Imaginez un instant : vous vous réveillez un matin de janvier 2026 et découvrez que votre actif préféré, celui sur lequel vous comptiez pour révolutionner la finance décentralisée, vient de perdre près de 8 % en une seule journée. Ethereum, la blockchain qui alimente la majorité des applications décentralisées, des NFT et du DeFi, glisse sous la barre symbolique des 2 800 dollars. Et cette fois, ce n’est pas seulement une vague de ventes panique : les chiffres des ETF spot racontent une histoire bien plus inquiétante.
En l’espace de 24 heures, les investisseurs institutionnels ont retiré 155 millions de dollars des produits Ethereum cotés en bourse aux États-Unis. Un chiffre qui fait froid dans le dos quand on sait à quel point ces flux influencent désormais le prix spot. Mais que se passe-t-il vraiment ? Pourquoi ce soudain revirement alors que beaucoup tablaient sur une reprise après la consolidation des dernières semaines ? Plongeons ensemble dans les rouages de cette correction brutale.
Ethereum sous pression : quand les ETF deviennent des balles de revolver
Depuis leur lancement en 2024, les ETF spot Ethereum ont changé la donne. Ils ont permis à des millions d’investisseurs traditionnels d’accéder à l’actif sans avoir à gérer une clé privée ou un wallet. Mais ce qui donne de la force peut aussi devenir une faiblesse redoutable. Quand les gros joueurs retirent massivement leurs billes, les émetteurs sont obligés de vendre de l’ETH réel pour honorer les rachats. Et là, la mécanique devient implacable.
Le 29 janvier 2026, les données montrent un retournement brutal : 155 millions de dollars sortis en une seule séance. Deux géants du secteur se sont particulièrement illustrés dans ce mouvement : l’un a enregistré 59 millions de dollars de sorties, l’autre environ 55 millions. À eux seuls, ils représentent plus de 70 % du total quotidien. Sur la semaine, le solde reste négatif de 74 millions. Autant dire que l’appétit institutionnel s’est nettement refroidi en ce début d’année.
Pourquoi les institutionnels vendent-ils maintenant ?
Plusieurs facteurs se combinent pour expliquer ce désamour soudain. D’abord, le contexte macro-économique global reste incertain. Les craintes autour des politiques commerciales internationales et des hausses potentielles de droits de douane pèsent sur les actifs risqués, dont les cryptomonnaies font partie.
Ensuite, Ethereum souffre d’un effet de comparaison défavorable avec Bitcoin. Alors que le premier reste dans une phase de consolidation basse, le second a déjà connu des sommets bien plus élevés en 2025. Beaucoup d’investisseurs institutionnels considèrent Bitcoin comme la « valeur refuge » crypto et Ethereum comme un pari technologique plus risqué. Quand la confiance faiblit, c’est souvent l’actif le plus risqué qui trinque en premier.
« Les flux ETF sont devenus le pouls du marché spot à court terme. Quand ils passent au rouge, le prix suit presque mécaniquement. »
Enfin, certains signaux internes au réseau Ethereum alimentent la prudence. Même si aucune menace immédiate ne pèse sur la sécurité du protocole, des discussions autour d’attaques potentielles ou de vulnérabilités futures ont refait surface dans les cercles techniques, renforçant un sentiment de méfiance généralisé.
Les traders sur les dérivés jettent l’éponge
Sur les marchés des produits dérivés, le tableau n’est guère plus réjouissant. Le volume des contrats futures Ethereum a bondi de 55 % en 24 heures pour atteindre plus de 90 milliards de dollars. Une telle explosion traduit généralement une forte activité… mais pas forcément dans le bon sens.
Car dans le même temps, l’open interest – c’est-à-dire le montant total de positions ouvertes – a chuté de 11 %. Cela signifie que les traders ne construisent pas de nouvelles positions haussières : ils ferment ou se font sortir de leurs positions existantes, souvent par liquidation forcée. En clair, on assiste à un désendettement brutal plutôt qu’à une nouvelle vague spéculative.
- Volume futures ETH : +55 % → 90,55 milliards $
- Open interest : –11 % → 34,29 milliards $
- Liquidations majoritairement longues
- Positionnement global : réduction massive du levier
Ce comportement défensif est typique des phases où le marché doute sérieusement de la capacité à repartir rapidement à la hausse. Les algorithmes et les market makers, qui dominent une grande partie de l’activité sur les exchanges, amplifient souvent ces mouvements en supprimant la liquidité côté achat dès que le prix casse un niveau clé.
Analyse technique : la cassure confirmée
Sur le graphique journalier, la situation est limpide… et plutôt inquiétante. Ethereum évoluait depuis plusieurs semaines dans une zone de consolidation comprise entre 2 800 et 2 900 dollars. Cette range agissait comme un aimant : chaque tentative de sortie était rapidement ramenée à l’intérieur.
La cassure à la baisse a donc une signification forte. Elle invalide la structure haussière de court terme et place les vendeurs en position de force. Le prix évolue désormais sous l’ensemble des moyennes mobiles courtes et moyennes, avec la bande médiane de Bollinger (autour de 3 070 $) qui fait office de plafond lointain.
Les bandes de Bollinger elles-mêmes commencent à s’écarter vers le bas, signe que la volatilité reprend après une longue période de compression. Historiquement, ce type de configuration précède souvent des mouvements directionnels marqués… et dans le sens de la cassure.
Les niveaux clés à surveiller absolument
- Support immédiat : 2 700 $ (bande inférieure Bollinger + ancien bas)
- Support intermédiaire : 2 600 – 2 650 $ (zone de confluence Fibonacci)
- Support majeur : 2 500 $ (retracement 0.618 depuis le creux majeur précédent)
- Résistance critique : 2 950 – 3 000 $ (retour au-dessus invaliderait la cassure)
- Résistance forte : 3 100 $ (ancienne zone de vente lourde)
Tant que le prix reste sous les 2 950 dollars sur clôture journalière, le biais reste clairement baissier. Une reconquête de cette zone serait le premier signal tangible d’un retournement, mais elle semble pour l’instant hors de portée sans catalyseur majeur.
Que nous apprend l’indicateur RSI ?
Le RSI journalier se situe désormais dans la zone basse 40. Cela montre une perte de momentum haussier sans pour autant entrer en territoire survendu (généralement sous 30). En d’autres termes, la pression vendeuse est réelle, mais on n’est pas encore dans une capitulation généralisée. Cela laisse la porte ouverte à de nouveaux plus bas avant qu’un vrai plancher ne se forme.
Certains analystes estiment que le RSI devra toucher les 25-30 pour signaler un épuisement vendeur suffisant pour envisager un rebond technique durable. Pour l’instant, nous sommes encore loin de ce scénario.
Ethereum peut-il se relever rapidement ?
À court terme, les perspectives restent sombres tant que les flux ETF ne repassent pas en territoire positif et que le prix ne reconquiert pas au moins la zone des 2 950 dollars. Plusieurs éléments pourraient toutefois changer la donne :
- Retour d’appétit institutionnel sur les ETF
- Annonce concrète d’upgrade réseau (ex. amélioration scalabilité ou sécurité quantique)
- Rebond généralisé du marché crypto porté par Bitcoin
- Diminution des craintes macro-économiques
Malheureusement, aucun de ces catalyseurs ne semble imminent en ce dernier jour de janvier 2026. Au contraire, les indicateurs de sentiment restent dégradés et le volume spot augmente surtout sur les ventes, ce qui renforce la pression baissière.
Leçons à retenir pour les investisseurs particuliers
Cette correction rappelle une réalité parfois oubliée : même les blockchains les plus solides technologiquement ne sont pas immunisées contre les mouvements de flux institutionnels. Les ETF, qui devaient stabiliser le marché, peuvent au contraire l’amplifier dans les deux sens.
Pour ceux qui souhaitent rester investis, plusieurs stratégies s’offrent :
- Attendre un signal clair de retournement (reprise > 3 000 $)
- Moyenner à la baisse progressivement sur les supports majeurs
- Réduire l’exposition et attendre un meilleur point d’entrée
- Staker son ETH pour générer du rendement passif en attendant
Dans tous les cas, la gestion du risque reste primordiale. Les mouvements de 8 à 10 % en 24-48 h ne sont plus exceptionnels sur ce marché.
Vers un test des 2 500 $ ou simple accroc technique ?
À l’heure où ces lignes sont écrites, Ethereum oscille autour de 2 730 dollars. La journée de vendredi risque d’être décisive. Si les sorties ETF se poursuivent et que le volume de liquidation augmente encore, un glissement vers les 2 600 voire 2 500 dollars devient très probable.
À l’inverse, une stabilisation des flux et un retour de l’appétit acheteur sur les dérivés pourrait permettre une stabilisation, voire un rebond technique vers les 2 850-2 900 dollars. Mais pour l’instant, les probabilités penchent clairement du côté des baissiers.
Une chose est sûre : le marché crypto ne pardonne jamais longtemps l’immobilisme. Ethereum doit retrouver rapidement un catalyseur fort s’il veut éviter une correction plus profonde. Les prochaines séances seront déterminantes pour dessiner le scénario dominant des prochaines semaines.
En attendant, une seule certitude : les 2 800 dollars n’étaient pas un plancher. C’était une illusion de court terme que le marché vient de balayer sans ménagement.
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