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Venezuela : Delcy Rodríguez appelle au dialogue national

Après la chute spectaculaire de Nicolás Maduro, la présidente par intérim Delcy Rodríguez lance un appel au dialogue avec l’opposition. Un tournant majeur pour le Venezuela ? Les libérations de prisonniers et la réforme pétrolière s’accélèrent, mais suffiront-elles à apaiser les tensions ?

Le Venezuela traverse l’une des périodes les plus décisives de son histoire récente. Trois semaines après un événement qui a bouleversé le paysage politique du pays, la présidente par intérim Delcy Rodríguez s’exprime publiquement pour la première fois avec un message clair : il est temps de dialoguer, de se retrouver et de construire ensemble l’avenir du pays. Cet appel, prononcé devant les caméras nationales, résonne comme un tournant potentiel dans une nation profondément divisée.

Un appel à l’unité face à une crise profonde

Dans un pays où les tensions politiques ont souvent viré à la confrontation violente, l’image d’une dirigeante appelant à dépasser les clivages pour le bien commun marque les esprits. Delcy Rodríguez a insisté sur l’absolue nécessité de trouver des terrains d’entente, même entre adversaires les plus farouches. Selon elle, la paix du Venezuela ne peut plus se permettre le luxe des divisions partisanes.

« Depuis nos différences, nous devons nous rencontrer et parvenir à des accords. Pourquoi ? Eh bien, pour le peuple du Venezuela », a-t-elle déclaré avec gravité. Ces mots simples, mais lourds de sens, traduisent une volonté affichée de tourner la page d’une ère marquée par la polarisation extrême.

Contexte : la chute inattendue de Nicolás Maduro

L’arrestation spectaculaire de l’ancien président Nicolás Maduro par les autorités américaines a constitué un séisme politique sans précédent. En quelques heures, le pouvoir chaviste, qui semblait inébranlable malgré des années de crise économique et sociale, s’est retrouvé décapité. Cette opération internationale a ouvert la voie à une transition constitutionnelle inédite.

Conformément à la Constitution vénézuélienne, Delcy Rodríguez, en sa qualité de présidente de l’Assemblée nationale, a assumé la présidence par intérim. Cette période transitoire, limitée à six mois, doit permettre l’organisation de nouvelles élections et la stabilisation du pays.

Manifestations massives en faveur du retour de Maduro

La chute de Maduro n’a pas mis fin aux divisions. Des milliers de partisans de l’ancien président sont descendus dans les rues de Caracas et de nombreuses autres villes pour réclamer son retour, ainsi que celui de son épouse. Ces rassemblements, organisés avec une grande discipline, témoignent de la persistance d’une base sociale fidèle au chavisme historique.

Ces manifestations illustrent parfaitement la complexité de la situation actuelle : même privé de son leader emblématique, le mouvement chaviste conserve une capacité de mobilisation importante.

Un dialogue « nationalisé » sans ingérence étrangère

Delcy Rodríguez a multiplié les déclarations en faveur d’un dialogue strictement vénézuélien. Elle a notamment appelé à exclure toute forme d’ingérence extérieure, que celle-ci provienne de Washington, de Bogota ou de Madrid.

« Un dialogue politique nationalisé (…) qui soit pour le bien commun du Venezuela », a-t-elle insisté. Cette position marque une volonté de reprendre le contrôle du processus politique tout en ouvrant la porte à des négociations avec les forces d’opposition.

Dans cette optique, la présidente par intérim a sollicité son frère Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale, afin d’organiser une rencontre avec les différentes fractions politiques. L’objectif affiché est d’obtenir des « résultats concrets et immédiats ».

Premiers gestes : libérations progressives de prisonniers politiques

Depuis son investiture le 5 janvier, Delcy Rodríguez a pris plusieurs mesures symboliques fortes. Parmi elles, la promesse de libérer des prisonniers politiques détenus depuis des années. Si les libérations se font pour l’instant au compte-gouttes – environ 150 personnes sur plus de 800 selon les organisations de défense des droits humains – elles représentent néanmoins un signal important.

Ces gestes interviennent dans un contexte particulièrement sensible : l’année précédente, la répression des manifestations post-électorales avait fait 28 morts et entraîné l’arrestation de plus de 2 400 personnes. Les libérations actuelles, bien que partielles, sont perçues comme un premier pas vers la réconciliation nationale.

Réforme majeure du secteur pétrolier

L’un des chantiers les plus ambitieux engagés par la nouvelle direction concerne le secteur pétrolier, véritable colonne vertébrale de l’économie vénézuélienne. Une réforme législative majeure, adoptée en première lecture, vise à ouvrir complètement le secteur aux investissements privés.

Jusqu’à présent, l’exploitation des gigantesques réserves pétrolières du pays était réservée à l’État ou à des entreprises mixtes dans lesquelles l’État conservait la majorité. La nouvelle loi autorise désormais les entreprises privées domiciliées au Venezuela à exploiter directement le pétrole via des contrats spécifiques.

Le patron de PDVSA, Hector Obregon, a annoncé que cette ouverture devrait permettre d’augmenter la production pétrolière d’au moins 18 % en 2026. Actuellement à environ 1,2 million de barils par jour, la production est très loin des plus de 3 millions de barils quotidiens atteints au début des années 2000.

Les analystes attribuent cette chute historique à un sous-investissement chronique, à la corruption et aux difficultés techniques rencontrées par PDVSA. La réforme vise précisément à remédier à ces problèmes structurels en attirant capitaux et expertises étrangers.

Contexte électoral : la crise de 2024 toujours vive

La transition actuelle s’inscrit dans le prolongement de la grave crise électorale de 2024. À l’époque, l’opposition avait dénoncé une fraude massive lors de l’élection présidentielle. Elle affirmait que son candidat, Edmundo González Urrutia, avait remporté le scrutin, s’appuyant sur des procès-verbaux collectés dans les bureaux de vote.

Le Conseil national électoral (CNE), accusé d’être inféodé au pouvoir, n’a jamais publié les résultats détaillés, invoquant une prétendue attaque informatique. Cette opacité a provoqué des manifestations massives, violemment réprimées par les forces de sécurité.

Signaux contradictoires depuis Washington

La Maison Blanche observe attentivement l’évolution de la situation. Sans fixer de calendrier précis, elle a annoncé son intention d’inviter prochainement Delcy Rodríguez aux États-Unis. Parallèlement, le président américain a multiplié les déclarations élogieuses à son égard.

Cependant, les positions restent parfois ambiguës. Alors qu’il a écarté la possibilité que Maria Corina Machado, figure emblématique de l’opposition et lauréate du Prix Nobel de la Paix, puisse diriger le pays, il a également affirmé vouloir l’impliquer dans le processus de transition.

Ces signaux contradictoires témoignent de la complexité géopolitique du dossier vénézuélien et de la volonté américaine d’éviter un effondrement total des institutions, comme cela avait pu être le cas dans d’autres contextes régionaux.

Perspectives : vers une véritable réconciliation nationale ?

L’appel au dialogue lancé par Delcy Rodríguez constitue indéniablement une ouverture. Reste à savoir si cette main tendue sera saisie par l’opposition et si les différentes forces politiques parviendront à dépasser des décennies de méfiance mutuelle.

Les prochains mois seront décisifs. Entre la réforme pétrolière ambitieuse, les libérations progressives de prisonniers politiques et les négociations en vue d’élections libres et transparentes, le Venezuela se trouve à un véritable carrefour historique.

Pour la première fois depuis de longues années, une lueur d’espoir semble poindre à l’horizon. Mais le chemin vers la réconciliation et la reconstruction économique reste semé d’embûches. L’avenir dira si cet appel au dialogue marquera réellement le début d’une nouvelle ère pour le Venezuela.

Le pays et ses habitants, épuisés par des années de crise, observent avec une attention particulière chaque geste, chaque déclaration, chaque avancée. Car au-delà des luttes de pouvoir, c’est bien leur avenir collectif qui se joue en ce moment précis.

Le Venezuela a connu tant de promesses non tenues, tant d’espoirs déçus. Cette fois, pourtant, les signaux semblent différents. L’appel au dialogue national lancé par la présidente par intérim pourrait-il enfin ouvrir la voie à une paix durable et à une prospérité partagée ?

Seul le temps le dira. Mais une chose est certaine : l’histoire est en train de s’écrire sous nos yeux, et le chapitre qui s’ouvre pourrait bien être l’un des plus importants de l’histoire contemporaine du Venezuela.

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