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Vitalik Buterin Adopte la Vérification « Mountain Man » sur Ethereum

Vitalik Buterin fait volte-face : il embrasse désormais la vérification "mountain man" qu'il critiquait en 2017. Grâce aux zk-proofs, chacun pourrait vérifier la blockchain seul depuis sa cabane isolée. Mais pourquoi ce revirement radical aujourd'hui ?

Imaginez un instant : vous êtes seul au sommet d’une montagne, loin de tout réseau, sans électricité stable, et pourtant capable de vérifier par vous-même que chaque transaction sur Ethereum est parfaitement légitime. Cette vision, longtemps considérée comme utopique ou extrémiste, est aujourd’hui défendue par nul autre que Vitalik Buterin, le cofondateur d’Ethereum. Ce revirement spectaculaire marque un tournant philosophique et technique majeur dans l’univers de la blockchain.

Un changement de paradigme annoncé par Vitalik lui-même

Le 26 janvier 2026, Vitalik Buterin a publié un message qui a immédiatement fait réagir toute la communauté crypto. Il y annonce explicitement ne plus être d’accord avec un tweet qu’il avait posté en 2017. À l’époque, il s’opposait fermement à l’idée défendue par le cryptographe Ian Grigg selon laquelle les blockchains ne devraient conserver que l’ordre des transactions sans stocker l’état complet. Pour le jeune Vitalik d’alors, cela revenait à obliger les utilisateurs à faire confiance à des tiers ou à exécuter un nœud complet extrêmement lourd.

Neuf années plus tard, le ton a radicalement changé. « Depuis 2017, je suis devenu un bien plus grand amateur de montagnes », plaisante-t-il, en référence au concept du « mountain man » : cet utilisateur ultime, isolé, qui refuse de déléguer la moindre confiance et vérifie tout par lui-même. Ce qui semblait alors irréaliste devient aujourd’hui une option sérieuse, voire indispensable selon lui.

Retour sur le débat originel de 2017

En 2017, Ian Grigg proposait une blockchain minimaliste : conserver uniquement la séquence des messages (transactions) et laisser chaque nœud reconstruire l’état à partir de zéro. Pas de soldes stockés, pas de contrats intelligents persistants dans les blocs. L’état serait éphémère, calculé à la demande puis jeté. Pour Buterin, cette approche posait un problème fondamental : soit vous exécutez un nœud complet retraçant toute l’histoire, soit vous faites confiance à quelqu’un d’autre.

Il défendait alors la voie choisie par Ethereum : inclure l’état (soldes, stockage des contrats) directement dans les en-têtes de blocs, protégé par une preuve Merkle. Ainsi, sous l’hypothèse d’une majorité honnête des validateurs, n’importe qui pouvait prouver la validité d’une donnée d’état avec une petite preuve cryptographique. C’était déjà un progrès, mais cela reposait toujours sur la confiance dans le consensus global.

« Nous ne pouvons pas toujours répondre ‘appelez les développeurs’ quand les choses tournent mal. »

Vitalik Buterin, janvier 2026

Cette citation résume parfaitement la nouvelle philosophie : dans un monde réel fait de pannes, de censure et de centralisations inattendues, il faut une alternative crédible, même extrême.

Les zk-proofs : la « pilule magique » qui change tout

La grande révélation technologique qui permet ce revirement tient en quatre lettres : ZK. Les preuves à connaissance nulle, et plus précisément les ZK-SNARKs puis les ZK-STARKs, permettent aujourd’hui de vérifier qu’un calcul massif a été effectué correctement sans avoir à le refaire soi-même. C’est comme si vous pouviez prouver qu’une équation à un milliard d’inconnues a été résolue sans jamais la résoudre vous-même.

Les zk-rollups, ces solutions de couche 2 qui dominent aujourd’hui l’écosystème Ethereum, en sont l’illustration la plus concrète. Des centaines de milliers de transactions sont compressées en une seule preuve cryptographique vérifiable en quelques millisecondes sur la couche de base. Ce que Vitalik appelle « la pilule qui guérit toutes les maladies pour 15 dollars » existe enfin dans le monde de la blockchain.

Avant les zk-proofs matures, augmenter la scalabilité impliquait presque toujours de réduire la vérifiabilité par l’utilisateur final. Aujourd’hui, ces deux objectifs ne s’opposent plus. On peut avoir des blocs virtuellement illimités en données et une vérification individuelle ultra-légère.

Pourquoi le monde réel pousse à revoir nos certitudes

Vitalik liste plusieurs événements concrets qui ont érodé sa confiance dans les modèles théoriques trop optimistes :

  • Des pannes prolongées de réseaux peer-to-peer
  • Des latences qui passent soudainement de 200 ms à plusieurs secondes
  • Une concentration inquiétante des stakes chez quelques acteurs
  • Des épisodes de censure ciblée, notamment autour de Tornado Cash

Dans ces moments critiques, les réponses habituelles (« attendez que les validateurs se synchronisent », « les développeurs vont sortir un correctif ») ne suffisent plus. Quand le réseau est attaqué ou censuré, l’utilisateur doit pouvoir réagir seul. C’est là que la « cabane du mountain man » devient essentielle : pas un mode de vie quotidien, mais un plan B vital.

La cabane du mountain man : une BATNA indispensable

En termes de négociation, BATNA signifie « Best Alternative to a Negotiated Agreement » : la meilleure alternative si tout accord échoue. Pour Vitalik, la vérification complète autonome est la BATNA d’Ethereum face à la censure, aux pannes ou à la centralisation rampante.

Il ne s’agit pas de demander à chaque utilisateur de vivre en permanence comme un ermite numérique. Mais il faut que cette option existe réellement, soit techniquement viable et reste accessible même dans les scénarios les plus sombres. Maintenir cette capacité est, selon lui, une condition sine qua non pour que l’écosystème reste un « jardin infini » de possibilités plutôt qu’un monopole déguisé.

Conséquences concrètes pour l’écosystème Ethereum

Ce discours n’est pas qu’une réflexion philosophique. Il influence déjà plusieurs chantiers techniques majeurs :

  1. Amélioration continue des zkEVM pour rendre la vérification encore plus légère
  2. Travail sur les clients stateless et les proofs de validité universelles
  3. Recherche sur des formats de preuves post-quantiques résistants
  4. Incitation à la diversité des clients et à la géo-distribution des nœuds

Tous ces efforts convergent vers un même but : réduire la quantité de confiance nécessaire tout en augmentant la quantité de données traitées. Le rêve d’une blockchain que chacun peut vérifier depuis un vieux laptop, voire un téléphone, devient de plus en plus tangible.

Le marché perçoit-il déjà ce tournant ?

Le jour même de cette publication, Ether évoluait autour de 2 900 dollars avec un volume quotidien dépassant les 25 milliards. Ce niveau de prix et de liquidité reflète la perception croissante d’Ethereum comme infrastructure de règlement critique, où la résistance à la censure et la vérifiabilité forte comptent autant que la performance brute.

Les observateurs notent que les capitaux continuent d’affluer vers les solutions zk-rollups les plus avancées, signe que le marché intègre déjà les arguments de décentralisation radicale portés par Vitalik. La maturité des outils ZK semble avoir transformé une utopie en réalité technique atteignable.

Une leçon d’humilité technologique

Ce revirement public de Vitalik est aussi un rare exemple d’humilité dans un milieu où l’ego est souvent surdimensionné. Reconnaître qu’on s’est trompé, expliquer pourquoi, et montrer comment la technologie a évolué pour rendre possible ce qui semblait fou : voilà une posture qui renforce encore sa crédibilité.

Il nous rappelle que la blockchain n’est pas figée. Elle est un chantier vivant, où les certitudes d’hier peuvent devenir les erreurs de demain dès lors que la cryptographie progresse. Et c’est précisément cette capacité d’adaptation qui fait la force d’Ethereum face à des concurrents plus rigides.

Vers un futur où chacun est son propre banque et son propre auditeur ?

Si la trajectoire actuelle se maintient, nous pourrions assister dans les prochaines années à un basculement historique : le passage d’un modèle où la sécurité repose principalement sur des validateurs professionnels vers un modèle où chaque utilisateur peut, à tout moment, devenir son propre garant de vérité.

Le « mountain man » ne serait plus une figure marginale, mais un archétype accessible à tous. Une sorte d’assurance ultime contre la censure, la corruption ou l’effondrement partiel du réseau. Ce n’est pas encore pour demain, mais les fondations techniques sont en train de se solidifier à une vitesse impressionnante.

En attendant, la réflexion de Vitalik nous invite à ne jamais considérer la décentralisation comme un acquis définitif. Elle doit être défendue, améliorée, rendue plus pratique chaque jour. Et parfois, cela passe par le fait d’admettre que la cabane sur la montagne n’était peut-être pas si folle que ça.

À suivre donc, avec attention, les prochaines avancées zk et les choix de design qui en découleront. Car c’est là, dans ces détails techniques parfois austères, que se joue l’avenir de la souveraineté numérique individuelle.

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