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Mozambique Relance Son Méga-Projet Gazier Après 5 Ans

Après cinq ans d'arrêt forcé suite à une attaque meurtrière, le méga-projet gazier Mozambique LNG repart enfin. TotalEnergies annonce la reprise complète... mais à quel prix pour le pays et le marché mondial ? La suite pourrait changer la donne énergétique en Afrique.
Le Mozambique vient de tourner une page majeure de son histoire énergétique. Après une suspension de près de cinq ans due à une violente attaque jihadiste, le projet Mozambique LNG, piloté par le géant énergétique français TotalEnergies, reprend officiellement ses activités. Cette annonce, faite lors d’une cérémonie en présence du président mozambicain Daniel Chapo et du PDG Patrick Pouyanné, marque un tournant pour l’économie du pays et pour le marché mondial du gaz naturel liquéfié.

Un projet colossal qui redémarre enfin

Imaginez un investissement privé de plus de 20 milliards de dollars, capable de transformer un pays en l’un des plus grands exportateurs de gaz au monde. C’est précisément ce que représente le projet Mozambique LNG, situé dans la province septentrionale de Cabo Delgado, à la frontière avec la Tanzanie. Ce gisement sous-marin immense promettait de propulser le Mozambique sur la scène énergétique internationale dès 2025. Mais la réalité a été bien différente.

En mars 2021, une attaque jihadiste meurtrière sur la ville de Palma, proche du site, a tout changé. Près de 800 personnes ont perdu la vie dans cet assaut brutal. TotalEnergies a alors déclaré l’état de force majeure, stoppant net les travaux. Le projet, considéré comme le plus important investissement privé dans les infrastructures énergétiques en Afrique, est resté en suspens pendant presque cinq ans.

Aujourd’hui, la donne a évolué. La force majeure a été levée en octobre dernier, et la relance complète a été officialisée ce jeudi. Patrick Pouyanné n’a pas caché sa satisfaction : « Je suis ravi d’annoncer la relance complète du projet Mozambique LNG. La force majeure est levée. »

Les enjeux économiques pour le Mozambique

Ce redémarrage n’est pas anodin pour un pays confronté à de multiples défis. Le Mozambique espère tirer de ce projet des milliers d’emplois directs et indirects, des recettes fiscales substantielles et un développement accéléré de ses infrastructures. La présidence mozambicaine a salué cette reprise comme « une étape significative pour l’économie nationale » et une preuve de confiance des partenaires internationaux dans le potentiel énergétique, institutionnel et humain du pays.

Les réserves de gaz offshore dans le bassin du Rovuma sont parmi les plus importantes découvertes ces dernières décennies. Elles pourraient positionner Maputo comme un acteur clé sur le marché mondial du GNL, aux côtés de géants comme le Qatar, les États-Unis ou l’Australie. À terme, le pays vise à exporter massivement vers l’Asie et l’Europe, où la demande en gaz naturel liquéfié reste forte malgré la transition énergétique.

Mais ce potentiel immense s’accompagne de réalités complexes. Le retard accumulé a fait grimper les coûts. TotalEnergies a réclamé une compensation pour les surcoûts liés au délai, estimée à 4,5 milliards de dollars. L’entreprise demande également une extension de la concession de dix ans, pour compenser les quatre ans et demi perdus. Ces négociations illustrent les tensions inhérentes aux méga-projets dans des contextes instables.

Le contexte sécuritaire à Cabo Delgado

La province de Cabo Delgado reste marquée par un conflit armé depuis 2017. Un groupe affilié à l’organisation État islamique y mène une insurrection qui a causé plus de 6 300 morts. Cette violence a non seulement provoqué l’arrêt du projet en 2021, mais continue de poser des questions sur la stabilité à long terme de la zone.

Les autorités mozambicaines, soutenues par des forces régionales et internationales, ont progressé dans la sécurisation de certaines zones, notamment autour du site d’Afungi. Cette amélioration a permis la levée de la force majeure et le retour progressif des activités. Pourtant, la vigilance reste de mise, car la menace persiste et pourrait influencer le rythme des travaux futurs.

Le projet intègre désormais des mesures renforcées de sécurité pour protéger les travailleurs, les infrastructures et les communautés locales. Ces adaptations montrent à quel point la gestion des risques est devenue centrale dans les stratégies des opérateurs énergétiques en Afrique subsaharienne.

Impacts sur le marché mondial du gaz

Le redémarrage de Mozambique LNG arrive à un moment où le marché du GNL connaît des tensions. Les prix restent volatils, influencés par la demande asiatique croissante, les disruptions en Europe et les nouveaux projets qui peinent à démarrer. Avec une capacité prévue de plusieurs millions de tonnes par an, ce projet pourrait contribuer à stabiliser l’offre mondiale dès la fin de la décennie.

Initialement prévu pour une première livraison en 2024, le calendrier a glissé. Les premières cargaisons sont désormais attendues pour 2029. Ce décalage reflète les défis des grands projets gaziers : inflation des coûts, renégociations contractuelles et aléas géopolitiques. Pourtant, l’engagement renouvelé des partenaires internationaux démontre une confiance persistante dans le potentiel mozambicain.

Pour l’Afrique, ce projet symbolise les opportunités et les pièges de l’exploitation des ressources naturelles. Il pourrait générer des revenus massifs pour financer le développement, mais exige une gouvernance solide pour éviter la « malédiction des ressources ». Le Mozambique se trouve à un carrefour : transformer ses richesses en progrès durable ou risquer de nouveaux déséquilibres.

Les perspectives d’avenir et les défis à relever

La relance ouvre la voie à une phase intense de reconstruction et de développement. Les travaux reprendront progressivement, avec un accent sur la sécurité et l’intégration des communautés locales. Des milliers d’emplois devraient être créés, allant de la construction aux opérations futures.

Le projet inclut également des engagements sociaux et environnementaux. Des programmes de formation, de santé et d’infrastructures locales sont prévus pour maximiser les bénéfices pour la population. Ces initiatives visent à répondre aux critiques souvent adressées aux grands projets extractifs en Afrique.

Sur le plan environnemental, l’exploitation du gaz soulève des interrogations dans un contexte de lutte contre le changement climatique. Le GNL est présenté comme une énergie de transition, moins émettrice que le charbon, mais sa chaîne de valeur reste carbonée. Le Mozambique devra équilibrer ambitions économiques et engagements climatiques internationaux.

Enfin, ce projet pourrait catalyser d’autres investissements dans le secteur énergétique mozambicain. D’autres opérateurs observent de près l’évolution à Cabo Delgado, prêts à engager des ressources si la stabilité se confirme. Le succès de Mozambique LNG pourrait ouvrir une nouvelle ère pour l’exploration gazière en Afrique de l’Est.

En conclusion, la relance de ce méga-projet n’est pas seulement une victoire technique ou financière. Elle représente un pari sur l’avenir du Mozambique, sur sa capacité à surmonter les crises et à transformer ses ressources en opportunités pour tous. Les mois à venir seront décisifs pour voir si cette promesse se concrétisera pleinement.

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