Imaginez un pays plongé dans le chaos depuis des années, un dirigeant historique soudainement arraché à son palais par une opération extérieure fulgurante, et quelques semaines plus tard, le même pays devient le théâtre d’une diplomatie aussi pragmatique qu’inquiétante. C’est exactement la situation que vit le Venezuela en ce début d’année 2026. Les États-Unis, après avoir procédé à la capture de Nicolas Maduro, semblent désormais privilégier la coopération plutôt que la confrontation directe avec les nouvelles autorités en place.
Ce revirement apparent intrigue. D’un côté, Washington affiche une volonté de dialogue et de présence sur le terrain. De l’autre, les déclarations restent fermes, presque menaçantes. Au cœur de cette nouvelle phase : Marco Rubio, figure influente de la politique étrangère américaine, qui s’est exprimé avec clarté devant une commission parlementaire.
Un discours équilibré entre ouverture et fermeté
Marco Rubio a tenu à rassurer tout en maintenant la pression. Il a clairement indiqué que les États-Unis n’envisageaient pas, à ce stade, une intervention militaire au Venezuela. Cette précision n’est pas anodine dans un contexte où les soupçons d’une escalade armée ont circulé ces dernières semaines.
« Nous ne sommes pas prêts à mener une action militaire, nous n’avons pas l’intention de le faire et nous ne prévoyons pas d’avoir à le faire », a-t-il déclaré. Ces mots marquent une rupture avec les déclarations plus agressives diffusées auparavant, où la menace de recours à la force avait été explicitement évoquée en cas de non-coopération.
La capture de Maduro : un tournant historique
L’arrestation de Nicolas Maduro début janvier reste l’événement déclencheur de toute cette séquence. Emmené aux États-Unis et inculpé pour narcotrafic, l’ancien président chaviste incarne désormais une page tournée – ou du moins en voie de l’être – pour beaucoup d’observateurs.
Cette opération spectaculaire a coûté plusieurs centaines de millions de dollars. Elle a également suscité de vives critiques, notamment de la part de certains élus démocrates qui estiment que le régime chaviste reste en place, simplement sous une forme intérimaire différente.
« Nous avons troqué un dictateur contre un autre. »
Une sénatrice américaine lors de l’audition
Cette formule résume bien le scepticisme d’une partie de la classe politique américaine face à la nouvelle donne vénézuélienne.
Delcy Rodriguez, figure centrale du pouvoir intérimaire
Depuis le 5 janvier, c’est Delcy Rodriguez, ancienne vice-présidente sous Maduro, qui assure l’intérim à la tête de l’État. Toujours sous le coup de sanctions américaines, elle dirige un exécutif qui tente de naviguer entre les exigences de Washington et les impératifs internes.
Elle a publiquement rejeté l’idée que Caracas reçoive désormais des « ordres » de Washington. Pourtant, les faits montrent une coopération croissante : signature d’accords pétroliers, réforme législative sur les hydrocarbures, libération de prisonniers politiques, appels à la négociation avec l’opposition… Autant de gestes qui traduisent une volonté de désescalade.
Marco Rubio a salué ces avancées, tout en reconnaissant la difficulté de la tâche. Il a décrit les autorités actuelles comme des personnes ayant longtemps évolué dans un « paradis pour gangsters ». Selon lui, les progrès sont réels, même s’ils restent lents et imparfaits.
Le pétrole, levier stratégique majeur
Au centre des négociations : le pétrole vénézuélien. Longtemps frappé de sanctions sévères, il représente la principale source de revenus du pays. Les États-Unis ont accepté de lever partiellement ces restrictions, mais sous conditions très strictes.
Les autorités intérimaires peuvent désormais commercialiser le brut sanctionné au prix du marché. En échange, l’intégralité des fonds générés doit être déposée sur un compte supervisé par Washington. Cet argent ne peut être utilisé que dans l’intérêt direct de la population vénézuélienne.
- Commercialisation autorisée du pétrole sous sanctions
- Dépôt obligatoire des revenus sur compte supervisé
- Utilisation exclusive pour le bien-être du peuple vénézuélien
- Contrôle américain sur les flux financiers
Ce mécanisme donne aux États-Unis un levier considérable sur l’économie vénézuélienne. Certains y voient la véritable motivation de l’opération militaire initiale : sécuriser l’accès au pétrole tout en affaiblissant durablement le chavisme.
Retour d’une présence diplomatique américaine
Autre signal fort : la nomination de Laura Dogu comme chargée d’affaires des États-Unis au Venezuela. Ancienne ambassadrice au Nicaragua et au Honduras, elle est pour l’instant basée à Bogota, en Colombie. Mais l’objectif affiché est clair : ouvrir rapidement une représentation diplomatique à Caracas.
Cette présence permettrait d’obtenir des informations en temps réel, d’interagir directement avec les autorités et la société civile. Elle marque la fin officielle de la rupture diplomatique de 2019 et ouvre une nouvelle ère dans les relations bilatérales.
Marco Rubio a insisté sur l’importance de cette étape : « Nous devons être en mesure d’ouvrir une représentation diplomatique américaine dans un avenir proche. »
Une relation ambiguë avec l’opposition
Parallèlement, Washington entretient des contacts avec Maria Corina Machado, figure emblématique de l’opposition et lauréate du Prix Nobel de la Paix. Pourtant, pour l’instant, la priorité semble donnée aux autorités intérimaires plutôt qu’à une opposition qui reste fragmentée.
Marco Rubio devait rencontrer Maria Corina Machado à huis clos juste après son audition au Sénat. Cette rencontre illustre la prudence américaine : soutenir symboliquement l’opposition tout en négociant concrètement avec ceux qui contrôlent effectivement le pouvoir aujourd’hui.
Critiques et doutes persistants
Malgré les discours optimistes, le scepticisme demeure. Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une coopération jugée « tactique et temporaire ». La sénatrice Jeanne Shaheen a notamment rappelé que le régime Maduro semblait toujours aux commandes, même sous une forme intérimaire.
« Sa coopération semble tactique et temporaire, et ne constitue pas un véritable changement dans l’alignement du Venezuela », a-t-elle analysé. Cette critique pointe le risque d’un simple changement de façade sans transformation profonde des structures de pouvoir.
Vers une normalisation contrôlée ?
Le Venezuela se trouve aujourd’hui à un carrefour historique. D’un côté, la coopération avec Washington permet d’alléger certaines sanctions et de relancer partiellement l’économie pétrolière. De l’autre, elle s’accompagne d’un contrôle extérieur inédit sur les finances publiques et d’une tutelle de fait sur les grandes décisions stratégiques.
Delcy Rodriguez tente de préserver une marge de manœuvre en affirmant publiquement son rejet des « ordres » américains. Mais les gestes concrets – accords pétroliers, réformes législatives, libérations de prisonniers – montrent que la marge de négociation reste étroite.
Marco Rubio, architecte reconnu de la politique vénézuélienne de l’administration actuelle, semble convaincu que cette voie pragmatique porte ses fruits. Il évoque des « conversations directes et respectueuses » avec ceux qui contrôlent le pays. Pour lui, les progrès sont « satisfaisants », même s’ils demandent du temps.
Les implications régionales et internationales
Ce qui se joue au Venezuela dépasse largement les frontières du pays. Toute évolution à Caracas a des répercussions majeures sur la stabilité régionale, les flux migratoires, le trafic de drogue et l’influence géopolitique dans l’hémisphère occidental.
La Colombie, pays voisin et base actuelle de la chargée d’affaires américaine, suit évidemment la situation de très près. Les autres capitales latino-américaines observent également avec attention ce mélange inédit de fermeté et de pragmatisme de la part de Washington.
Sur la scène internationale, cette séquence renforce l’image d’une Amérique qui n’hésite pas à employer la force pour atteindre ses objectifs, mais qui sait aussi négocier quand cela sert ses intérêts.
Un avenir encore incertain
Le Venezuela de 2026 reste un pays profondément marqué par des années de crise. La capture de Maduro n’a pas mis fin aux divisions internes ni aux défis économiques colossaux. Les autorités intérimaires doivent jongler entre des attentes populaires immenses, une opposition toujours active et un partenaire américain exigeant.
Marco Rubio a raison sur un point : la transformation ne se fera pas en une nuit. Les habitudes, les réseaux de pouvoir, les intérêts établis depuis des décennies ne disparaissent pas du jour au lendemain.
Mais les signaux envoyés ces dernières semaines – coopération accrue, assouplissement ciblé des sanctions, retour diplomatique annoncé – indiquent que Washington a choisi, au moins temporairement, la voie de la stabilisation contrôlée plutôt que celle d’un changement de régime brutal et potentiellement chaotique.
Reste à savoir si cette stratégie portera réellement ses fruits ou si elle ne fera que reporter les tensions à plus tard. Le Venezuela continue de vivre une période charnière dont les conséquences se feront sentir bien au-delà de ses frontières.
Pour l’instant, la prudence et le pragmatisme semblent l’emporter. Mais dans un pays où l’imprévisible est devenu la norme, rien n’est jamais acquis.
« Nous faisons des progrès satisfaisants, mais cela ne va pas se faire du jour au lendemain. »
— Marco Rubio
Ce qui est certain, c’est que le Venezuela reste au cœur de l’actualité internationale. Chaque déclaration, chaque accord, chaque geste est scruté avec attention. La suite s’annonce passionnante… et incertaine.









