Une crise humanitaire qui s’aggrave dans l’ombre des combats
Les violences dans l’État de Jonglei ne datent pas d’hier, mais leur intensité récente marque un tournant dangereux. Depuis fin décembre, des clashes opposent les forces loyales au pouvoir en place et celles affiliées à l’opposition historique. Ces affrontements ont provoqué un exode massif, avec des populations entières contraintes de quitter leurs villages en urgence.
Selon les estimations des Nations unies, plus de 180 000 personnes ont été déplacées en quelques semaines seulement. Ces chiffres, déjà alarmants, risquent de s’alourdir si la situation ne se stabilise pas rapidement. Les civils paient le prix fort : manque de nourriture, absence d’abri, propagation de maladies comme le choléra qui s’ajoutent au chaos général.
Dans ce contexte, l’aide humanitaire devient une question de survie. Pourtant, c’est précisément cette aide qui se heurte à des obstacles insurmontables.
Le rôle crucial de MSF dans une région oubliée
Dans l’État de Jonglei, MSF représente souvent le seul recours médical pour des centaines de milliers d’habitants. L’organisation gère des structures de santé essentielles, offrant des consultations, des hospitalisations et des interventions chirurgicales dans des zones où aucun autre acteur ne parvient à opérer durablement.
Près de 400 000 personnes dépendent directement de ces services pour leurs besoins de base en santé. Sans eux, les pathologies courantes deviennent mortelles, les blessures s’infectent sans traitement, et les urgences médicales tournent au drame.
Malheureusement, depuis décembre, des restrictions sévères ont été imposées sur les vols humanitaires vers plusieurs localités clés comme Lankien, Pieri et Akobo. Ces blocages empêchent l’arrivée de médicaments, de matériel médical et de personnel qualifié.
Les conséquences directes du blocage des accès
Face à ces interdictions, MSF a dû prendre des mesures drastiques. Le personnel a été évacué de Lankien et d’Akobo pour des raisons de sécurité. À Pieri, l’équipe a quitté son centre jeudi dernier, emportant avec elle une partie de la population locale.
La plupart des patients ont été renvoyés chez eux sans suivi adéquat. Au moins 23 personnes gravement malades nécessitaient un transfert d’urgence vers des structures mieux équipées. Sans ces évacuations possibles, leur pronostic vital est engagé.
« Les patients mourront si le gouvernement continue de bloquer l’accès humanitaire et médical », a déclaré Abdalla Hussein, responsable du bureau MSF pour le pays.
Cette citation résume à elle seule l’urgence de la situation. Bloquer l’aide n’est pas seulement une entrave logistique : c’est une décision qui condamne directement des vies humaines.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a également alerté sur les risques encourus. Des centaines de milliers de vies dépendent de l’accès à la nourriture, et l’escalade militaire survient au pire moment, alors que les besoins sont déjà immenses.
Témoignages poignants sur le terrain
Les habitants de Jonglei vivent l’horreur au quotidien. Un résident local a décrit l’arrivée massive de personnes fuyant les violences : mains vides, sans nourriture ni toit. Le choléra s’installe comme un problème majeur dans ces conditions précaires.
Ces récits humains rappellent que derrière les chiffres se cachent des familles déracinées, des enfants affamés, des malades abandonnés. La crise n’est pas abstraite ; elle se vit dans la chair et le désespoir.
Contexte politique d’une crise récurrente
Le Soudan du Sud reste marqué par une instabilité chronique depuis son indépendance. La guerre civile de 2013 à 2018 a laissé plus de 400 000 morts et des cicatrices profondes. L’accord de paix signé en 2018 semblait offrir une lueur d’espoir, mais il s’est progressivement effrité.
Les tensions entre le président Salva Kiir et son rival Riek Machar n’ont jamais vraiment disparu. L’arrestation de ce dernier en mars 2025 pour crimes contre l’humanité a encore exacerbé les divisions. Aujourd’hui, les forces d’opposition mènent une offensive inédite depuis la signature de l’accord, reprenant des positions tenues par le gouvernement depuis des années.
Un spécialiste observe que ces combats atteignent un niveau comparable à celui de la guerre civile passée. Pour la première fois depuis longtemps, l’opposition passe à l’offensive de manière coordonnée.
« Imposer des restrictions à l’aide humanitaire et empêcher les gens d’accéder aux soins de santé est une manœuvre politique grossière. Cela doit cesser immédiatement. »
Ces mots soulignent comment l’accès humanitaire est devenu un outil dans un jeu politique dangereux.
Réactions internationales et appels à l’action
Le secrétaire général de l’ONU s’est dit profondément préoccupé par les violences et leurs conséquences : nombreux morts, blessés et déplacements massifs. Il appelle à la protection des civils et à un accès sans entrave pour l’aide humanitaire.
Le gouvernement présente ces opérations comme des mesures de sécurité nécessaires pour contrer l’avancée des rebelles, niant être en état de guerre ouverte. Pourtant, les faits sur le terrain contredisent cette version.
Des militants de la société civile en exil dénoncent un accord de paix qui n’existe plus que sur le papier, avec des violations constantes.
Les enjeux pour la population civile
Dans ce tourbillon de violence, ce sont toujours les mêmes qui souffrent : les civils. Femmes, enfants, personnes âgées se retrouvent piégés entre les lignes de front. Les infrastructures de santé, déjà fragiles, s’effondrent sous la pression.
Le risque d’épidémies augmente exponentiellement avec les déplacements et le manque d’hygiène. Le choléra, mentionné par les témoins, pourrait se propager rapidement sans intervention médicale rapide.
La malnutrition chronique, endémique dans le pays, s’aggrave avec les perturbations des distributions alimentaires. Les enfants, particulièrement vulnérables, paient un tribut disproportionné.
Vers une résolution ? Les défis à relever
Pour sortir de cette spirale, plusieurs étapes paraissent indispensables. D’abord, un cessez-le-feu immédiat pour stopper les combats et permettre l’arrivée de l’aide. Ensuite, la levée des restrictions sur les vols humanitaires pour rétablir les chaînes d’approvisionnement médical.
La communauté internationale doit intensifier sa pression diplomatique pour ramener les parties à la table des négociations. L’accord de 2018, malgré ses failles, reste la seule base viable pour une paix durable.
Enfin, un soutien accru aux acteurs humanitaires comme MSF est crucial. Sans eux, le vide sanitaire deviendrait abyssal.
Le Soudan du Sud ne peut pas se permettre une nouvelle descente aux enfers. Chaque jour perdu coûte des vies. Il est temps que la politique cède la place à l’humanité.
La situation reste fluide, mais une chose est certaine : ignorer cette crise reviendrait à condamner des populations entières à un sort tragique. Espérons que les appels lancés aujourd’hui seront entendus avant qu’il ne soit trop tard.









