Une nuit de chaos à Niamey : le déroulement de l’attaque
Peu après minuit, les habitants des quartiers proches de l’aéroport ont été tirés de leur sommeil par des détonations intenses et des rafales d’armes automatiques. Les bruits ont duré environ une heure, avant que le calme ne revienne progressivement. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montraient des traînées lumineuses dans le ciel, évoquant une riposte antiaérienne, potentiellement dirigée contre des drones ou des engins volants.
Les autorités ont rapidement bouclé la zone. Des images satellites ont révélé des zones brûlées près de la piste et des toits endommagés sur certains bâtiments. L’aéroport, qui combine usages civils et militaires, est devenu le théâtre d’un affrontement direct entre forces de sécurité et assaillants.
Le bilan officiel fait état de quatre militaires blessés côté nigérien. Vingt assaillants ont été neutralisés, dont un individu présenté comme français, et onze autres ont été capturés. Trois aéronefs civils ont subi des dommages, dont deux appareils de la compagnie Asky, entraînant une perturbation temporaire du trafic aérien.
La riposte des forces nigériennes et le rôle des partenaires russes
La junte militaire au pouvoir a mobilisé une réponse combinée aéroterrestre pour repousser l’assaut. Le chef de l’État, le général Abdourahamane Tiani, s’est rendu sur place à la base 101 pour saluer les troupes. Il a particulièrement remercié les partenaires russes pour leur professionnalisme dans la défense du secteur assigné.
Cette mention des Russes n’est pas anodine. Depuis le coup d’État de juillet 2023, le Niger a opéré un virage géopolitique majeur, se rapprochant de Moscou après avoir rompu avec plusieurs partenaires occidentaux. Cette collaboration semble avoir porté ses fruits lors de cet incident, selon les déclarations officielles.
Les partenaires russes ont défendu avec professionnalisme leur secteur de sécurité.
Ces remerciements contrastent avec les tensions persistantes avec d’autres nations, et soulignent l’évolution des alliances sécuritaires dans la région.
Une revendication rapide par l’État islamique
Vendredi 30 janvier, l’organisation État islamique a revendiqué l’opération via son agence de propagande Amaq. Le groupe a décrit l’action comme une attaque surprise et coordonnée, affirmant avoir infligé des dégâts significatifs. Cette revendication a été relayée par des observateurs spécialisés dans le suivi du jihadisme.
Habituellement actif dans l’ouest et le sud-est du pays, l’État islamique au Sahel frappe rarement la capitale. Cette incursion marque un possible changement de stratégie, visant des symboles de pouvoir au cœur de Niamey. Elle intervient alors que le JNIM, affilié à Al-Qaïda, avait déjà revendiqué un attentat à l’engin explosif improvisé à l’est de la ville la semaine précédente.
Le Niger fait face depuis plus de dix ans à une insécurité croissante liée aux groupes jihadistes. Ces attaques visent souvent les forces armées et les civils dans les zones frontalières, mais toucher l’aéroport de la capitale représente une escalade notable.
Le site stratégique de l’aéroport Diori Hamani
L’aéroport international Diori Hamani n’est pas un simple hub civil. Il abrite la base aérienne 101, autrefois utilisée par des forces étrangères dans la lutte antiterroriste. Les troupes françaises y étaient déployées avant leur départ forcé fin 2023, décidé par la junte.
Actuellement, le site accueille le QG de la Force unifiée regroupant Niger, Burkina Faso et Mali contre les jihadistes. Près de 300 militaires italiens y sont également stationnés dans le cadre de la mission Misin. Le ministre italien de la Défense a tenu à préciser que ses troupes n’avaient pas été impliquées dans les combats.
Autre élément sensible : un important stock d’uranium, environ 1 000 tonnes de yellowcake, est entreposé là depuis plusieurs semaines. Ce concentré fait l’objet d’un litige avec une entreprise française du nucléaire, ajoutant une dimension économique et diplomatique à la sécurité du site.
Les accusations explosives de la junte
Dans un discours virulent, le général Tiani a désigné les présidents français Emmanuel Macron, béninois Patrice Talon et ivoirien Alassane Ouattara comme sponsors des assaillants. Il les a qualifiés de soutiens à des mercenaires, promettant une réponse ferme.
Nous les avons suffisamment écoutés aboyer, qu’ils s’apprêtent eux aussi à leur tour à nous écouter rugir.
Ces propos ont provoqué des réactions immédiates. La Côte d’Ivoire a convoqué l’ambassadrice nigérienne pour condamner fermement ces accusations. Le Bénin a déclaré ne pas vouloir perdre de temps avec de telles menaces, tout en affirmant ne pas les prendre à la légère.
Ces échanges illustrent les tensions régionales exacerbées depuis le coup d’État. Le Niger accuse régulièrement ses voisins et la France de déstabilisation, des allégations systématiquement démenties par les parties concernées.
Retour au calme, mais vigilance accrue
Quelques heures après l’attaque, la vie a repris son cours normal dans la plupart des quartiers de Niamey. Les commerces ont rouvert, les taxis circulaient, et les vols ont été rétablis dans la nuit suivante. Seule l’entrée de la base 101 restait bloquée par un important dispositif militaire.
Vendredi midi, des centaines de personnes se sont rassemblées devant cette entrée pour prier collectivement en faveur de la paix. Cette scène montre à quel point les Nigériens aspirent à la stabilité dans un contexte sécuritaire tendu.
Malgré le retour apparent à la normale, l’événement soulève de nombreuses questions. Pourquoi une attaque d’une telle audace dans la capitale ? Quelle est la réelle ampleur des dégâts ? Et surtout, comment ces accusations diplomatiques vont-elles influencer les relations régionales ?
Contexte sécuritaire au Niger : une menace persistante
Le Niger est confronté depuis des années à des violences jihadistes qui ont fait des milliers de victimes et déplacé des populations entières. Les groupes comme l’État islamique au Sahel et le JNIM multiplient les attaques contre l’armée, les civils et les infrastructures.
La junte a adopté une posture de souveraineté renforcée, rompant avec des accords militaires antérieurs et se tournant vers de nouveaux alliés. Cette stratégie semble porter des fruits locaux, mais expose aussi le pays à des pressions externes accrues.
L’attaque de l’aéroport pourrait marquer un tournant. En touchant un symbole de l’État et en revendiquant l’action, les jihadistes démontrent leur capacité à frapper loin de leurs bastions traditionnels. Cela oblige les autorités à redoubler de vigilance partout sur le territoire.
Impacts diplomatiques et géopolitiques
Les accusations portées contre trois chefs d’État voisins et occidentaux risquent d’aggraver les fractures régionales. Le Niger fait déjà partie de l’Alliance des États du Sahel avec le Mali et le Burkina Faso, une coalition qui rejette l’influence française et cherche à s’affirmer indépendamment.
Cette rhétorique musclée pourrait isoler davantage le pays sur la scène internationale, tout en renforçant son discours interne de résistance. Les réactions rapides d’Abidjan et Cotonou montrent que les voisins ne comptent pas laisser passer ces allégations sans réponse.
Dans un Sahel en ébullition, où les coups d’État se multiplient et les alliances se recomposent, cet incident ajoute une couche supplémentaire de complexité. La présence russe, saluée ici, contraste avec les partenariats passés, illustrant les recompositions en cours.
Vers une nouvelle ère de tensions ?
L’attaque de l’aéroport de Niamey restera probablement gravée comme un moment clé dans l’histoire récente du Niger. Elle met en lumière la vulnérabilité persistante face au terrorisme, même au cœur du pouvoir. Elle révèle aussi les fractures diplomatiques profondes qui traversent la région.
Alors que le trafic aérien a repris et que la vie quotidienne semble avoir retrouvé son rythme, les questions demeurent. Les enquêtes sur les assaillants, leurs motivations et leurs soutiens présumés vont se poursuivre. Les autorités nigériennes promettent une riposte, mais dans quel cadre et contre qui ?
Ce qui est certain, c’est que cet événement ne passera pas inaperçu. Il pourrait redessiner les lignes de front sécuritaires et diplomatiques au Sahel pour les mois à venir. Le Niger, pays pivot de la région, se trouve une fois de plus au centre d’une tempête géopolitique dont les conséquences pourraient être durables.
Pour l’instant, les Nigériens espèrent que la paix revienne durablement, loin des bruits de tirs et des déclarations belliqueuses. Mais dans ce contexte volatile, l’avenir reste incertain.









