohamed Oury Diallo. Ce choix reflète l’importance accordée à la stabilité intérieure dans un pays qui a connu des périodes de tensions.
Quant aux Finances, le poste échoit à une personnalité chargée de piloter l’économie et le budget. Ces nominations visent à répondre aux défis majeurs : sécurisation du territoire, lutte contre l’insécurité, et surtout redressement financier dans un contexte où les ressources minières jouent un rôle pivotal.
La Guinée possède d’importantes réserves de bauxite, d’or et d’autres minerais. Une gestion rigoureuse des finances publiques est essentielle pour transformer ces richesses en développement durable. Le nouveau ministre des Finances devra s’attaquer à la transparence, à la lutte contre la corruption et à l’amélioration des recettes fiscales.
Une architecture gouvernementale ambitieuse
Le décret fixe une structure de 27 ministères, augmentée de deux secrétariats généraux. Sur ces postes, une vingtaine ont été pourvus lors de cette première vague. Cela laisse plusieurs départements en attente de nomination, signe que le processus se poursuit progressivement.
Cette expansion du gouvernement répond à la volonté de couvrir un large spectre de compétences. Parmi les autres nominations notables figurent des portefeuilles comme les Affaires étrangères, l’Administration du Territoire ou encore les Mines et la Géologie. Chaque ministère aura un rôle précis dans la mise en œuvre du programme présidentiel.
La Guinée fait face à de multiples enjeux : pauvreté persistante, chômage des jeunes, infrastructures défaillantes, accès limité à l’éducation et à la santé. Un gouvernement étoffé pourrait permettre une approche plus sectorielle et ciblée, à condition que la coordination soit efficace.
Contexte politique et perspectives d’avenir
Depuis son arrivée au pouvoir par la force en 2021, Mamadi Doumbouya a dirigé d’une main ferme. Le coup d’État avait renversé Alpha Condé, accusé de dérive autoritaire. La junte avait promis une transition courte avant un retour aux civils, mais les délais ont été repoussés.
L’élection de décembre 2025 a consacré la victoire du général avec un score écrasant. Son investiture en janvier 2026 a clos formellement la transition. Ces nominations gouvernementales représentent donc le premier acte majeur de la nouvelle République.
Les citoyens guinéens espèrent des avancées rapides. La sécurité alimentaire, l’emploi, la lutte contre la corruption et le respect des droits humains figurent parmi les priorités. Le choix de profils expérimentés, comme au ministère de la Justice, pourrait rassurer sur la volonté de progrès.
Cependant, des questions persistent sur l’équilibre des pouvoirs, la liberté de la presse et l’espace politique. La Guinée doit consolider ses institutions démocratiques pour éviter de retomber dans des cycles d’instabilité. Le gouvernement aura la lourde tâche de démontrer que le passage à un régime civil élu marque un vrai tournant.
Les défis immédiats pour l’équipe gouvernementale
Parmi les urgences, la relance économique occupe une place centrale. La Guinée doit diversifier son économie au-delà des exportations minières. Investir dans l’agriculture, l’industrie et les services pourrait créer des emplois et réduire la dépendance aux matières premières.
La sécurité reste précaire dans certaines régions. Les forces de l’ordre et l’armée doivent garantir la protection des populations tout en respectant les droits. Le nouveau ministre de la Sécurité aura un rôle clé pour apaiser les tensions et prévenir les conflits.
Enfin, la justice doit devenir un pilier fiable. Le passé récent a montré que l’impunité alimente la méfiance. Avec un ministre issu du procès emblématique de 2009, l’espoir renaît d’une institution plus forte et équitable.
Ce gouvernement partiel n’est que le début. Les prochains mois révéleront si ces choix portent leurs fruits. La Guinée observe, attentive, les premiers pas de cette nouvelle ère.
Points clés à retenir
- Confirmation d’Amadou Oury Bah comme Premier ministre pour assurer la continuité.
- Nomination d’Ibrahima Sory Tounkara à la Justice, lié au procès du 28 septembre 2009.
- Changements significatifs à la Sécurité et aux Finances pour renforcer ces secteurs stratégiques.
- Structure ambitieuse avec 27 ministères et nominations partielles en cours.
- Transition de la junte vers une présidence élue pour sept ans.
La Guinée entre dans une phase décisive. Les nominations récentes posent les bases d’une gouvernance qui devra faire ses preuves rapidement face aux attentes légitimes de la population. L’avenir dira si ce nouveau cadre institutionnel saura répondre aux aspirations de progrès et de stabilité.









