Imaginez un cerveau qui tourne à mille à l’heure, où les idées fusent sans jamais vraiment s’arrêter, où chaque pensée appelle immédiatement la suivante. C’est exactement ce que vit Michel Cymes au quotidien depuis toujours, sans vraiment le savoir. Ce n’est que récemment, à un âge où beaucoup ralentissent, que le célèbre médecin-animateur a mis un nom sur ce tourbillon intérieur : le TDAH, ou trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité.
Le 28 janvier dernier, sur le plateau d’une émission quotidienne très suivie, il a choisi de parler ouvertement de cette réalité neurologique. Loin de se cacher derrière son statut de médecin, il a préféré partager son expérience personnelle avec une sincérité désarmante et une bonne dose d’humour. Ce témoignage rare a immédiatement résonné auprès de nombreuses personnes concernées.
Un diagnostic qui arrive sur le tard
Beaucoup imaginent encore que le TDAH ne concerne que les enfants turbulents à l’école. Pourtant, quand Michel Cymes évoque son propre parcours, il rappelle une réalité bien différente. Ce n’est qu’à l’âge adulte, et même plutôt avancé, qu’il a compris pourquoi son esprit fonctionnait si différemment.
Le déclencheur ? Une simple conversation téléphonique avec un ami pédopsychiatre. Ce dernier, spécialiste reconnu, préparait un ouvrage sur le TDAH chez l’adulte et cherchait des témoignages. En proposant à Michel Cymes de participer, il a provoqué un immense éclat de rire… suivi d’un déclic. Les signes étaient là depuis des décennies, mais personne n’avait pensé à relier les points.
Les premiers indices remontent à l’enfance
En repensant à son parcours scolaire et professionnel, Michel Cymes reconnaît aujourd’hui de nombreux marqueurs classiques. Difficulté à rester assis longtemps, idées qui partent dans tous les sens, impatience chronique, prise de parole impulsive… Autant de comportements souvent mal interprétés à l’époque.
« J’ai toujours eu 25 000 idées à la seconde », confie-t-il avec un sourire. Cette phrase résume parfaitement le vécu de nombreuses personnes TDAH : un flot incessant de pensées, une créativité débordante, mais aussi une grande difficulté à trier, prioriser, freiner.
La métaphore de la Formule 1 sans freins
Pour aider le public à visualiser ce fonctionnement cérébral particulier, le pédopsychiatre présent sur le plateau a utilisé une image forte : le cerveau TDAH ressemblerait à une voiture de Formule 1 dépourvue de freins. La puissance est là, la vitesse aussi, mais le contrôle demande un effort constant.
Cette analogie a immédiatement fait mouche. Elle explique pourquoi certaines personnes TDAH brillent dans des métiers très dynamiques, où la réactivité et la créativité priment, tandis que d’autres environnements plus structurés et monotones deviennent vite insupportables.
« Il y a beaucoup de monde dans mon cerveau. »
Michel Cymes
Cette petite phrase prononcée avec autodérision résume à elle seule le sentiment d’encombrement mental permanent que décrivent de nombreux adultes TDAH. Les pensées s’entrechoquent, se superposent, refusent de se taire.
Le TDAH en chiffres : une réalité plus répandue qu’on ne le croit
Contrairement aux idées reçues, ce trouble ne disparaît pas à l’âge adulte. Les estimations actuelles parlent de 3 % des adultes concernés en France, soit environ deux millions de personnes. Chez les enfants, le chiffre monte à 6 %. Cela signifie que dans n’importe quelle salle, plusieurs personnes vivent probablement la même réalité que Michel Cymes.
Ces chiffres montrent à quel point le sujet mérite d’être mieux connu et déstigmatisé. Parler ouvertement, comme l’a fait le médecin-animateur, contribue à faire évoluer les mentalités.
Une force cachée derrière les difficultés
Si le TDAH apporte son lot de défis au quotidien, il confère aussi des atouts non négligeables. Hyperfocus sur des sujets passionnants, pensée en arborescence, capacité à rebondir rapidement, créativité foisonnante… Beaucoup de personnalités publiques ont aujourd’hui choisi de revendiquer ce mode de fonctionnement comme un moteur plutôt qu’un handicap.
Michel Cymes lui-même reconnaît que cette manière d’être l’a aidé dans sa carrière télévisuelle. La capacité à réagir vite, à rebondir sur les interventions des chroniqueurs, à trouver des formules percutantes en direct : tout cela s’explique en partie par son profil neurologique.
Travailler à deux pour mieux canaliser l’impulsivité
Conscient de son impulsivité verbale, Michel Cymes a rapidement adopté une stratégie payante : ne jamais présenter seul une émission. Avoir une co-animatrice ou un co-animateur à ses côtés lui permet de compter sur quelqu’un capable de le recadrer en cas de dérapage ou de lui couper la parole quand une idée part trop loin.
« Je sais qu’il y a quelqu’un pour m’empêcher de dire des conneries, parce que ça peut sortir très vite », explique-t-il avec franchise. Cette lucidité sur ses propres fonctionnements est l’une des clés d’une bonne gestion du TDAH à l’âge adulte.
La dimension génétique : quand les enfants éclairent le parcours des parents
Autre élément important soulevé lors de l’entretien : la composante héréditaire très marquée du TDAH. Plusieurs enfants de Michel Cymes ont été suivis pour ce même trouble, ce qui a indirectement aidé leur père à mieux comprendre son propre fonctionnement.
Cette transmission familiale est fréquente. Quand un parent découvre son propre TDAH à travers le diagnostic de son enfant, le soulagement est souvent immense : soudain, de nombreux comportements incompréhensibles prennent sens.
Briser le tabou : pourquoi ce témoignage compte
En prenant la parole à 68 ans sur un sujet encore entouré de beaucoup de préjugés, Michel Cymes envoie un message fort : il n’est jamais trop tard pour se comprendre soi-même. Son témoignage prouve aussi qu’on peut avoir un TDAH et mener une carrière brillante, être reconnu et respecté.
« Ce n’est pas une honte d’être TDAH », a-t-il insisté. Cette phrase simple mérite d’être répétée encore et encore, tant elle peut libérer de nombreuses personnes qui vivent avec ce trouble en se sentant diminuées ou incomprises.
Vivre avec un cerveau en perpétuel mouvement
Au-delà des plateaux de télévision, comment s’organise concrètement le quotidien quand on a un TDAH ? Michel Cymes évoque pêle-mêle : listes interminables (souvent oubliées), difficulté à commencer les tâches administratives, hyperfocus sur des sujets passionnants au détriment du reste, sensation permanente d’être en retard quelque part.
Mais il parle aussi des stratégies mises en place au fil des années : s’entourer de personnes structurées, externaliser au maximum les tâches rébarbatives, choisir des métiers stimulants, accepter de ne pas tout faire parfaitement… Autant de petites astuces qui font la différence.
Le TDAH chez l’adulte : des symptômes qui évoluent
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, l’hyperactivité physique diminue souvent avec l’âge. Chez l’adulte, le trouble se manifeste davantage par une agitation intérieure, une impatience chronique, une difficulté à se poser, une sensation de toujours courir après le temps.
L’inattention reste très présente : oublier des rendez-vous, perdre ses affaires, commencer dix projets sans en terminer aucun, se laisser distraire par le moindre stimulus… Autant de réalités que Michel Cymes a reconnues dans son propre parcours.
Un mouvement plus large de libération de la parole
Le témoignage de Michel Cymes s’inscrit dans une tendance de fond : de plus en plus de personnalités publiques parlent ouvertement de leur santé mentale et de leurs particularités neurologiques. Chanteurs, humoristes, acteurs, sportifs… chacun à leur manière contribue à dédramatiser ces sujets.
Cette visibilité accrue permet à de nombreuses personnes anonymes de se reconnaître, de consulter, d’obtenir un diagnostic et surtout d’arrêter de se sentir « bizarres » ou « cassées ». Le simple fait de mettre des mots sur ce qu’on vit représente déjà un immense soulagement.
Vers une meilleure compréhension collective
Le parcours de Michel Cymes montre qu’un diagnostic tardif n’empêche pas de vivre pleinement, de réussir professionnellement et d’être heureux. Il prouve aussi que la compréhension de soi arrive parfois sur le tard, mais qu’elle arrive.
En vulgarisant ces notions complexes avec sa pédagogie habituelle, le médecin-animateur rend un fier service à la communauté TDAH. Il rappelle que derrière les difficultés se cachent souvent des potentiels extraordinaires quand ils sont correctement accompagnés et compris.
Le TDAH n’est ni une excuse, ni une fatalité. C’est un mode de fonctionnement cérébral différent, avec ses ombres et ses lumières. Le témoignage de Michel Cymes nous invite à regarder ces particularités avec bienveillance, curiosité et surtout sans jugement.
Et vous, avez-vous déjà ressenti ce flot incessant d’idées, cette impression d’avoir plusieurs postes de radio allumés en même temps dans votre tête ? Peut-être est-il temps, comme Michel Cymes, d’oser poser les bonnes questions à ceux qui savent écouter.
Car au final, comprendre son cerveau, c’est déjà commencer à le libérer.









