Imaan Mazari : une avocate au cœur du combat pour les droits humains
Face à un système judiciaire sous pression et un pouvoir qui tolère peu la contestation, Imaan Mazari incarne une forme rare de résistance. Diplômée de l’Université d’Édimbourg, elle aurait pu embrasser une carrière confortable dans les grands cabinets ou même suivre les traces politiques de sa famille. Au lieu de cela, elle a opté pour le travail pro bono, souvent risqué, au service des marginalisés.
Son parcours n’est pas celui d’une rebelle impulsive. Fille d’une ancienne ministre des Droits de l’Homme et d’un pédiatre reconnu, elle grandit dans un environnement où les questions de justice sociale étaient déjà présentes. Pourtant, c’est en devenant avocate qu’elle transforme cet héritage en action concrète, souvent solitaire et exposée. Son engagement repose sur une conviction profonde : les droits humains doivent être défendus sans compromis, même quand le prix est élevé.
Ce choix la place dans une position délicate. Dans un pays où les institutions puissantes surveillent étroitement les voix dissidentes, défendre les causes impopulaires équivaut à défier directement le statu quo. Pourtant, elle persiste, convaincue que le silence reviendrait à cautionner l’injustice.
Les origines d’un engagement profond
Le chemin d’Imaan Mazari vers le droit des plus faibles commence tôt. Influencée par l’action de sa mère dans le domaine des droits humains, elle développe une sensibilité particulière aux injustices systémiques. Au Pakistan, pays où les disparités sociales et ethniques sont marquées, cette prise de conscience prend rapidement une dimension professionnelle.
Une fois diplômée, elle refuse les opportunités lucratives pour se consacrer à des causes impopulaires. Elle explique que la vérité est difficile à défendre dans ce contexte, mais que c’est précisément le rôle d’un avocat. Cette détermination la place rapidement en opposition frontale avec les autorités. Son refus de compromis devient sa signature.
Ce parcours illustre une réalité souvent oubliée : les défenseurs des droits humains viennent parfois de milieux privilégiés. Leur choix de s’engager pour les autres renforce la légitimité de leur combat et rend leur répression d’autant plus choquante.
Les dossiers sensibles qui ont marqué sa carrière
Imaan Mazari s’est illustrée dans plusieurs affaires explosives. Parmi elles, la défense des victimes de disparitions forcées, particulièrement dans la province du Baloutchistan. Cette région, située à la croisée de l’Afghanistan, de l’Iran et du Pakistan, connaît depuis des décennies des enlèvements attribués aux services de sécurité. Ces pratiques créent un climat de terreur permanente.
Elle a notamment représenté Mahrang Baloch, figure emblématique du mouvement baloutche, emprisonnée depuis mars 2025. Ce soutien public à une voix contestataire a renforcé sa réputation de « défi constant » pour l’État, selon des observateurs proches de ces luttes. Chaque dossier devient une bataille contre l’impunité.
Parallèlement, elle intervient dans de nombreuses affaires d’accusations de blasphème. Au Pakistan, pays à majorité musulman, cette charge peut entraîner la peine de mort et déclenche souvent des violences populaires. Défendre les accusés dans ces dossiers expose l’avocat à des menaces extrêmes, tant de la part de groupes extrémistes que des autorités. Pourtant, elle continue.
Enfin, elle prend en charge des cas impliquant des Afghans confrontés à une répression accrue. Depuis plusieurs années, les réfugiés afghans font face à des expulsions massives et à des restrictions croissantes. Imaan Mazari dénonce ces pratiques comme des violations flagrantes des droits humains et du droit international. Son travail met en lumière une crise humanitaire souvent ignorée.
« La vérité semble extrêmement difficile à défendre dans ce pays. Mais nous le savions en choisissant cette profession. Nous sommes prêts à faire face et ne reculerons pas. »
Cette déclaration, faite devant un tribunal d’Islamabad peu avant sa condamnation, résume son état d’esprit. Malgré les risques, elle persiste, convaincue que reculer serait trahir ceux qu’elle représente.
Une condamnation qui interpelle la communauté internationale
La sentence prononcée contre Imaan Mazari et son mari concerne des contenus publiés sur les réseaux sociaux, jugés « anti-étatiques ». Le tribunal a retenu plusieurs chefs d’accusation, aboutissant à dix ans d’emprisonnement. Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement contre les voix critiques.
En novembre dernier, une réforme constitutionnelle a modifié le système judiciaire, suscitant des craintes sur son indépendance. Des opposants estiment que ces changements permettent un contrôle accru du pouvoir exécutif sur les juges. Dans ce climat, les poursuites contre des défenseurs des droits humains se multiplient, créant un effet dissuasif.
Le rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseurs des droits de l’homme avait déjà pointé, en 2025, que les actions judiciaires contre Imaan Mazari semblaient arbitraires, visant à l’intimider et à la harceler. Cette condamnation récente renforce ces préoccupations et appelle à une vigilance accrue de la communauté internationale.
Les attaques personnelles et le prix à payer
Au-delà des procédures judiciaires, Imaan Mazari subit un harcèlement constant. Dans un pays conservateur où l’honneur familial est central, elle est régulièrement visée par des remarques sexistes et des photomontages dégradants sur les réseaux sociaux. Ces attaques visent à la discréditer personnellement et à la réduire au silence.
Sa mère exprime à la fois sa fierté pour le combat mené et une profonde inquiétude pour sa sécurité. Elle anticipe que sa fille paiera cher son engagement contre les violations des droits humains. Cette tension familiale illustre le coût humain de tels combats, où l’engagement public affecte aussi l’entourage proche.
Malgré tout, Imaan Mazari a été distinguée en 2025 par le prix « Jeune Inspiration » du Forum mondial de l’expression. Cette reconnaissance internationale souligne son courage, son intégrité et son impact dans la défense de l’État de droit. Elle prouve que son travail est perçu au-delà des frontières.
Un contexte politique tendu au Pakistan
Le cas d’Imaan Mazari ne peut se comprendre sans le contexte plus large. Le Pakistan traverse une période de fortes tensions entre civils et militaires. L’armée, institution puissante, est souvent accusée d’ingérence dans la politique et la justice, influençant les décisions judiciaires sensibles.
En janvier 2026, un porte-parole militaire a publiquement mis en cause l’avocate, évoquant des « éléments occultes » promouvant le terrorisme sous couvert de démocratie et de droits humains. Ces déclarations officielles illustrent la perception qu’ont certaines institutions des activistes comme elle, les associant à des menaces sécuritaires.
Des journalistes qu’elle a défendus soulignent qu’elle représente un défi permanent pour l’État. Issue d’un milieu aisé, elle a volontairement compliqué sa vie par son militantisme. Ce choix rend son parcours d’autant plus symbolique et inspirant pour d’autres.
Les implications pour la liberté d’expression
La condamnation pour des publications en ligne pose des questions graves sur les limites de la liberté d’expression. Au Pakistan, les lois sur les cybercrimes et la sécurité nationale sont souvent utilisées pour museler les critiques. Le cas d’Imaan Mazari s’ajoute à une longue liste d’affaires similaires, où le numérique devient un terrain de répression.
Des observateurs indépendants dénoncent un usage arbitraire du système judiciaire pour intimider les voix dissidentes. Cette instrumentalisation risque de décourager les futurs défenseurs des droits humains et de renforcer l’autocensure dans la société. Le silence devient alors la norme.
Pourtant, Imaan Mazari et son mari affirment qu’ils ne sont pas les premiers à être emprisonnés dans ces conditions. Leur détermination à continuer le combat, même derrière les barreaux, inspire de nombreux militants et rappelle que la lutte pour la justice est longue et exigeante.
Un symbole de résistance qui persiste
Le parcours d’Imaan Mazari dépasse le cadre individuel. Il reflète les luttes plus larges pour la justice, l’égalité et la protection des minorités au Pakistan. En défendant les Baloutches, les Afghans ou les accusés de blasphème, elle met en lumière des injustices souvent ignorées par le grand public.
Sa condamnation, loin de la faire taire, pourrait paradoxalement amplifier son message. De nombreux soutiens, au Pakistan et à l’international, suivent son cas de près. Ils y voient un test pour l’État de droit dans le pays et un indicateur de la santé démocratique.
Dans un environnement où la peur domine souvent, son refus de reculer rappelle que le courage peut prendre la forme d’une robe d’avocat. Elle et son mari paient un prix élevé, mais leur engagement semble inébranlable, servant d’exemple pour les générations futures.
Ce cas souligne aussi l’importance de la solidarité internationale. Les appels à sa libération et à un procès équitable se multiplient. Ils rappellent que les droits humains ne connaissent pas de frontières et que chaque voix compte dans la lutte contre l’injustice systémique.
En fin de compte, Imaan Mazari incarne cette idée simple mais puissante : défendre la vérité, même quand elle dérange, reste une profession noble. Et parfois, la plus dangereuse. Son histoire continue d’écrire un chapitre important dans la saga des droits humains au Pakistan.









