Une catastrophe naturelle aux conséquences humaines dévastatrices
Mercredi après-midi, un pan entier de colline s’est détaché sur le vaste site minier de Rubaya, emportant avec lui de nombreux travailleurs. Un second glissement s’est produit le lendemain matin, aggravant la situation. Les pluies intenses ont fragilisé les sols déjà creusés de multiples galeries et puits artisanaux, transformant ces collines en pièges mortels.
Les témoignages recueillis sur place décrivent des scènes d’horreur. Des mineurs ont vu la terre se dérober sous leurs pieds, engloutissant collègues, outils et espoirs de survie. Certains ont réussi à s’extraire in extremis, mais beaucoup restent prisonniers des décombres ou disparus dans les puits effondrés.
Le bilan exact reste difficile à établir en raison du chaos sur le terrain et de l’absence d’accès immédiat pour les secours indépendants. Des responsables locaux évoquent un nombre potentiellement très élevé de victimes, avec des corps déjà retrouvés et d’autres encore recherchés.
Rubaya, un site stratégique au cœur du coltan mondial
La cité de Rubaya, située à environ 70 kilomètres à l’ouest de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, est l’un des principaux centres d’extraction artisanale de coltan au monde. Ce minerai, dont on extrait le tantale, entre dans la composition de composants électroniques essentiels : condensateurs pour téléphones portables, ordinateurs, consoles de jeux et même équipements aérospatiaux.
Les estimations indiquent que cette zone contribue entre 15 % et 30 % de la production mondiale de coltan. L’est de la RDC détient une part majeure des réserves globales de ce minerai critique, entre 60 % et 80 % selon diverses analyses. Cette richesse minérale attire autant les opportunités économiques que les convoitises armées.
Les mineurs artisanaux, souvent appelés creuseurs, travaillent dans des conditions précaires. Armés de pelles, de pioches et parfois de bottes en caoutchouc, ils descendent dans des puits étroits pour extraire le minerai. Les revenus restent modestes, loin des fortunes générées par le commerce international du coltan.
Le contrôle du M23 et ses implications sur l’exploitation minière
Depuis avril 2024, Rubaya est tombée sous le contrôle du mouvement rebelle M23. En janvier 2025, ce groupe a également pris Goma, consolidant son emprise sur une large partie du Nord-Kivu. Cette situation a transformé la zone en un territoire administré de facto par les rebelles.
Une structure administrative parallèle a été mise en place, incluant un département dédié à l’exploitation des minéraux. Des permis sont délivrés aux creuseurs et aux commerçants, tandis que des taxes sont prélevées sur la production et le transit du coltan. Ces revenus, estimés à plusieurs centaines de milliers de dollars par mois, financent en partie les activités du groupe armé.
Cette taxation systématique s’ajoute aux défis quotidiens des mineurs. Malgré le contrôle rebelle, l’activité minière artisanale se poursuit à un rythme intense, avec des dizaines de personnes creusant chaque jour les collines, transportant des sacs lourds sur la tête ou à dos d’homme.
La colline s’est écroulée et a tué les gens.
Un responsable local présent sur place
Les pluies ont accéléré le drame. Un mineur raconte avoir échappé de justesse à l’effondrement alors qu’il se trouvait dans un puits. D’autres décrivent comment l’eau a saturé les sols, provoquant des glissements en chaîne.
Les risques permanents dans l’exploitation artisanale
L’exploitation minière artisanale en RDC est synonyme de danger constant. Les puits sont souvent creusés sans étude géologique, sans étayage solide ni mesures de sécurité. Les éboulements, inondations et asphyxies y sont fréquents, mais rarement documentés avec précision en raison de l’isolement et des conflits.
À Rubaya, la zone s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés, un paysage lunaire marqué par des cratères, des terrils et des galeries interconnectées. Chaque nouvelle pluie transforme ce terrain en zone à haut risque.
Les travailleurs, hommes et femmes, acceptent ces périls pour un revenu journalier souvent insuffisant pour nourrir une famille. Les enfants sont parfois impliqués, ajoutant une dimension tragique supplémentaire à ces drames.
Un drame qui interroge la chaîne d’approvisionnement mondiale
Le coltan de Rubaya alimente une industrie mondiale des technologies. Chaque smartphone contient une infime quantité de tantale issu de ce minerai. Pourtant, les conditions d’extraction restent largement invisibles pour les consommateurs finaux.
Les conflits armés compliquent la traçabilité. Le contrôle par un groupe armé soulève des questions sur l’origine réelle du minerai qui arrive sur les marchés internationaux. Des initiatives existent pour certifier des chaînes d’approvisionnement « responsables », mais leur portée reste limitée dans les zones de guerre.
Ce nouvel éboulement met en lumière les coûts humains cachés de notre dépendance aux minerais critiques. Il rappelle que derrière chaque appareil électronique se cache souvent une réalité faite de risques extrêmes, de pauvreté et d’instabilité politique.
Témoignages poignants des survivants
Sur le site, vendredi, des dizaines de creuseurs continuaient à fouiller la terre malgré le danger. Certains espèrent encore retrouver des proches disparus. D’autres reprennent le travail par nécessité, sans alternative viable.
Il y a eu la pluie, l’éboulement s’en est suivi et a emporté les gens. Certains ont été engloutis et d’autres sont toujours dans les puits.
Un mineur artisanal sur place
Ces paroles simples traduisent l’impuissance face à une nature déchaînée et à des conditions de travail inhumaines. Les secours s’organisent difficilement, faute de moyens adaptés et en raison du contexte sécuritaire.
Perspectives et leçons à tirer de cette tragédie
Ce drame n’est pas isolé. L’est de la RDC accumule les catastrophes minières, amplifiées par trente années de conflits. Les groupes armés profitent des ressources pour perdurer, tandis que la population paie le prix fort.
Des appels à une meilleure régulation, à des investissements dans la sécurité et à une diversification économique se font entendre. Mais dans l’immédiat, l’urgence est de secourir les victimes et d’enterrer dignement les disparus.
La communauté internationale suit de près ces événements, consciente que la stabilité de cette région impacte l’approvisionnement en minerais essentiels pour la transition numérique et énergétique mondiale.
À Rubaya, la terre a parlé avec violence. Elle a rappelé que la quête de ressources stratégiques ne peut ignorer les vies humaines. Espérons que cette catastrophe accélère une prise de conscience collective pour des pratiques plus sûres et plus justes.









