InternationalPolitique

Starmer Défend Rapprochement avec Chine, Trump Alerte Danger

Keir Starmer défend ardemment son rapprochement avec Pékin face à la colère de Donald Trump qui le qualifie de "très dangereux". Quels accords concrets ont été signés et pourquoi ce virage inquiète tant ? La réponse pourrait redessiner les alliances mondiales...
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a récemment effectué une visite en Chine qui marque un tournant dans les relations entre Londres et Pékin. Alors que les tensions géopolitiques mondiales s’intensifient, cette démarche vise à relancer une coopération économique mise à mal par des années de méfiance. Pourtant, cette initiative suscite des réactions vives, notamment outre-Atlantique, où le président américain Donald Trump n’hésite pas à qualifier ce rapprochement de « très dangereux ».

Un voyage pour briser la glace avec la Chine

Depuis son arrivée au pouvoir en 2024, Keir Starmer a fait du réchauffement des liens avec la Chine l’une de ses priorités stratégiques. Après une période qualifiée d’« âge de glace » sous les gouvernements conservateurs précédents, marquée par des différends sur Hong Kong, des accusations d’espionnage et des restrictions commerciales, le dirigeant travailliste cherche à reconstruire une relation basée sur la confiance et le pragmatisme économique.

Ce déplacement en Chine, le premier d’un chef de gouvernement britannique depuis plusieurs années, s’inscrit dans un contexte plus large. Le Royaume-Uni, confronté aux séquelles du Brexit et à un ralentissement économique, voit en Pékin un partenaire commercial majeur, classé au troisième rang de ses échanges. L’objectif affiché est clair : stimuler la croissance britannique en ouvrant de nouvelles opportunités pour les entreprises du pays.

Les discussions avec le président Xi Jinping ont été décrites comme « très chaleureuses » et constructives par le Premier ministre lui-même. Ces échanges ont permis, selon lui, de faire de « vrais progrès » dans la reconstruction d’une confiance mutuelle indispensable à toute coopération durable.

Les avancées concrètes issues de la visite

Si le voyage n’a pas donné lieu à une avalanche d’annonces spectaculaires ou à des contrats massifs signés sur place, plusieurs gestes concrets ont été obtenus de la part des autorités chinoises. Parmi les plus symboliques figure la suppression des visas pour les séjours britanniques de moins de 30 jours en Chine. Cette mesure, présentée comme un facilitateur majeur pour les entrepreneurs et les touristes, illustre selon Keir Starmer la volonté partagée de renforcer les liens économiques.

Autre point positif pour l’industrie britannique : une réduction significative des droits de douane sur les exportations de whisky. Ce produit emblématique du Royaume-Uni, souvent touché par des barrières tarifaires, devrait bénéficier d’un accès plus aisé au marché chinois, l’un des plus prometteurs au monde pour les spiritueux haut de gamme.

Sur le plan sécuritaire et migratoire, un accord de coopération a été conclu pour lutter contre l’immigration illégale. Bien que les détails restent à préciser, cette entente vise à coordonner les efforts des deux pays face à un défi commun. Par ailleurs, une dizaine d’autres accords de coopération ont été paraphés, couvrant divers domaines, même si leurs contours demeurent encore flous pour le moment.

Les deux gouvernements ont également convenu de lancer une étude de faisabilité pour explorer la possibilité de négociations futures sur un accord bilatéral dans le secteur des services. Ce secteur représente une force majeure de l’économie britannique, et ouvrir ce marché chinois pourrait représenter un levier de croissance substantiel.

L’investissement d’AstraZeneca : un signal fort

Au-delà des engagements gouvernementaux, le secteur privé a également marqué sa présence. Le géant pharmaceutique britannique AstraZeneca a annoncé son intention d’investir massivement en Chine, avec un plan chiffré à 15 milliards de dollars d’ici 2030. Cette décision, dévoilée dans le cadre de la visite, souligne la confiance renouvelée des entreprises britanniques dans les perspectives offertes par le marché chinois.

Cet engagement financier de grande ampleur démontre que, malgré les tensions géopolitiques, les opportunités économiques restent attractives. Pour le gouvernement Starmer, il s’agit d’un argument concret à opposer aux critiques qui accusent le rapprochement d’être trop naïf ou risqué.

La réaction tranchante de Donald Trump

Si Londres célèbre ces avancées, Washington voit les choses différemment. Le président américain Donald Trump, interrogé par la presse lors d’un événement à Washington, n’a pas mâché ses mots. À propos du rapprochement britannique avec Pékin, il a déclaré sans détour que c’était « très dangereux » pour le Royaume-Uni de s’engager dans cette voie.

C’est très dangereux pour eux de faire ça.

Donald Trump

Cette sortie intervient dans un contexte de rivalité accrue entre les États-Unis et la Chine, les deux plus grandes puissances économiques mondiales. Trump, qui prépare lui-même une visite en Chine dans les mois à venir, semble considérer que les alliés occidentaux doivent adopter une posture plus ferme face à Pékin, plutôt que de multiplier les gestes de détente.

La critique américaine n’est pas isolée. Elle fait écho à des préoccupations similaires exprimées par d’autres responsables, notamment en lien avec les récentes visites de dirigeants occidentaux en Chine. Le Premier ministre canadien avait lui aussi été la cible de remarques acerbes de Trump après un déplacement similaire.

Les critiques internes au Royaume-Uni

Le rapprochement avec Pékin ne fait pas l’unanimité non plus au sein de la classe politique britannique. L’opposition conservatrice, menée par Kemi Badenoch, a vivement réagi, accusant le gouvernement travailliste d’être trop conciliant avec un régime qu’elle qualifie d’agressif sur la scène internationale.

Nous ne devrions pas dérouler le tapis rouge pour un État qui mène des opérations d’espionnage quotidiennement dans notre pays, bafoue les règles commerciales internationales et soutient Vladimir Poutine dans sa guerre injustifiée en Ukraine.

Kemi Badenoch

Ces reproches mettent en lumière les tensions entre impératifs économiques et considérations de sécurité nationale. Pour les conservateurs, tout assouplissement vis-à-vis de la Chine risque de compromettre les intérêts britanniques à long terme.

Le dossier Jimmy Lai : un point de friction persistant

Parmi les sujets sensibles abordés lors des discussions figure le cas de Jimmy Lai, l’ex-magnat des médias hongkongais détenteur d’un passeport britannique. Condamné récemment pour sédition et collusion avec l’étranger, il risque une lourde peine de prison. Ce dossier cristallise les inquiétudes sur les droits humains en Chine et à Hong Kong.

Un groupe parlementaire transpartisan britannique a adressé une lettre à Keir Starmer durant son voyage, insistant sur le fait que les relations bilatérales ne doivent pas progresser au détriment de la défense des valeurs démocratiques. Le Premier ministre a indiqué avoir eu une « discussion respectueuse » avec Xi Jinping sur ce sujet, ainsi que sur la situation des Ouïghours, sans pour autant annoncer de percée concrète.

Cette question reste un obstacle majeur à une normalisation complète des liens. Elle illustre la difficulté pour Londres de concilier pragmatisme économique et principes fondamentaux.

Un équilibre délicat dans un monde multipolaire

La visite de Keir Starmer s’inscrit dans une tendance plus large où plusieurs pays occidentaux cherchent à diversifier leurs partenariats face à l’incertitude liée à la politique américaine. Avec les menaces tarifaires récurrentes et les déclarations imprévisibles de Donald Trump, des nations comme le Royaume-Uni explorent des alternatives pour sécuriser leur croissance.

Cependant, ce positionnement n’est pas sans risque. Il exige un équilibre fin entre engagement économique avec Pékin et maintien d’une alliance solide avec Washington. Downing Street insiste sur le fait que le Royaume-Uni n’a pas à choisir entre ses partenaires, et que la coopération avec la Chine est « bénéfique » pour les entreprises et la population britanniques.

La perspective d’une future visite de Xi Jinping au Royaume-Uni a été évoquée, sans être fermement écartée. Une telle venue représenterait un symbole fort de la réinitialisation des relations, mais elle soulèverait sans doute de nouvelles controverses internes et internationales.

Perspectives économiques et géopolitiques

Pour l’économie britannique, fragilisée par le Brexit et les perturbations commerciales mondiales, la Chine représente un marché incontournable. Les accords signés, même modestes, pourraient ouvrir la voie à des échanges accrus dans les services, la finance, la santé et les biens de consommation.

Du côté géopolitique, ce rapprochement s’accompagne d’une prudence affichée. Le gouvernement Starmer affirme vouloir une relation « sophistiquée », qui intègre les préoccupations de sécurité nationale tout en évitant les confrontations inutiles. Reste à voir si cette approche pragmatique parviendra à convaincre les sceptiques, tant à Londres qu’à Washington.

En définitive, cette visite illustre les défis complexes auxquels font face les démocraties occidentales dans un monde où les équilibres de pouvoir évoluent rapidement. Entre opportunités économiques et impératifs stratégiques, le Royaume-Uni tente de tracer sa propre voie, conscient que chaque pas vers Pékin est scruté avec attention par ses alliés traditionnels.

Le débat autour de ce rapprochement ne fait que commencer, et ses conséquences pourraient se faire sentir bien au-delà des frontières britanniques et chinoises. Dans un contexte de rivalités accrues, la capacité à dialoguer sans compromettre ses valeurs restera un test majeur pour les dirigeants du XXIe siècle.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.