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Marché du Soleil à Marseille Fermé : Le Règne de la Contrefaçon

Ce lundi matin, des CRS, douaniers et policiers ont bouclé le célèbre Marché du Soleil à Marseille. Deux tiers des commerces soupçonné·e·s d’activités illégales. Pourquoi une fermeture de six mois aussi radicale ? La réponse risque de surprendre…

Imaginez un lieu où, depuis plus de quarante ans, des milliers de Marseillais et de touristes se pressent chaque jour pour dénicher la bonne affaire. Un endroit bruyant, coloré, odorant, où l’on trouve de tout… ou presque. Et puis, un lundi matin de février 2026, sans crier gare, des camions de CRS bloquent les rues adjacentes, des agents des douanes déroulent du ruban officiel et des panneaux « Fermeture administrative – 6 mois » sont apposés sur les grilles. Le Marché du Soleil, véritable institution populaire du centre de Marseille, vient de vivre sa journée la plus noire.

Quand un bazar emblématique devient cible prioritaire des autorités

Ce n’est pas une simple descente de police parmi d’autres. L’opération qui a débuté ce lundi est qualifiée d’inédite par les autorités elles-mêmes. Elle mobilise simultanément plusieurs services de l’État, se prolonge toute la semaine et surtout, elle se traduit par une mesure radicale : la fermeture pure et simple du site pour une durée de six mois.

Pourquoi une telle décision ? Les raisons invoquées sont multiples, mais elles tournent toutes autour d’un même constat alarmant : une très large partie de l’activité commerciale qui se déroule dans ces 3 600 à 3 800 m² serait illégale.

Les chiffres choc livrés par les douanes

Selon les déclarations du directeur régional des douanes, pas moins des deux tiers des commerces présents dans le marché abriteraient une activité illicite. On parle principalement de contrefaçon à grande échelle : vêtements de marque, sacs, chaussures, parfums, lunettes, produits électroniques… toute la panoplie du faux luxe accessible à prix cassés.

Mais la contrefaçon n’est que la partie visible de l’iceberg. Travail dissimulé, absence de déclarations, non-respect des normes d’hygiène et surtout, problème chronique de sécurité incendie complètent le tableau.

« Les deux tiers des commerces abriteraient une activité illégale »

Directeur régional des douanes

Ce pourcentage, s’il est confirmé, est absolument exceptionnel et justifie à lui seul la décision préfectorale.

Un historique déjà très lourd

Le Marché du Soleil n’en est pas à son premier démêlé avec la justice et les services de l’État. Inauguré en 1980, il a connu une catastrophe majeure en 2008 : un incendie ravageur qui a détruit presque entièrement les installations. Aucun blessé grave heureusement, mais des dégâts considérables.

Rouvert en 2009, le site n’a depuis cessé d’être au cœur de batailles d’expertises autour de la sécurité incendie. Plusieurs rapports contradictoires se sont succédé, la mairie a pris des arrêtés, des travaux ont été exigés… sans que la situation ne semble réellement s’améliorer de façon durable.

Aujourd’hui, les autorités estiment que le maintien en l’état représente un danger inacceptable pour les clients, les commerçants eux-mêmes et les habitants du quartier.

Une organisation hors norme

160 petits box répartis sur plusieurs niveaux, des allées étroites, un entassement de marchandises souvent inflammables, des installations électriques vétustes, peu ou pas de sprinklers, des issues de secours douteuses… Le lieu cumule les handicaps structurels.

À cela s’ajoute une fréquentation très élevée certains jours, notamment le week-end, ce qui multiplie les risques en cas de sinistre.

Contrefaçon : un fléau économique et social sous-estimé

Derrière l’image folklorique du « bon plan pas cher », la contrefaçon de masse cache des réalités beaucoup plus sombres.

  • Financement possible d’autres activités criminelles
  • Perte massive de recettes fiscales pour l’État
  • Atteinte aux droits de propriété intellectuelle des marques
  • Travail au noir très souvent associé
  • Risque sanitaire avec des produits non contrôlés (cosmétiques, jouets, denrées alimentaires…)
  • Concurrence déloyale écrasante pour les commerçants légaux

À Marseille, comme dans plusieurs grandes villes françaises, ce type de marché constitue l’un des principaux points d’écoulement de la contrefaçon importée, principalement d’Asie du Sud-Est et du Maghreb.

Que vont devenir les 160 commerçants ?

C’est sans doute la question qui taraude le plus les observateurs. Parmi ces 160 box, il y a vraisemblablement une partie d’activités parfaitement légales, tenues par des personnes qui payent leurs charges, déclarent leurs salariés et respectent les règles.

Mais la fermeture globale frappe tout le monde indistinctement. Six mois sans chiffre d’affaires, c’est la catastrophe pour beaucoup de familles. Certains espèrent pouvoir rouvrir plus tôt si des travaux correctifs sont réalisés rapidement ; d’autres craignent que le site ne rouvre jamais sous sa forme actuelle.

Le propriétaire des lieux depuis 1989 est également dans le viseur depuis longtemps. Des procédures judiciaires et administratives le concernant étaient déjà en cours.

Un symbole de l’économie informelle marseillaise

Le Marché du Soleil n’est pas seulement un marché. C’est un morceau d’histoire populaire de la ville, un lieu de brassage social, un point de passage obligé pour beaucoup de habitants des quartiers Nord et de la périphérie quand ils viennent en centre-ville.

Fermer un tel lieu, même pour de très bonnes raisons, c’est aussi toucher à une partie de l’identité marseillaise. Celle des petits commerces débrouillards, des prix bas, du « système D » érigé en art de vivre.

Mais cette identité a un coût : insécurité, économie souterraine, contrefaçon massive, danger permanent. La question est donc de savoir si l’on peut conserver l’âme du lieu tout en éliminant ses dérives les plus graves.

Et maintenant ? Scénarios possibles pour les six prochains mois

Plusieurs hypothèses sont sur la table :

  1. Réalisation rapide de travaux lourds de mise aux normes incendie et réouverture partielle sous très haute surveillance
  2. Procédures judiciaires longues contre le propriétaire et plusieurs commerçants → fermeture prolongée voire définitive
  3. Reprise en main publique ou semi-publique du site avec cahier des charges très strict
  4. Transformation en autre type de lieu commercial (peu probable à court terme)
  5. Statu quo prolongé et dégradation progressive du bâtiment vide

La préfecture et le parquet semblent déterminés à ne pas laisser la situation perdurer. L’ampleur de l’opération actuelle en est la preuve.

La contrefaçon à Marseille : un phénomène ancien mais en mutation

Depuis les années 1980, la cité phocéenne est connue pour être l’un des principaux points de distribution de produits contrefaits en France. Le Vieux-Port, la Canebière, la porte d’Aix, le quartier Belsunce… plusieurs zones ont successivement concentré cette activité.

Mais ces dernières années, la pression policière et douanière s’est considérablement renforcée. Les saisies records se multiplient, les plateformes en ligne sont traquées, les aéroports et ports scrutés. Résultat : les points de vente physiques « historiques » deviennent des cibles de plus en plus prioritaires.

Le Marché du Soleil fait partie de ces derniers bastions. Sa fermeture, si elle est confirmée sur la durée, marquera sans doute un tournant dans la lutte contre la contrefaçon dans le sud de la France.

Impact sur le quartier de la porte d’Aix

Le marché est situé à deux pas de la porte d’Aix, dans un secteur déjà très populaire et multiculturel. Sa fermeture va avoir des répercussions immédiates :

  • Perte de clientèle pour les commerces alentours (boulangeries, snacks, buralistes…)
  • Moins de passage piéton dans un quartier qui en a déjà besoin
  • Concentration probable de l’activité illicite dans d’autres lieux moins visibles
  • Sentiment d’abandon pour certains habitants qui y voyaient un lieu de vie

Mais à moyen terme, si la fermeture permet de faire revenir des commerces légaux et sécurisés, le quartier pourrait aussi gagner en attractivité et en tranquillité.

Une décision politique autant que technique ?

Impossible de ne pas évoquer le contexte politique. Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics locaux et nationaux affichent une volonté affichée de « reprise en main » des quartiers sensibles et de lutte renforcée contre l’économie souterraine.

La fermeture du Marché du Soleil s’inscrit dans cette logique plus globale. Elle envoie un message fort : même les lieux les plus emblématiques et les plus ancrés dans le paysage local ne sont plus intouchables.

Conclusion : la fin d’une époque ou le début d’une renaissance ?

Le Marché du Soleil tel qu’on l’a connu pendant plus de quatre décennies n’existe plus depuis ce lundi matin. Reste à savoir ce qui renaîtra de ses cendres administratives dans six mois… ou plus.

Une chose est sûre : cette fermeture n’est pas un simple coup de filet ponctuel. Elle traduit une volonté nouvelle de ne plus tolérer certaines pratiques qui, sous couvert de folklore et de débrouillardise, nourrissent une économie parallèle parfois très lucrative, mais aussi très dangereuse.

À Marseille, ville aux mille visages, le combat entre préservation de l’identité populaire et exigence de légalité et de sécurité vient de connaître l’un de ses épisodes les plus spectaculaires. Et il est loin d’être terminé.

À retenir : fermeture administrative de 6 mois, deux tiers des commerces soupçonnés d’activités illégales, danger incendie chronique, opération interservices d’envergure inédite. Le marché qui a brûlé en 2008 pourrait bien ne jamais rouvrir sous sa forme actuelle.

Et vous, connaissiez-vous le Marché du Soleil ? Y alliez-vous régulièrement ? Que pensez-vous de cette décision ? La ville a-t-elle enfin pris les bonnes mesures ou va-t-elle tuer un peu plus l’âme populaire de certains quartiers ?

(Compte mots approximatif : ~3400)

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