Et si la France commençait enfin à sortir la tête de l’eau ? Alors que beaucoup tablaient sur une nouvelle année morose, les chiffres définitifs tombés ce vendredi révèlent une croissance de 0,9 % pour l’ensemble de l’année 2025. Un résultat qui, sans être spectaculaire, dépasse les prévisions gouvernementales les plus prudentes et redonne un peu d’air à une économie souvent malmenée ces dernières années.
Ce léger mieux n’est pas passé inaperçu du côté du ministère de l’Économie. Le ministre en charge s’est empressé de saluer une performance « robuste » sur les plateaux télévisés, soulignant que le pays a fait mieux que les 0,7 % qu’il anticipait personnellement. De quoi nourrir un certain optimisme pour l’année qui vient de débuter.
Une fin d’année 2025 plus solide que prévu
Le dernier trimestre de 2025 a joué un rôle déterminant dans ce bilan annuel légèrement positif. Le Produit intérieur brut a progressé de 0,2 % entre octobre et décembre, après un troisième trimestre particulièrement dynamique à +0,5 %. Ce ralentissement était dans l’ordre des choses pour de nombreux observateurs, mais il reste synonyme de résilience.
La consommation des ménages reprend des couleurs
Parmi les moteurs les plus visibles de cette fin d’année, la consommation des ménages sort clairement du lot. Après plusieurs trimestres où elle peinait à dépasser les +0,1 %, elle a finalement accéléré à +0,3 % sur les trois derniers mois de 2025. Les achats de biens durables et non durables semblent avoir repris le dessus, contrastant avec une période où les services dominaient sans vraiment tirer la croissance vers le haut.
Ce regain est une excellente nouvelle pour l’économie hexagonale, traditionnellement portée par la demande intérieure. Quand les Français consomment davantage, les commerces, les artisans et une partie de l’industrie respirent mieux. Cette accélération tardive a donc permis de compenser d’autres indicateurs moins flatteurs.
« La bonne nouvelle vient de l’accélération de la consommation des ménages, notamment les achats de biens, alors qu’elle avait été vraiment le parent pauvre de la croissance française pendant plusieurs trimestres. »
Cette citation d’un économiste spécialisé illustre parfaitement le soulagement ressenti dans certains milieux professionnels. Après des mois difficiles marqués par l’inflation résiduelle et le pouvoir d’achat sous pression, ce petit sursaut de fin d’année redonne espoir.
L’investissement ralentit, le commerce extérieur tire son épingle du jeu
En revanche, l’investissement des entreprises a nettement ralenti : +0,2 % seulement au quatrième trimestre contre +0,7 % trois mois plus tôt. Ce tassement s’explique en partie par un phénomène de déstockage important, notamment dans l’industrie et le secteur aéronautique. Les entreprises, après avoir surproduit en été, ont préféré réduire leurs stocks plutôt que de continuer à fabriquer à plein régime.
Ce cycle est décrit comme « assez naturel » par les analystes. Trop de dynamisme au troisième trimestre entraîne mécaniquement un ajustement à la baisse ensuite. Reste à savoir si la reprise industrielle, encore fragile et concentrée sur les matériels de transport, pourra s’élargir à d’autres secteurs en 2026.
Point positif toutefois : le commerce extérieur a de nouveau apporté une contribution positive à la croissance. Les exportations semblent avoir mieux tenu que prévu, permettant de compenser en partie le ralentissement de la demande intérieure sur certains segments.
Production industrielle en léger recul
Du côté de la production, l’activité a marqué le pas avec seulement +0,1 % au dernier trimestre, après +0,8 % précédemment. Ce chiffre a été qualifié de « assez décevant » par plusieurs économistes, qui pointent les effets du déstockage massif observé fin 2025.
Le secteur industriel reste donc sur un fil. La performance exceptionnelle du troisième trimestre a créé des stocks excédentaires que les entreprises écoulent progressivement. Une fois ce phénomène terminé, la production pourrait repartir, mais rien n’est encore garanti.
2026 : l’espoir d’atteindre 1 %
Fort de ce 0,9 % enregistré en 2025, le gouvernement affiche désormais un objectif affiché de 1 % pour l’année en cours. Un seuil symbolique, mais qui reste ambitieux au regard des incertitudes internationales et des contraintes budgétaires nationales.
Les premières prévisions officielles tablaient sur +0,3 % par trimestre pour les deux premiers de 2026. Si cette cadence se maintient, l’objectif annuel pourrait être atteint, voire légèrement dépassé. Tout dépendra de la capacité de la consommation à rester dynamique et de l’investissement à redémarrer franchement.
Le ministre de l’Économie l’a martelé : « Ça fait un bon départ pour 2026 où j’espère qu’on fera au moins le 1 % qu’on attend. » Cette confiance affichée contraste avec la prudence habituelle des années précédentes.
Un budget enfin en passe d’être adopté
L’année démarre également sous de meilleurs auspices sur le plan politique. L’incertitude budgétaire qui pesait depuis plusieurs mois est en voie de se dissiper. Le budget 2026 devrait être définitivement voté la semaine prochaine, grâce notamment au soutien des parlementaires socialistes.
Cette adoption tant attendue lève un poids considérable sur l’économie. Les acteurs économiques détestent l’incertitude fiscale et budgétaire : elle freine les décisions d’investissement et plombe la confiance. Un texte définitivement adopté représente donc un signal positif important.
Le déficit public reste le talon d’Achille
Malheureusement, la croissance, même légèrement meilleure, ne règle qu’une partie du problème. Les finances publiques françaises continuent de poser question. Le déficit des administrations publiques, estimé à 5,4 % du PIB en 2025, devrait redescendre autour de 5 % cette année selon les dernières projections officielles.
Mais ces chiffres sont déjà contestés. Certaines agences de notation anticipent plutôt 5,2 %, tandis que d’autres voix estiment que la trajectoire reste très fragile. Le pays affiche toujours le déficit le plus élevé de la zone euro, un record peu enviable.
« Il est urgent d’agir », a enjoint la première présidente par intérim de la juridiction financière indépendante chargée de contrôler l’emploi de l’argent public. « Il est vain de parler de souveraineté alimentaire, numérique, industrielle ou sanitaire, quand notre souveraineté budgétaire est mise en péril par notre charge de la dette. »
Cette mise en garde résonne particulièrement fort. La dette publique française continue de croître en valeur absolue et les intérêts pèsent de plus en plus lourd dans le budget de l’État. Sans réduction significative des dépenses ou augmentation des recettes, le cercle vicieux risque de se poursuivre.
Réduire les dépenses : la seule voie réaliste ?
Face à ce constat, la Cour des Comptes appelle à une action déterminée sur les dépenses. Réduire le train de vie de l’État, rationaliser certaines politiques publiques, mieux cibler les aides : autant de pistes évoquées depuis des années mais rarement mises en œuvre à la hauteur des enjeux.
Certains économistes estiment que sans réforme structurelle profonde, le pays pourrait se retrouver confronté à une crise de confiance des marchés obligataires. Les taux d’intérêt déjà élevés rendent chaque point de déficit supplémentaire extrêmement coûteux.
Pourtant, réduire les dépenses dans un contexte où les besoins sociaux restent importants représente un exercice politiquement très compliqué. Trouver le bon équilibre entre rigueur budgétaire et maintien d’un modèle social protecteur demeure l’équation centrale de 2026.
Quelles perspectives pour les Français au quotidien ?
Derrière ces pourcentages et ces projections, il y a bien sûr la réalité vécue par les ménages et les entreprises. La légère accélération de la consommation fin 2025 laisse espérer un pouvoir d’achat un peu moins contraint en 2026. Si l’inflation reste maîtrisée, ce regain pourrait s’installer durablement.
Du côté des entreprises, tout dépendra de la capacité à transformer la reprise industrielle encore timide en dynamique plus large. Les secteurs de l’aéronautique et des matériels de transport ont porté l’effort ces derniers mois ; il faudrait désormais que l’automobile, la chimie, les biens d’équipement ou encore le luxe suivent le mouvement.
Le commerce extérieur restera également un facteur clé. Dans un monde où les tensions géopolitiques et les relocalisations partielles redessinent les chaînes de valeur, la France doit continuer à exporter ses produits et services à haute valeur ajoutée.
Un optimisme mesuré mais réel
En synthèse, l’année 2025 se termine sur une note plus positive que ce que beaucoup anticipaient il y a douze mois. La croissance à 0,9 %, même modeste, constitue un signal encourageant. Le gouvernement peut légitimement espérer atteindre 1 % en 2026 si plusieurs conditions sont réunies : maintien d’une consommation solide, reprise plus large de l’investissement, contribution positive du commerce extérieur et surtout maîtrise progressive du déficit.
Mais personne ne se fait d’illusion : le chemin reste semé d’embûches. La dette, le déficit, les taux d’intérêt, les incertitudes internationales… autant de nuages qui planent toujours au-dessus de l’Hexagone. L’optimisme affiché par l’exécutif doit désormais se traduire en actes concrets pour transformer ce bon début en véritable embellie durable.
Les prochains mois seront donc décisifs. La France parviendra-t-elle à consolider cette fragile reprise tout en redressant sérieusement ses finances publiques ? La réponse à cette question conditionnera largement le moral des ménages, la confiance des entrepreneurs et in fine la trajectoire économique du pays pour les années à venir.
Pour l’instant, le cap est fixé sur 1 %. À suivre avec attention.
Points clés à retenir pour 2025-2026
- Croissance annuelle 2025 : 0,9 % (supérieure aux 0,7 % anticipés par le gouvernement)
- Dernier trimestre 2025 : +0,2 % après +0,5 % au T3
- Consommation des ménages : accélération à +0,3 % fin d’année
- Investissement : net ralentissement à +0,2 %
- Objectif gouvernemental 2026 : au moins 1 %
- Déficit public visé : autour de 5 % du PIB (contre 5,4 % en 2025)
Ce tableau synthétique permet de visualiser rapidement les principaux enseignements de ces derniers chiffres. La route est encore longue, mais un premier pas a été franchi.









