Imaginez une salle austère de l’Assemblée nationale, des députés alignés, des caméras braquées, et au centre une femme qui refuse de baisser les yeux. Ce lundi, Léa Salamé s’est retrouvée exactement dans cette situation. Auditionnée sur le fonctionnement de l’audiovisuel public, elle a dû répondre à des questions très directes, parfois très agressives, sur un sujet qui fâche : l’argent.
Ce qui devait être une simple audition s’est rapidement transformé en un véritable face-à-face. Entre les salaires jugés exorbitants par certains, le cumul de ses fonctions et les accusations de starification, l’animatrice n’a pas hésité à répliquer avec une franchise rare. Et surtout, elle a élargi le débat bien au-delà de sa personne.
Une audition qui a vite pris une tournure inattendue
Personne ne s’attendait à ce que l’exercice devienne aussi électrique. Pourtant, dès les premières minutes, les questions ont fusé sur le montant exact de ses émoluments pour le journal de 20 heures et pour son émission du samedi soir. Certains députés semblaient déterminés à obtenir des chiffres précis, quitte à mettre la journaliste dans l’embarras.
Léa Salamé n’a pas cédé à la pression. Elle a reconnu sans détour que ses revenus étaient « très confortables », mais elle a immédiatement tenu à remettre les choses en perspective. Selon elle, ces salaires restent alignés sur ceux de ses prédécesseurs au JT et nettement inférieurs à ce que proposent les chaînes privées pour des postes similaires.
Pourquoi produire son émission ? Une question de pouvoir éditorial
Une grande partie de l’audition a porté sur son statut de co-productrice de l’émission du samedi soir. Pourquoi une journaliste vedette ressent-elle le besoin de porter également la casquette de productrice ? La réponse de l’intéressée est limpide : il s’agit avant tout de conserver la maîtrise éditoriale.
Elle a expliqué avoir reçu des conseils très clairs de la part de professionnels aguerris : si elle voulait éviter de devenir une simple salariée à la merci des humeurs de la direction, il fallait se positionner en tant que productrice. Une stratégie qui, selon elle, reste encore très peu utilisée par les femmes dans le paysage audiovisuel français.
« On m’a dit : si tu veux garder la main, il faut produire. Sinon tu restes une salariée et à un moment donné, on peut te retirer l’émission du jour au lendemain. »
Cette phrase résume parfaitement le dilemme auquel font face de nombreuses personnalités du petit écran. Derrière le glamour apparent se cache une réalité beaucoup plus précaire qu’on ne l’imagine.
Le cri du cœur sur le sort réservé aux femmes dans l’audiovisuel
Mais c’est sans doute la séquence la plus marquante de cette audition qui a trait aux inégalités de genre. Alors qu’on l’accusait de profiter d’un système avantageux, Léa Salamé a préféré élargir le débat. Elle a rappelé une phrase prononcée par un important dirigeant du secteur : beaucoup de femmes restent salariées jusqu’à 50 ou 55 ans avant d’être « dégagées » sans rien obtenir en retour.
« Elles se font dégager », a-t-elle lancé avec force. Une formule brutale, mais qui traduit une réalité que beaucoup de professionnelles du milieu connaissent malheureusement très bien. Après des années de loyaux services, certaines se retrouvent sans émission, sans contrat stable et sans les droits qui permettent de construire une retraite sereine.
En comparaison, les hommes qui occupent des postes similaires ont souvent eu le temps de monter leur société de production, de sécuriser leur avenir et de négocier des conditions bien plus avantageuses. Ce constat amer a résonné dans la salle et sur les réseaux sociaux.
Salaire confortable mais pas extravagant
Revenons aux chiffres. Bien que Léa Salamé ait refusé de dévoiler le montant exact de sa rémunération – invoquant les règles de concurrence imposées par son employeur –, elle a tenu à préciser plusieurs points essentiels.
- Ses émoluments pour le 20 heures sont comparables à ceux perçus par les précédents titulaires du poste.
- Ils restent inférieurs aux propositions qu’elle aurait pu recevoir dans le privé.
- Le cumul des deux activités (JT + émission hebdomadaire) représente une charge de travail très importante.
Elle a également insisté sur le fait qu’elle « travaille comme une folle », sans compter ses heures, entre la préparation du journal télévisé et celle de l’émission du week-end. Une défense qui vise à contrer l’image d’une star déconnectée du terrain.
La blessure de la « starification »
Un autre moment fort a été sa réaction lorsqu’on l’a accusée de « starification ». Ce terme, souvent utilisé pour critiquer les animateurs les plus en vue, l’a visiblement touchée. Elle a répondu qu’elle n’était pas là pour « faire du clic sur les réseaux sociaux » et qu’elle n’était « sous l’influence de personne ».
Cette mise au point traduit une certaine lassitude face aux jugements hâtifs. Derrière la personnalité publique se trouve une professionnelle qui affirme avoir bâti sa carrière à la force du poignet, sans piston ni favoritisme.
Un débat qui dépasse largement sa personne
Ce qui frappe dans cette audition, c’est la capacité de Léa Salamé à transformer une attaque personnelle en un plaidoyer plus large pour l’égalité dans les médias. En évoquant le faible nombre de femmes productrices, elle met en lumière un problème structurel de l’audiovisuel français.
Combien de journalistes talentueuses se retrouvent coincées dans des postes de salariées sans réelle perspective d’évolution ? Combien renoncent à des projets ambitieux par peur de perdre leur emploi du jour au lendemain ? Ces questions méritent d’être posées, et elles le sont rarement avec autant de force.
Les réactions ne se sont pas fait attendre
Sur les réseaux sociaux, les avis sont partagés. Certains saluent le courage de la journaliste d’avoir tenu tête aux députés et d’avoir remis sur la table la question des inégalités de genre. D’autres estiment qu’elle aurait dû se montrer plus transparente sur les montants exacts de ses rémunérations, surtout lorsqu’on parle d’argent public.
Quoi qu’il en soit, cette séquence a permis de rappeler que l’audiovisuel public n’échappe pas aux débats qui agitent l’ensemble de la société : transparence, égalité professionnelle, répartition des richesses. Des sujets qui, en 2026, restent plus que jamais d’actualité.
Vers plus de transparence dans l’audiovisuel public ?
Cette audition intervient dans un contexte où l’audiovisuel public fait face à de nombreuses critiques. Entre la question de la redevance, la concurrence des plateformes de streaming et les accusations récurrentes de biais idéologiques, France Télévisions est sous pression permanente.
Dans ce paysage tendu, le cas de figures médiatiques comme Léa Salamé cristallise les tensions. D’un côté, ceux qui estiment que les stars du service public doivent accepter un devoir de réserve et de modération salariale. De l’autre, ceux qui défendent le principe qu’il faut rémunérer correctement les talents pour les garder face aux sirènes du privé.
Entre ces deux positions, il existe sans doute un équilibre à trouver. Mais pour l’heure, la discussion reste vive et passionnée.
Le parcours d’une battante
Pour mieux comprendre la réaction de Léa Salamé, il faut aussi se souvenir de son parcours. Journaliste reconnue pour sa pugnacité, elle a gravi les échelons un à un, passant par différentes rédactions avant de décrocher les postes les plus prestigieux du service public.
Elle incarne une génération de femmes qui ont dû se battre davantage pour obtenir la même reconnaissance que leurs homologues masculins. Son refus de se laisser enfermer dans le rôle de la « star capricieuse » s’inscrit dans cette continuité.
Et maintenant ?
L’audition est terminée, mais le débat qu’elle a suscité ne fait que commencer. La question des rémunérations dans l’audiovisuel public reviendra forcément sur la table. Celle des inégalités de carrière également.
En attendant, Léa Salamé continue de présenter le journal de 20 heures et son émission du samedi soir. Avec, sans doute, une détermination encore renforcée à prouver que son engagement va bien au-delà des chiffres qui figurent sur une fiche de paie.
Une chose est sûre : cette journée de février 2026 restera gravée dans les mémoires comme le jour où une journaliste a refusé de se laisser réduire à son salaire, préférant ouvrir un débat beaucoup plus vaste sur la place des femmes dans les médias.
Et vous, que pensez-vous de cette prise de position ?
« Le vrai pouvoir, ce n’est pas d’avoir beaucoup d’argent. C’est de pouvoir décider de ce que l’on raconte et de la façon dont on le raconte. »
Inspiré des propos tenus lors de l’audition
Ce témoignage, brut et sincère, dépasse largement le cadre d’une simple polémique salariale. Il touche à des questions essentielles : reconnaissance du travail, égalité des chances, pérennité des carrières féminines dans un milieu historiquement masculin.
Dans les semaines et les mois qui viennent, gageons que d’autres voix viendront enrichir ce débat nécessaire. Car au-delà d’une personnalité médiatique, c’est tout un système qu’il s’agit d’interroger.









