L’Espagne, un moteur inattendu pour l’Europe en 2025
Imaginez un pays qui, après avoir traversé la crise financière de 2008 et la pandémie de Covid-19, se relève avec une vigueur surprenante. C’est précisément ce qui se passe en Espagne en ce début 2026, où les chiffres économiques de l’année écoulée révèlent une performance remarquable. Avec une croissance annuelle du PIB atteignant 2,8 %, l’Espagne dépasse largement la plupart de ses partenaires européens, souvent englués dans une stagnation ou une faible progression.
Ce dynamisme n’est pas le fruit du hasard. Il repose sur des piliers solides qui ont permis au pays de transformer ses défis en opportunités. Le secteur touristique a battu des records, la consommation des ménages est restée robuste, et les investissements ont suivi. Ces éléments combinés ont créé un cercle vertueux qui contraste avec la morosité ambiante sur le continent.
Une croissance qui défie les prévisions européennes
Le chiffre de 2,8 % pour 2025 arrive comme une confirmation éclatante de la bonne santé économique espagnole. Bien qu’inférieur de 0,1 point aux anticipations du gouvernement, il représente tout de même un ralentissement modéré par rapport à l’année précédente, où la croissance avait atteint 3,5 %. Pourtant, cette performance reste plus de deux fois supérieure à celle estimée pour l’ensemble de la zone euro.
Le ministre de l’Économie n’a pas manqué de souligner cette supériorité : « Nous progressons à un rythme deux fois plus rapide que la zone euro. L’Espagne est, en ce moment, le moteur du continent. » Cette déclaration reflète une fierté nationale face à un contexte où de nombreux voisins peinent à retrouver leur élan d’avant-crise.
Au quatrième trimestre 2025, le PIB a progressé de 0,8 %, un taux trimestriel encourageant qui montre que la dynamique n’a pas faibli en fin d’année. Cette accélération finale renforce l’idée d’une économie capable de maintenir son cap malgré les incertitudes globales.
Les piliers du succès : tourisme et consommation intérieure
Le secteur touristique a joué un rôle central dans cette réussite. Avec près de 97 millions de visiteurs étrangers en 2025, un record absolu, l’Espagne a profité d’une affluence massive qui a dopé les recettes et créé des emplois dans de nombreux domaines connexes. Hôtels, restaurants, transports et commerces ont tous bénéficié de cette manne inattendue.
Parallèlement, la demande des ménages est restée très soutenue. Les Espagnols ont continué à consommer, aidés par une amélioration progressive du pouvoir d’achat et une confiance retrouvée après les années de restrictions sanitaires. Cette consommation intérieure a agi comme un amortisseur puissant face aux chocs externes.
Les entreprises n’ont pas été en reste. Les investissements ont augmenté, soutenus en partie par les fonds européens de relance post-Covid. Ces ressources ont permis de moderniser des infrastructures, de digitaliser des secteurs et d’améliorer la compétitivité globale de l’économie.
« C’est une bonne nouvelle pour les citoyens, car cela se traduit par une amélioration du pouvoir d’achat. »
Cette phrase prononcée par le ministre de l’Économie illustre parfaitement l’impact concret de ces chiffres macroéconomiques sur la vie quotidienne.
Un marché du travail en nette amélioration
L’un des signaux les plus positifs concerne le chômage. Pour la première fois depuis 2008, le taux est passé sous la barre des 10 % au quatrième trimestre 2025. Cette baisse historique marque la fin d’une longue période de précarité pour de nombreux Espagnols, particulièrement les jeunes.
Malgré ce progrès, le taux reste le plus élevé parmi les pays de l’OCDE, ce qui rappelle que des efforts restent nécessaires. La création d’emplois a toutefois été soutenue, portée par le tourisme saisonnier mais aussi par des secteurs plus stables comme les services et l’industrie.
Pour faire face au vieillissement de la population active, le gouvernement a lancé un plan ambitieux de régularisation de sans-papiers. Cette mesure pourrait concerner jusqu’à un demi-million de personnes, majoritairement originaires d’Amérique latine. Elle vise à intégrer une main-d’œuvre supplémentaire pour soutenir la croissance à long terme, une approche qui tranche avec les politiques restrictives observées ailleurs en Europe.
Inflation maîtrisée et pouvoir d’achat en hausse
L’inflation a connu un net ralentissement en janvier 2026, passant à 2,4 % après 2,9 % en décembre 2025. Cette décrue est particulièrement bienvenue dans un pays où la hausse des loyers et des prix alimentaires pesait lourd sur les budgets familiaux.
Avec une inflation plus modérée, le pouvoir d’achat s’améliore sensiblement. Les salaires, notamment le salaire minimum qui a été revalorisé à 1 424,5 euros brut mensuels, permettent désormais de mieux absorber les dépenses courantes. Cette évolution renforce la consommation et alimente la boucle positive de la croissance.
Les Espagnols perçoivent ces changements comme un soulagement après des années de tensions. La stabilité des prix, combinée à plus d’emplois, crée un climat de confiance propice aux dépenses et aux projets à long terme.
Perspectives pour 2026 : un ralentissement maîtrisé ?
Les prévisions pour l’année en cours restent optimistes, même si un léger ralentissement est attendu. Le FMI anticipe 2,3 % de croissance, tandis que la Banque d’Espagne table sur 2,2 %. Ces chiffres, bien supérieurs à la moyenne européenne, montrent que la dynamique devrait perdurer.
L’absence de nouveau budget depuis 2023, due à l’absence de majorité parlementaire, n’a pas freiné l’élan économique. Cela démontre la résilience intrinsèque de l’économie espagnole, capable de croître même sans les leviers fiscaux traditionnels.
Parmi les défis à venir, on note la nécessité de poursuivre les réformes structurelles pour maintenir la compétitivité. La productivité, l’innovation et la transition écologique seront des axes prioritaires pour consolider ces acquis.
Un redressement spectaculaire après deux crises majeures
Retour en arrière : l’Espagne a été durement touchée par la crise des subprimes en 2008, avec un effondrement du secteur immobilier et un chômage massif. Puis la pandémie a porté un nouveau coup sévère, avec des confinements prolongés qui ont paralysé le tourisme.
Pourtant, depuis la reprise, le pays a su rebondir de manière spectaculaire. Les fonds européens ont fourni un coup de pouce décisif, mais c’est surtout la capacité d’adaptation des acteurs économiques qui explique ce succès. Le tourisme s’est diversifié, les entreprises ont investi dans la numérisation, et la main-d’œuvre immigrée a apporté une vitalité nouvelle.
Cette trajectoire inspire d’autres nations européennes en difficulté. Elle montre qu’avec des politiques adaptées et une exploitation intelligente des atouts nationaux, une sortie de crise rapide est possible.
Les mesures sociales au cœur de la stratégie
Le gouvernement a multiplié les initiatives pour accompagner cette croissance. Outre la régularisation massive, la hausse du salaire minimum vise à réduire les inégalités et à stimuler la consommation des classes moyennes et populaires.
Ces décisions s’inscrivent dans une logique de partage des fruits de la croissance. En améliorant les conditions de vie, elles renforcent la cohésion sociale et soutiennent la demande intérieure, pilier essentiel de l’économie espagnole.
Les syndicats ont participé activement aux négociations, aboutissant à des accords équilibrés qui préservent la paix sociale. Cette concertation apparaît comme un facteur clé de stabilité dans un contexte politique parfois tendu.
Pourquoi l’Espagne sort-elle du lot en Europe ?
Plusieurs raisons expliquent cette singularité. D’abord, la structure économique fortement orientée vers les services et le tourisme offre une résilience face aux chocs industriels qui touchent d’autres pays. Ensuite, l’arrivée massive de population active immigrée compense le déclin démographique et soutient la main-d’œuvre.
Enfin, les fonds de relance ont été utilisés de manière efficace pour moderniser l’économie. Ces investissements portent leurs fruits aujourd’hui, avec une productivité en hausse et une attractivité renforcée pour les investisseurs étrangers.
Comparée à ses voisins, l’Espagne bénéficie aussi d’une énergie relativement bon marché et d’une position géographique favorable pour le tourisme. Tous ces éléments convergent pour créer un environnement propice à la croissance soutenue.
Conclusion : une leçon pour l’Europe ?
L’Espagne démontre qu’il est possible de transformer des crises en opportunités. Avec une croissance robuste, un chômage en baisse et une inflation contenue, le pays trace une voie encourageante. Reste à voir si cette dynamique se maintiendra face aux défis globaux de 2026 et au-delà.
Pour l’instant, les indicateurs sont au vert, et les Espagnols savourent cette période de prospérité retrouvée. Une histoire qui rappelle que la résilience paie, et que même après les tempêtes les plus violentes, le redressement peut être spectaculaire.









