Un tournant majeur pour la gouvernance burkinabè
Dans un contexte de transition prolongée, cette décision marque un virage radical. Le pouvoir en place justifie cette dissolution par la nécessité de mettre un terme aux divisions engendrées par le multipartisme. Selon les autorités, la prolifération des partis a favorisé des dérives qui ont affaibli la cohésion sociale et entravé l’unité nationale.
Le ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo, a détaillé les motifs de cette mesure lors de l’annonce. Il a évoqué un diagnostic approfondi du système partisan, révélant de nombreuses anomalies dans l’application des règles existantes. Cette analyse a conduit à la conclusion que le maintien des partis politiques, même suspendus, représentait un obstacle à la refondation en cours.
La dissolution vise explicitement à préserver l’unité nationale, à renforcer la cohérence des actions gouvernementales et à ouvrir la voie à une réforme profonde du mode de gouvernance. Le patrimoine des formations dissoutes sera transféré à l’État, une disposition qui souligne la volonté de centraliser les ressources au service de la nation.
Le contexte des coups d’État successifs
Pour comprendre l’ampleur de cette décision, il faut remonter aux événements qui ont porté le capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir. En janvier 2022, un premier coup d’État avait renversé le président élu Roch Marc Christian Kaboré, portant le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba à la tête du pays. Neuf mois plus tard, en septembre 2022, un second putsch, mené par Traoré, a évincé Damiba.
Depuis lors, les activités des partis politiques ont été suspendues. Ils ne pouvaient plus organiser de réunions publiques, mais conservaient une existence formelle. Cette suspension s’inscrivait dans une logique de contrôle accru, avec une répression renforcée des voix dissidentes au fil des mois.
Le capitaine Traoré a consolidé son autorité en adoptant une charte en mai qui prolonge la transition de cinq ans, lui permettant de rester au pouvoir jusqu’en 2027 environ. Le régime assume ouvertement ne pas être une démocratie classique, préférant une approche dite souverainiste, anti-impérialiste et décoloniale, marquée par un éloignement des puissances occidentales, notamment la France.
Les justifications officielles de la dissolution
Les autorités insistent sur les effets néfastes du multipartisme dans le contexte burkinabè actuel. La multiplication des partis aurait entraîné des divisions profondes parmi les citoyens, fragilisant le tissu social au moment où le pays fait face à des défis sécuritaires majeurs. Les groupes armés liés à des organisations extrémistes continuent de sévir, rendant l’unité nationale plus cruciale que jamais.
Le gouvernement présente cette mesure comme une étape essentielle de la Révolution Progressiste Populaire. Elle s’inscrit dans un processus plus large de refondation de l’État, visant à corriger les dysfonctionnements hérités du système partisan précédent. Le décret adopté prévoit explicitement la dissolution et l’abrogation des lois associées.
Le gouvernement estime que la multiplication des partis politiques a entraîné des dérives, favorisant la division des citoyens et fragilisant le tissu social.
Cette citation illustre parfaitement la rhétorique employée : l’accent est mis sur l’unité et la cohésion plutôt que sur la pluralité des opinions. Le projet de loi sera transmis rapidement à l’Assemblée législative de transition pour adoption.
Les implications pour la vie politique
Avec la dissolution, le paysage politique burkinabè change radicalement. Les partis, qui structuraient jusqu’alors le débat public, disparaissent formellement. Leurs membres peuvent toujours s’exprimer individuellement, mais sans cadre organisationnel collectif. Cela ferme la porte à toute opposition structurée.
Les biens et actifs des formations dissoutes passent sous contrôle étatique, ce qui pourrait servir à financer des initiatives prioritaires comme la lutte contre l’insécurité ou le développement économique. Cette mesure soulève des questions sur la gestion future des ressources et sur l’équité du processus.
Dans les faits, la suspension des activités depuis 2022 avait déjà limité drastiquement leur influence. La dissolution officialise une situation de fait et empêche tout retour en arrière sans une nouvelle réforme législative.
Le parcours d’Ibrahim Traoré au pouvoir
Le capitaine Ibrahim Traoré, jeune officier au moment de son arrivée au pouvoir, incarne une génération de militaires déterminés à rompre avec les influences extérieures. Son discours souverainiste résonne auprès d’une partie de la population, lasse des promesses non tenues des régimes précédents.
Depuis 2022, il a multiplié les initiatives pour consolider son emprise : répression des opposants, alliances régionales comme l’Alliance des États du Sahel, et réformes institutionnelles. La dissolution des partis s’inscrit dans cette continuité, renforçant le contrôle centralisé.
Des figures comme Paul-Henri Sandaogo Damiba, extradé récemment du Togo où il s’était réfugié, illustrent les tensions internes. Accusé de complots, il symbolise les risques persistants de déstabilisation que le régime invoque pour justifier ses mesures sécuritaires et politiques.
Réactions et perspectives d’avenir
La décision suscite des débats passionnés. Certains y voient une opportunité pour une gouvernance plus unifiée face aux menaces existentielles. D’autres craignent une dérive autoritaire qui étouffe toute pluralité. Le régime maintient que ces étapes sont temporaires, liées à la transition.
Le Burkina Faso fait face à une insécurité chronique, avec des attaques régulières et des déplacements massifs de populations. Dans ce cadre, l’unité prônée par le pouvoir apparaît comme une priorité. Reste à voir comment se concrétisera la réforme du mode de gouvernance promise.
La dissolution des partis marque un point de non-retour potentiel dans l’histoire politique récente du pays. Elle reflète les choix d’un régime qui privilégie la stabilité et la souveraineté sur la démocratie multipartite traditionnelle. L’avenir dira si cette voie permet de relever les défis immenses du Burkina Faso.
Ce développement s’accompagne d’autres annonces, comme l’adoption d’un nouveau plan de développement national, montrant que le pouvoir cherche à combiner mesures politiques et initiatives économiques pour consolider sa légitimité.
En somme, cette dissolution n’est pas un acte isolé, mais une pièce d’un puzzle plus large visant à redéfinir les fondements de l’État burkinabè. Les mois à venir révéleront les contours de cette nouvelle gouvernance sans partis politiques. Le pays entre dans une phase inédite, où l’unité proclamée sera mise à l’épreuve des réalités quotidiennes et des aspirations populaires.









