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Condamnation à 15 Ans pour Complot d’Assassinat d’une Dissidente Iranienne

Un homme vient d’être condamné à 15 ans de prison pour avoir projeté d’assassiner Masih Alinejad, la journaliste iranienne qui défie Téhéran depuis New York. Derrière ce complot : les Gardiens de la révolution. Mais l’histoire ne s’arrête pas là…

Imaginez une femme qui, depuis des années, défie l’un des régimes les plus répressifs au monde depuis le sol américain. Elle utilise les réseaux sociaux pour encourager des milliers de femmes à ôter leur voile en public, elle dénonce sans relâche les violations des droits humains en Iran. Et un jour, elle apprend qu’un complot visant à l’éliminer physiquement a été déjoué de justesse. Cette femme existe. Elle s’appelle Masih Alinejad.

Mercredi, un tribunal de New York a prononcé une lourde condamnation dans une affaire qui dépasse largement les frontières d’un simple fait divers criminel. Un homme de 50 ans a écopé de 15 années de prison ferme pour son rôle dans un projet d’assassinat ciblant cette journaliste et militante iranienne-américaine très connue. Ce verdict n’est pas seulement une sanction pénale : il constitue un message clair adressé à un État étranger accusé d’exporter la violence sur le territoire américain.

Une menace venue de loin qui frappe au cœur de New York

L’arrestation de Carlisle Rivera remonte à novembre 2024. À ce moment-là, les autorités fédérales ont stoppé net ce qu’elles décrivent comme un plan mûrement réfléchi pour supprimer Masih Alinejad. L’homme n’a pas agi seul. Il faisait partie d’un réseau plus large, piloté depuis l’étranger, selon les enquêteurs.

Le nom qui revient constamment dans ce dossier est celui des Gardiens de la révolution islamique, cette force militaire idéologique qui joue un rôle central dans la République islamique d’Iran. Un individu basé en Iran, Farhad Shakeri, un Afghan de 51 ans, est accusé d’avoir recruté les exécutants sur le sol américain. Lui reste toujours en liberté.

Qui est Masih Alinejad, la cible désignée ?

Née en Iran, Masih Alinejad a quitté son pays en 2009. Très vite, elle s’est imposée comme l’une des voix les plus audibles de l’opposition au régime des mollahs. En 2014, elle lance sur les réseaux sociaux le mouvement MyStealthyFreedom, une campagne qui invite les femmes iraniennes à publier des photos d’elles-mêmes sans voile, défiant ainsi la loi sur le port obligatoire du hijab.

Aujourd’hui, son compte Instagram compte près de neuf millions d’abonnés. Un chiffre impressionnant qui montre à quel point son message résonne bien au-delà des frontières iraniennes. Mais cette visibilité a un prix : elle fait d’elle une cible prioritaire pour les autorités de Téhéran.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’elle échappe à un danger mortel. À l’été 2022, une autre tentative d’assassinat a été déjouée in extremis. Plus tôt, en 2018, un projet d’enlèvement avait également été neutralisé par les services de sécurité américains.

Le parcours judiciaire de l’affaire Rivera

Carlisle Rivera, 50 ans, a plaidé coupable dans le cadre de cette enquête. Le juge a estimé que sa participation active au projet méritait une peine sévère. Le procureur de New York n’a pas mâché ses mots dans son communiqué : cette condamnation doit servir d’avertissement à quiconque envisagerait de collaborer avec le régime iranien pour commettre des actes violents sur le territoire américain.

Un autre individu, Jonathan Loadholt, âgé de 36 ans au moment des faits, est également impliqué dans le même projet. Sa sentence sera prononcée en avril 2026. Ces deux noms américains contrastent avec l’origine étrangère du commanditaire présumé, ce qui rend l’affaire encore plus sensible sur le plan diplomatique.

Contexte plus large : l’Iran et les opérations à l’étranger

Cette condamnation intervient dans un climat de tensions extrêmes entre Washington et Téhéran. Les autorités américaines ont déjà accusé à plusieurs reprises l’Iran d’orchestrer des complots sur leur sol, non seulement contre des dissidents, mais aussi contre d’autres personnalités. Certaines enquêtes ont même évoqué des menaces visant d’anciens responsables politiques américains.

Les Gardiens de la révolution, classés organisation terroriste par les États-Unis depuis 2019, sont régulièrement pointés du doigt dans ce type d’affaires. Leur bras armé à l’étranger, la Force Al-Qods, est soupçonnée de coordonner ce genre d’opérations.

L’Iran a toujours démenti ces accusations, les qualifiant de fabrications destinées à justifier une politique hostile. Pourtant, les dossiers s’accumulent : tentatives d’assassinat, projets d’enlèvement, campagnes de cyberharcèlement contre des opposants en exil.

La réaction de Masih Alinejad après le verdict

À la sortie du tribunal, Masih Alinejad s’est exprimée avec force. Elle a appelé les autorités américaines à passer à l’action contre le pouvoir iranien. Ses mots ont été particulièrement directs : elle a demandé d’arrêter le guide suprême Ali Khamenei de la même façon que le dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro a été traité début janvier.

« Les États-Unis doivent agir contre le pouvoir iranien et arrêter Ali Khamenei de la même manière que Nicolás Maduro. »

Ces déclarations interviennent quelques heures seulement après une déclaration du président Donald Trump affirmant que « le temps était compté » avant une éventuelle action militaire américaine contre l’Iran. Le timing donne une dimension supplémentaire à l’affaire.

Pourquoi cette affaire dépasse le simple cadre criminel

Ce qui frappe dans ce dossier, c’est l’imbrication entre criminalité organisée, espionnage d’État et répression transnationale. On ne parle plus seulement d’un crime de droit commun, mais d’une tentative d’exporter la répression politique sur le sol d’un autre pays.

Pour les dissidents iraniens en exil, c’est une menace permanente. Beaucoup vivent sous protection, changent régulièrement d’adresse, limitent leurs apparitions publiques. Masih Alinejad fait partie de ceux qui refusent de se taire malgré le danger.

Son combat pour la liberté des femmes iraniennes, symbolisé par le mouvement contre le voile obligatoire, touche une corde sensible dans une société où la contestation du hijab est devenue l’un des marqueurs les plus visibles de la révolte contre le régime.

Les implications pour la sécurité des exilés iraniens

Les États-Unis abritent une importante communauté iranienne, dont beaucoup sont des opposants politiques. Depuis plusieurs années, les services de sécurité renforcent leur vigilance autour de ces personnes. Des figures publiques comme Masih Alinejad bénéficient d’une protection rapprochée.

Mais la menace ne vient pas seulement d’exécutants recrutés localement. Les campagnes de désinformation, les cyberattaques et les pressions sur les familles restées en Iran font également partie de l’arsenal utilisé pour faire taire les voix critiques.

Chaque condamnation comme celle de Carlisle Rivera est donc vécue comme une petite victoire par ceux qui vivent dans la peur permanente d’une représaille.

Un rappel de la liberté d’expression en danger

Au-delà du volet sécuritaire, cette affaire pose une question fondamentale : jusqu’où un État peut-il aller pour réduire au silence ses opposants installés à l’étranger ? Utiliser la violence physique contre des journalistes ou des militants est une ligne rouge que la communauté internationale affirme ne pas vouloir tolérer.

Masih Alinejad incarne cette lutte. En continuant à parler, à publier, à mobiliser, elle défie directement ceux qui voudraient la faire taire. Sa visibilité devient sa protection, même si elle augmente paradoxalement les risques.

Le verdict de New York montre que la justice américaine entend répondre fermement à ces tentatives. Quinze ans de prison ne sont pas une peine légère. Ils traduisent une volonté de dissuasion.

Vers une escalade diplomatique ?

Dans le contexte actuel, cette condamnation pourrait avoir des répercussions plus larges. Les relations entre Washington et Téhéran sont déjà au plus bas. Les déclarations récentes du président américain sur une possible action militaire ne font qu’ajouter de l’huile sur le feu.

Certains observateurs estiment que les États-Unis pourraient accentuer la pression sur le régime iranien, notamment via de nouvelles sanctions ou un soutien accru aux opposants en exil. D’autres craignent au contraire une montée des tensions qui rendrait la situation encore plus dangereuse pour les dissidents.

Quoi qu’il en soit, l’affaire Rivera restera comme un épisode marquant dans la longue liste des confrontations indirectes entre les deux pays.

Le courage face à la peur

Masih Alinejad aurait pu choisir le silence. Elle aurait pu vivre discrètement, loin des projecteurs. Au lieu de cela, elle a décidé de continuer à parler, à écrire, à filmer. Chaque publication est un acte de résistance.

Dans un monde où les régimes autoritaires cherchent de plus en plus à étendre leur contrôle au-delà de leurs frontières, son parcours rappelle que la liberté d’expression reste un combat quotidien, parfois mortel.

La condamnation à 15 ans de prison de Carlisle Rivera ne mettra probablement pas fin aux menaces. Mais elle prouve que ceux qui acceptent de devenir les instruments de cette répression transnationale peuvent être jugés et punis sévèrement.

Pour Masih Alinejad et des milliers d’autres exilés, le message est clair : ils ne sont pas seuls. Et tant qu’ils continueront à lever la voix, le combat pour les droits humains en Iran restera vivant.

Le chemin est encore long. Les tensions géopolitiques ne facilitent rien. Mais chaque verdict, chaque arrestation, chaque condamnation contribue à construire un rempart autour de ceux qui refusent de plier.

Et tant que des femmes comme Masih Alinejad continueront à marcher tête haute, sans voile et sans peur, le régime de Téhéran saura qu’il n’a pas encore gagné.

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