Imaginez un stade rempli de silence, seulement troublé par des sanglots retenus et le vent qui fait claquer les drapeaux. Des centaines de visages tournés vers un cercueil recouvert du drapeau bleu et blanc. C’est dans cette atmosphère lourde d’émotion que la nation israélienne a dit adieu à celui qui était devenu, malgré lui, le symbole d’une souffrance collective qui a duré plus de deux ans.
Ce mercredi, le pays a enterré son dernier otage ramené de Gaza. Ran Gvili, jeune policier de 24 ans, tué lors de l’attaque du 7 octobre 2023, puis emmené dans l’enclave palestinienne, repose enfin sur sa terre natale. Ce moment marque la fin d’un chapitre particulièrement douloureux de l’histoire récente d’Israël.
Un hommage national chargé d’émotions
La cérémonie s’est déroulée à Meitar, la ville où Ran a grandi. Dès les premières heures, des convois militaires ont traversé le pays, salués par des citoyens massés le long des routes. Des familles, des enfants, des anciens, tous portaient souvent ce fameux ruban jaune devenu l’emblème de l’espoir et de l’attente.
Devant le cercueil, la mère de Ran, Talik, s’est exprimée avec une force déchirante. Elle a raconté comment, pendant plus de deux ans, elle avait parlé à son fils absent, comment il était devenu l’enfant de toute une nation. Ses mots ont résonné dans le cœur de tous ceux qui assistaient à la scène.
J’espérais que tu rentres sur tes deux jambes, et cela m’a donné de la force.
Sa mère, Talik Gvili
Son frère Omri a, lui aussi, pris la parole pour qualifier Ran de héros et de fierté nationale. Ces mots simples mais puissants ont cristallisé le sentiment général : celui d’une perte immense, mais aussi d’une dignité retrouvée.
La présence marquante du président Herzog
Isaac Herzog, président de l’État d’Israël, s’est tenu aux côtés de la famille. Dans un geste rare, il a publiquement demandé pardon de ne pas avoir pu être là pour protéger Ran. Ce moment de vulnérabilité d’un haut responsable a ajouté une couche supplémentaire d’humanité à la cérémonie.
Le portrait géant de Ran, affiché sur l’estrade, rappelait à tous la jeunesse fauchée. À seulement 24 ans, ce policier défendait son kibboutz quand l’attaque a eu lieu. Il est mort en héros, les armes à la main, avant d’être emmenagé à Gaza.
Le parcours du corps de Ran Gvili
Le rapatriement du corps a eu lieu lundi, après que l’armée israélienne a fouillé un cimetière dans le nord de la bande de Gaza. Le Hamas avait transmis des informations sur l’emplacement, présenté comme un geste de bonne volonté dans le cadre du cessez-le-feu en vigueur depuis le 10 octobre dernier.
Le cercueil est d’abord arrivé à la base militaire de Shoura, où une haie d’honneur composée de policiers l’a salué. Puis le cortège s’est dirigé vers le sud, sous les regards de centaines de personnes venues spontanément rendre hommage.
Ce retour solennel contraste avec les conditions dans lesquelles Ran avait été enlevé : une attaque brutale, des kibboutzim dévastés, et 251 personnes kidnappées ce jour funeste du 7 octobre 2023.
Le bilan humain du 7 octobre et de la captivité
Sur les 251 otages emmenés à Gaza, 207 avaient été pris vivants. Parmi eux, 41 sont morts ou ont été tués durant leur captivité. Ran Gvili était le dernier dont le corps n’avait pas encore été restitué dans le cadre de l’accord de trêve.
Cet accord, obtenu sous forte pression internationale, notamment américaine, a permis le retour progressif des corps et des vivants. Avec la restitution de Ran, une page se tourne. Le Forum des familles d’otages a pu déclarer officiellement qu’il n’y avait plus d’otages à Gaza.
Nous pouvons enfin dire : il n’y a plus d’otages à Gaza.
Le Forum des familles
Cette annonce, attendue depuis si longtemps, apporte un soulagement mêlé de tristesse infinie. Chaque famille a payé un prix différent, mais toutes ont porté le même fardeau.
La voix d’un artiste réserviste
Pour clore la cérémonie, Idan Amedi, connu pour son rôle dans une série policière très populaire, a interprété l’une de ses chansons intitulée Nigmar, qui signifie « c’est terminé ». Lui-même réserviste, il avait participé aux opérations de recherche de Ran.
Sa voix grave a résonné sous le ciel gris, comme un point final musical à une tragédie nationale. Ce choix n’était pas anodin : l’artiste incarnait à la fois le deuil et l’espoir d’une forme de paix.
Le discours du Premier ministre Netanyahu
Benjamin Netanyahu s’est également exprimé lors de ces funérailles nationales. Il a qualifié Ran de héros d’Israël et a réaffirmé la détermination du pays à poursuivre ses objectifs stratégiques : désarmer le Hamas et démilitariser Gaza.
Que nos ennemis sachent que quiconque lève la main sur Israël paiera un prix exorbitant.
Benjamin Netanyahu
Il a également évoqué le plan en plusieurs étapes, soutenu par le Conseil de sécurité de l’ONU, qui prévoit un retrait progressif des forces israéliennes et le déploiement d’une force internationale de stabilisation.
Une trêve fragile dans un territoire en ruines
À Gaza, la situation reste extrêmement tendue. Les deux camps s’accusent mutuellement de violations quotidiennes de la trêve. Les 2,2 millions d’habitants du territoire vivent une crise humanitaire majeure : manque d’eau, de nourriture, d’électricité, hôpitaux saturés.
Ce cessez-le-feu, s’il tient, pourrait ouvrir la voie à une reconstruction longue et complexe. Mais la méfiance reste totale des deux côtés.
Ce que représente vraiment ce retour
Pour beaucoup d’Israéliens, ramener Ran chez lui, même en cercueil, signifie clore un cycle de douleur. Une femme de 44 ans, venue assister à la cérémonie, a confié qu’elle aurait préféré un retour vivant, mais qu’elle était soulagée de savoir qu’il pouvait enfin reposer en paix.
Ce sentiment partagé explique pourquoi des milliers de personnes ont bravé le froid et la grisaille pour être présentes. C’était plus qu’un enterrement : c’était une catharsis nationale.
L’impact psychologique sur la société israélienne
Depuis le 7 octobre 2023, la société israélienne vit avec une blessure ouverte. Chaque histoire d’otage, chaque vidéo, chaque annonce a ravivé la douleur collective. Le retour de Ran permet une forme de deuil collectif, même s’il reste incomplet pour les familles qui n’ont pas récupéré leurs proches en vie.
Les enfants qui ont grandi en entendant parler de ces captifs, les parents qui ont manifesté pendant des mois, tous portent désormais une nouvelle étape dans leur processus de résilience.
Vers une nouvelle phase politique ?
Ce moment intervient alors que le plan en plusieurs phases, initié sous l’impulsion américaine, semble gagner en crédibilité. Le désarmement du Hamas reste l’objectif numéro un pour Israël, tandis que la communauté internationale insiste sur la nécessité d’une gouvernance alternative à Gaza.
Le déploiement d’une force de stabilisation internationale représente un défi diplomatique majeur. Qui la composerait ? Sous quel mandat ? Ces questions restent en suspens.
Le symbole du ruban jaune
Partout dans la foule, le ruban jaune flottait. Ce petit morceau de tissu est devenu bien plus qu’un accessoire : il incarne l’espoir, la solidarité, la mémoire. Même après la fin officielle de la crise des otages, il continuera probablement d’être porté en souvenir.
Pour certains, il représente aussi un rappel douloureux que la paix reste fragile et que d’autres crises peuvent surgir à tout moment.
Conclusion : une nation en deuil, mais résiliente
Le dernier otage est rentré. Ran Gvili repose désormais auprès des siens. Sa mort tragique et son long exil posthume ont marqué une génération entière. Mais son retour permet aussi de regarder vers l’avant, même si la route reste semée d’embûches.
Ce mercredi à Meitar, ce n’était pas seulement un enterrement. C’était une nation qui se recueillait, qui pleurait, qui se souvenait et qui, malgré tout, choisissait de continuer. Parce que c’est ce que font les peuples qui ont traversé l’indicible : ils honorent leurs morts et ils avancent.
Et dans ce silence chargé d’émotion, sous un ciel bas et gris, une certitude émerge : Ran Gvili ne sera jamais oublié.
« Aujourd’hui, mon frère, ce héros, est rentré à la maison… tu es la fierté de toute une nation. »
Omri Gvili
Ce témoignage résume à lui seul la profondeur du lien qui unit une nation à l’un des siens, même après la mort.









