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Starmer et Xi : un Rapprochement Britannico-Chinois Vital

Keir Starmer s’est rendu à Pékin pour la première fois depuis des années afin de réchauffer les relations avec la Chine. Entre échanges cordiaux avec Xi Jinping, avancées concrètes sur les visas et le whisky, et discussions franches sur les droits humains, ce voyage marque-t-il vraiment un tournant ? La réponse se cache dans les détails...

Dans un monde où les alliances vacillent et où l’imprévisibilité règne en maître, un chef de gouvernement occidental a choisi de faire un pas audacieux vers Pékin. Keir Starmer, Premier ministre britannique, s’est rendu en Chine pour tenter de redessiner les contours d’une relation bilatérale abîmée par des années de crispations. Cette visite, la première d’un locataire de Downing Street depuis 2018, intervient à un moment où de nombreux dirigeants européens et occidentaux multiplient les déplacements vers l’Empire du Milieu.

Pourquoi maintenant ? Pourquoi la Grande-Bretagne, partenaire historique des États-Unis, décide-t-elle de tendre à nouveau la main à la deuxième puissance économique mondiale ? Les réponses se trouvent à la croisée de l’économie domestique britannique en difficulté, d’un contexte géopolitique mouvant et d’une volonté affichée de pragmatisme.

Un dialogue nécessaire dans un monde sous tension

Les deux dirigeants, Keir Starmer et Xi Jinping, se sont retrouvés au Palais du peuple pour un échange placé sous le signe de la coopération. Tous deux ont insisté sur l’importance de stabiliser et d’approfondir les relations sino-britanniques dans un contexte international marqué par de multiples crises. La guerre en Ukraine, les tensions commerciales mondiales et les incertitudes liées aux évolutions politiques américaines ont servi de toile de fond à cette rencontre.

Xi Jinping a présenté la Chine comme un acteur responsable, partisan du multilatéralisme et du libre-échange, en opposition implicite aux tendances protectionnistes observées ailleurs. De son côté, le Premier ministre britannique a défendu l’idée qu’il serait absurde pour son pays de tourner le dos à une économie aussi importante que celle de la Chine.

Les dossiers sensibles abordés sans faux-semblants

Malgré l’ambiance cordiale, les sujets qui fâchent n’ont pas été écartés. Keir Starmer a directement évoqué le sort de Jimmy Lai, entrepreneur et journaliste hongkongais détenteur d’un passeport britannique, actuellement emprisonné. Il a également soulevé la question de la situation des Ouïghours dans la région du Xinjiang.

Le dirigeant britannique a qualifié ces échanges de « respectueux » sans entrer dans les détails des réponses obtenues. Ces discussions, bien que difficiles, ont été présentées comme faisant partie intégrante d’un dialogue plus large et plus mature entre les deux pays.

« Il est vital de construire une relation plus sophistiquée dans laquelle nous identifions les opportunités de collaboration, tout en permettant un dialogue constructif sur les sujets sur lesquels nous ne sommes pas d’accord. »

Keir Starmer

Cette phrase résume parfaitement l’approche adoptée par Londres : pragmatisme économique sans renoncement total aux valeurs démocratiques et aux préoccupations relatives aux droits humains.

Avancées concrètes : visas et whisky en tête de liste

Sur le plan pratique, la visite a permis d’enregistrer plusieurs progrès tangibles. Downing Street a annoncé la mise en place prochaine d’une exemption de visa pour les séjours touristiques ou d’affaires de moins de 30 jours à destination de la Chine. Cette mesure, très attendue par les milieux d’affaires et les voyageurs, devrait faciliter les échanges humains et commerciaux.

Autre dossier économique sensible : les droits de douane imposés par Pékin sur le whisky écossais. Si les détails précis n’ont pas été communiqués, l’annonce d’avancées « vraiment bonnes » sur ce sujet laisse espérer une réduction ou une suppression prochaine de ces taxes punitives mises en place dans le cadre de différends commerciaux antérieurs.

  • Exemption de visa pour séjours < 30 jours
  • Progrès sur les droits de douane whisky écossais
  • Engagement commun pour la fin du conflit en Ukraine
  • Dialogue maintenu sur les questions relatives aux droits humains

Ces points concrets démontrent que, derrière les grandes déclarations diplomatiques, des négociations techniques ont porté leurs fruits.

Une délégation économique de poids

Keir Starmer ne s’est pas rendu en Chine seul. Une importante délégation d’une cinquantaine de chefs d’entreprise l’accompagnait, représentant des secteurs stratégiques : pharmacie, automobile, finance. Cette présence massive du monde des affaires souligne l’objectif principal de la visite : stimuler les échanges économiques et attirer des investissements chinois vers le Royaume-Uni, tout en facilitant l’accès des entreprises britanniques au marché chinois.

Parmi les annonces marquantes, le laboratoire pharmaceutique AstraZeneca a révélé son intention d’investir massivement en Chine : 15 milliards de dollars d’ici 2030. Cet engagement financier de long terme illustre la confiance que certaines grandes entreprises britanniques continuent de placer dans le potentiel du marché chinois malgré les incertitudes géopolitiques.

Contexte géopolitique : l’ombre de Washington

Impossible d’évoquer ce rapprochement sans mentionner le grand absent : les États-Unis. Avec l’élection de Donald Trump et le retour d’une politique étrangère plus imprévisible, plusieurs capitales européennes cherchent à diversifier leurs partenariats stratégiques. Londres n’échappe pas à cette tendance.

Keir Starmer a toutefois tenu à rassurer sur la solidité de la relation transatlantique, qualifiée de « l’une des plus étroites » que possède le Royaume-Uni. Mais il a immédiatement ajouté qu’il serait « absurde » de se priver des opportunités offertes par la Chine, troisième partenaire commercial du pays.

Cette position d’équilibre délicat reflète la nouvelle realpolitik britannique post-Brexit : maximiser les opportunités économiques tout en préservant les alliances traditionnelles.

La Chine vue par Xi Jinping : partenaire fiable et multilatéral

Le président chinois a profité de l’occasion pour réaffirmer l’image que Pékin souhaite projeter sur la scène internationale : celle d’un pays attaché à l’ordre multilatéral, au libre-échange et à la coopération face aux défis communs. Il a implicitement critiqué « l’unilatéralisme » et le « protectionnisme galopant » observés dans certaines capitales occidentales.

Xi Jinping a également appelé à ouvrir un « nouveau chapitre » dans les relations sino-britanniques après plusieurs années marquées par des « revers ». Cette volonté affichée de tourner la page intervient alors que plusieurs autres dirigeants occidentaux ont récemment effectué le voyage à Pékin, témoignant d’un mouvement plus large de réengagement avec la Chine.

Un symbole inattendu : le ballon de football

Dans un registre plus léger, Keir Starmer a offert à son homologue chinois un souvenir original : le ballon officiel du dernier match de Premier League opposant Arsenal à Manchester United. Ce geste, anodin en apparence, revêt une signification particulière : Xi Jinping est connu pour son intérêt pour le football et son soutien affiché à Manchester United.

Ce petit cadeau diplomatique illustre une volonté de cultiver des relations personnelles au-delà des dossiers officiels, une pratique classique de la diplomatie chinoise qui accorde une grande importance aux gestes symboliques et aux relations interpersonnelles.

Les limites du rapprochement

Malgré les sourires et les annonces positives, personne ne se fait d’illusion sur la profondeur des divergences persistantes. Les questions relatives à Hong Kong, au Xinjiang, à Taïwan ou à la mer de Chine méridionale restent des points de friction majeurs. La Grande-Bretagne, comme la plupart des démocraties occidentales, maintient ses critiques sur ces sujets.

Le défi pour les deux capitales sera donc de développer une coopération pragmatique dans les domaines où leurs intérêts convergent (économie, changement climatique, non-prolifération, stabilité financière mondiale) tout en gérant de manière civilisée leurs désaccords profonds sur les valeurs et les droits humains.

Vers un partenariat plus équilibré ?

La visite de Keir Starmer marque-t-elle le début d’une nouvelle ère dans les relations sino-britanniques ? Il est sans doute trop tôt pour le dire. Mais plusieurs éléments plaident en faveur d’un réchauffement pragmatique : l’importance économique de la Chine pour le Royaume-Uni, la nécessité de diversifier les partenariats dans un monde multipolaire, et la volonté affichée des deux parties de dépasser les contentieux des dernières années.

Reste à savoir si ce pragmatisme économique pourra résister aux pressions politiques internes au Royaume-Uni, aux évolutions de la politique américaine et aux développements sur les terrains où les deux pays ont des vues divergentes. La suite de la relation sino-britannique dépendra largement de la capacité des deux capitales à transformer les bonnes intentions affichées à Pékin en résultats concrets et durables.

Une chose est sûre : dans le paysage diplomatique actuel, le dialogue direct et régulier entre grandes puissances, même lorsqu’elles divergent profondément, constitue un élément stabilisateur précieux. La rencontre entre Keir Starmer et Xi Jinping s’inscrit dans cette logique de gestion responsable des rivalités et des compétitions dans un monde interconnecté et interdépendant.

Après Pékin, le Premier ministre britannique s’est envolé pour Tokyo, où les relations avec la Chine connaissent actuellement une période de fortes tensions. Ce voyage en deux étapes illustre parfaitement la complexité de la diplomatie britannique contemporaine : cultiver des partenariats économiques avec Pékin tout en renforçant les liens stratégiques avec des alliés partageant les mêmes valeurs dans la région indo-pacifique.

Le chemin s’annonce donc sinueux, mais la volonté de dialogue exprimée à Pékin constitue déjà une première étape significative dans la tentative britannique de redéfinir une relation équilibrée et mature avec la Chine du XXIe siècle.

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