Imaginez un pays où la foi peut devenir une sentence de mort. Au Kenya, une affaire judiciaire qui semblait s’apaiser ressurgit avec une violence inouïe. Un pasteur autoproclamé, déjà au cœur d’un des pires scandales religieux récents, voit son dossier s’alourdir de manière dramatique.
Les autorités kényanes viennent d’annoncer de nouvelles charges contre cet homme qui a bouleversé tout un pays. Ce rebondissement concerne des événements survenus bien après son arrestation, prouvant que l’ombre de cette tragédie plane encore.
Une affaire qui ne cesse de s’étendre
Paul Nthenge Mackenzie reste en détention depuis avril 2023. Il fait déjà face à de lourdes accusations liées à la mort d’environ 450 personnes dans la forêt de Shakahola. Aujourd’hui, le parquet national kényan prévoit de l’inculper pour 52 décès supplémentaires survenus l’année dernière.
Ces nouveaux faits se sont déroulés dans un hameau isolé appelé Binzaro, situé à une trentaine de kilomètres de la zone initiale. Le pasteur comparaîtra le 11 février pour que les deux dossiers soient joints, selon les informations officielles diffusées publiquement.
Les enquêteurs estiment que des doutes raisonnables pèsent sur Mackenzie en tant qu’instigateur principal. Il aurait utilisé des enseignements radicaux pour attirer ses victimes vers cet endroit reculé.
Les découvertes macabres à Binzaro
À partir de juillet 2025, les autorités ont exhumé 34 cadavres et 102 fragments de corps à différents stades de décomposition dans cette zone. Ces restes témoignent d’une horreur prolongée malgré l’incarcération du leader présumé.
Contrairement à Shakahola où les corps étaient regroupés dans des fosses communes, ici les dépouilles étaient enterrées individuellement sous une fine couche de terre camouflée par des branchages. Cette méthode a permis aux hyènes d’accéder facilement aux os, expliquant leur dispersion sur le site.
Un militant local des droits humains, impliqué dans les premières exhumations, a décrit comment les animaux sauvages ont compliqué les recherches. Ces détails glaçants rappellent à quel point les auteurs ont tenté d’effacer les traces de leurs actes.
Le rôle présumé de Mackenzie dans cette seconde vague
Les enquêteurs ont retrouvé des notes manuscrites dans les cellules occupées par Mackenzie. Ces documents sont directement liés à cette nouvelle série de décès, renforçant les soupçons sur son implication même depuis sa cellule.
Onze personnes ont été arrêtées dans le cadre de cette affaire, dont d’anciens membres liés à l’épisode de Shakahola. Parmi elles figure une femme présentée comme l’instigatrice principale de ce second massacre.
Son mari aurait succombé à des croyances religieuses extrêmes similaires. Les documents judiciaires soulignent comment ces individus ont observé le premier procès et adapté leurs méthodes pour dissimuler les preuves.
« Ils ont observé la première affaire, y compris le procès, et se sont adaptés. »
Un avocat impliqué dans le dossier Shakahola, sous couvert d’anonymat
Cette adaptation montre une résilience inquiétante au sein du groupe. Les nouvelles techniques d’enterrement visaient clairement à compliquer les investigations.
Retour sur la tragédie initiale de Shakahola
En 2023, la forêt de Shakahola, vaste étendue de bush sur la côte kényane, est devenue le théâtre d’un drame sans précédent. Les restes d’environ 450 personnes y ont été découverts au fil des mois.
Ces victimes, fidèles de Mackenzie, ancien chauffeur de taxi devenu pasteur autoproclamé, avaient accepté de jeûner jusqu’à la mort. L’objectif ? Rencontrer Jésus avant une fin du monde annoncée pour cette année-là.
Le message extrême prônait un renoncement total à la nourriture pour atteindre un état spirituel ultime. Cette doctrine a conduit à une hécatombe silencieuse dans l’isolement de la forêt.
Les accusations cumulées contre Mackenzie
Dans le premier dossier, Mackenzie est poursuivi pour meurtre, homicide involontaire, radicalisation, terrorisme, torture et cruauté envers les enfants. Ces chefs d’accusation reflètent l’ampleur des crimes présumés.
Les enfants figuraient parmi les premières victimes, certains succombant à la faim dès les années précédentes. Mackenzie avait déjà été impliqué dans des affaires similaires par le passé.
- En 2017, acquitté d’accusations de radicalisation liées à un enseignement illégal rejetant le système éducatif traditionnel.
- En 2019, accusé de la mort de deux enfants enterrés dans la forêt de Shakahola, libéré sous caution.
Ces antécédents montrent un parcours judiciaire chaotique, marqué par des alertes ignorées.
Les défaillances institutionnelles pointées du doigt
Un rapport sénatorial publié en octobre 2023 a révélé de graves manquements de la justice et de la police. Malgré des plaintes répétées dès 2017 par des chefs religieux et la communauté locale, aucune mesure efficace n’a été prise.
La police locale avait enregistré ces signalements sans agir de manière décisive. Cette inertie a permis au pasteur de continuer ses prêches extrêmes pendant des années.
Le phénomène des petites églises évangéliques non contrôlées s’est trouvé au cœur des débats. Dans un pays majoritairement chrétien, cette affaire a provoqué un traumatisme profond.
L’impact sur la côte kényane
La région côtière, réputée pour ses plages paradisiaques, ses hôtels de luxe et ses eaux turquoise, a été durablement marquée. Le contraste entre cette beauté naturelle et les horreurs découvertes dans le bush est saisissant.
Les habitants locaux ont participé aux recherches, aidant à exhumer les corps. Certains militants des droits humains, comme ceux impliqués à Binzaro, poursuivent leur combat pour la vérité.
Cette affaire soulève des questions essentielles sur la liberté religieuse, le contrôle des cultes et la protection des plus vulnérables.
Une secte qui s’adapte et persiste
Malgré l’arrestation de Mackenzie, des fidèles ont continué à appliquer ses enseignements. Un survivant s’est échappé en juillet 2025 des abords de Binzaro, racontant la mort de certains de ses propres enfants.
Cette révélation a relancé les investigations et conduit aux exhumations. Elle prouve que l’influence du pasteur transcende les barreaux de sa prison.
Les notes manuscrites retrouvées suggèrent une coordination depuis la détention. Cette capacité d’adaptation effraie et interroge sur les réseaux encore actifs.
Les leçons à tirer pour l’avenir
Cette double tragédie met en lumière la nécessité d’une vigilance accrue. Les autorités doivent renforcer la surveillance des groupes religieux radicaux.
La protection des enfants contre les doctrines extrêmes devient une priorité absolue. Les communautés locales jouent un rôle clé dans la détection précoce des dérives.
Le Kenya, pays tolérant en matière de culte, doit équilibrer liberté religieuse et sécurité publique. Cette affaire pourrait catalyser des réformes durables.
Un traumatisme national persistant
Les remous de Shakahola s’estompaient à peine que Binzaro ravive la douleur. Les familles attendent toujours des réponses sur leurs disparus.
Les identifications par ADN se poursuivent, prolongeant le deuil. Chaque nouveau corps exhumé rouvre des plaies à peine cicatrisées.
La côte kényane, symbole de sérénité touristique, porte désormais les stigmates d’une dérive spirituelle mortelle.
Vers un procès historique
Le 11 février marquera une étape cruciale. Joindre les deux dossiers permettra d’examiner l’ensemble des faits dans leur continuité.
Mackenzie et ses co-accusés devront répondre d’un bilan humain effroyable. Les preuves accumulées, des notes aux exhumations, dessinent un tableau accablant.
Ce procès pourrait devenir l’un des plus importants de l’histoire judiciaire kényane récente. Il questionnera les limites de la foi et les responsabilités collectives.
En attendant, le pays retient son souffle. Chaque révélation rappelle que la vigilance reste de mise face aux discours extrêmes déguisés en salut spirituel.
L’affaire Mackenzie n’est pas close. Elle évolue, s’étend et continue d’interpeller une nation entière sur les dangers d’une foi sans limites ni contrôle.
Ce drame, qui a coûté des centaines de vies innocentes, doit servir d’avertissement. La liberté religieuse ne saurait justifier la mort programmée de fidèles manipulés.
Les autorités, la société civile et les communautés religieuses ont désormais une responsabilité partagée. Empêcher que l’histoire ne se répète devient une urgence morale.
Le silence des forêts kényanes cache parfois des horreurs indicibles. Binzaro en est la preuve tragique et récente.
Restons attentifs aux signes avant-coureurs. La vie de nombreux innocents pourrait en dépendre à l’avenir.









