Imaginez un pays où, du jour au lendemain, le monde numérique disparaît. Plus de réseaux sociaux, plus de messageries, plus de nouvelles en temps réel. Les rues bruissent de rumeurs, les familles s’inquiètent sans nouvelles de leurs proches, et les images qui pourraient changer la perception d’une crise restent enfermées dans les téléphones. C’est la réalité que vit l’Iran depuis plus de deux semaines. Au cœur de cette tempête numérique, une voix inattendue s’élève depuis les cercles du pouvoir.
Une voix dissonante au sein du pouvoir
Le fils du président iranien, également conseiller à la présidence, a brisé un silence pesant. Dans un message publié sur Telegram, Yousef Pezeshkian appelle clairement à remettre en service l’accès à internet. Pour lui, maintenir cette coupure ne fait que reporter un problème inévitable et dangereux.
Cette prise de position surprend par son origine. Venant d’une figure proche du chef de l’État, elle révèle des fissures au sein même des instances dirigeantes. Elle met en lumière une prise de conscience que la stratégie actuelle pourrait se retourner contre les autorités.
Les arguments d’un appel inattendu
Le principal grief porte sur l’aggravation des tensions sociales. Selon lui, prolonger le blocage risque de transformer des citoyens neutres ou satisfaits en opposants déterminés. Le fossé entre la population et le gouvernement ne cesse de se creuser.
Il insiste sur le fait que la diffusion des images de la répression finira par se produire. Tôt ou tard, ces vidéos circuleront, que ce soit par des canaux alternatifs ou lorsque les restrictions seront levées. Bloquer internet ne supprime pas la réalité, cela la retarde seulement.
« La diffusion d’images des manifestations est quelque chose à quoi nous devrons tôt ou tard faire face. Le blocage d’internet ne résoudra rien, cela ne fera que repousser le problème. »
Cette citation résume parfaitement la logique développée. Elle montre une vision pragmatique plutôt que idéologique. L’auteur reconnaît implicitement que les faits existent et qu’ils finiront par émerger.
Reconnaissance des erreurs possibles des forces de sécurité
Dans une phrase qui marque les esprits, le conseiller présidentiel évoque des « erreurs » potentielles commises par les forces de sécurité et les forces de l’ordre. Il appelle à corriger ces dérapages.
Cette admission, même prudente, est significative. Elle suggère que la répression n’a pas été irréprochable et que des abus ont pu avoir lieu. Une telle déclaration, venant d’un proche du pouvoir, ouvre la porte à une forme de reddition de comptes interne.
Il conclut par un proverbe persan bien choisi : « Celui dont les comptes sont en règle n’a rien à craindre d’un examen minutieux. » Cette formule invite à la transparence. Elle sous-entend que cacher les images ne protège que les coupables.
Le contexte explosif des manifestations actuelles
Tout commence fin décembre par des revendications purement économiques. Les Iraniens expriment leur ras-le-bol face à une situation financière dégradée, à l’inflation galopante et à la précarité croissante.
Rapidement, le mouvement prend une tournure politique. Les slogans évoluent, les demandes se radicalisent. La contestation devient le plus grand défi auquel la République islamique est confrontée depuis sa fondation en 1979.
Face à cette mobilisation massive et persistante, les autorités optent pour une mesure radicale : le 8 janvier, elles imposent une coupure quasi totale d’internet. Officiellement, il s’agit de contrôler l’ordre public. Pour les défenseurs des droits humains, l’objectif est tout autre : masquer une répression d’une violence extrême.
Des bilans contrastés et alarmants
Les chiffres des victimes divergent selon les sources, mais tous pointent vers une tragédie humaine d’ampleur. Une organisation non gouvernementale basée aux États-Unis a confirmé la mort de 5 002 personnes lors de la mobilisation. Parmi elles, 4 714 étaient des manifestants.
Cette même source continue d’enquêter sur près de 9 787 décès supplémentaires possibles. Le travail de vérification est rendu extrêmement difficile par l’absence d’accès à internet et les restrictions imposées aux communications.
Une autre ONG, basée en Norvège, avance le chiffre de 3 428 manifestants tués. Ses responsables craignent cependant que le bilan réel n’approche les 25 000 morts. Ces estimations, bien que différentes, témoignent d’une violence massive.
Du côté officiel, les autorités ont publié mercredi leur premier bilan global : 3 117 morts au total. Selon elles, la grande majorité (2 427) sont des « martyrs », c’est-à-dire des membres des forces de sécurité ou des passants innocents. Les manifestants, eux, sont systématiquement qualifiés d’« émeutiers ».
Pourquoi la coupure d’internet pose problème
Internet n’est plus un simple outil de distraction. Dans les sociétés modernes, il est devenu le principal vecteur d’information, de coordination et de témoignage. Le couper revient à plonger un pays dans l’opacité la plus totale.
Les familles ne peuvent plus contacter leurs proches. Les journalistes indépendants perdent leur capacité à documenter les événements. Les images de violences policières ne circulent plus librement, ce qui permet potentiellement de minimiser ou de nier les abus.
Mais cette stratégie a un coût élevé. Elle alimente la défiance. Elle renforce le sentiment d’injustice. Elle pousse même ceux qui étaient hésitants à rejoindre le mouvement de contestation. C’est précisément ce mécanisme que dénonce le fils du président.
Un appel à la transparence et à la correction
En plaidant pour le retour d’internet, Yousef Pezeshkian ne se contente pas de critiquer une mesure technique. Il appelle à une forme de responsabilité collective. Il suggère que la vérité, même douloureuse, est préférable au mensonge par omission.
Son message peut être lu comme une tentative de désamorcer la crise. En reconnaissant publiquement des erreurs possibles, il ouvre une brèche pour un dialogue. Il montre que même au sommet de l’État, certains comprennent l’urgence d’un changement d’approche.
Cette position pourrait aussi refléter des débats internes intenses. Les autorités sont conscientes que la situation échappe partiellement à leur contrôle. Elles savent que la répression seule ne suffira pas à éteindre la colère populaire.
Les implications à long terme pour la société iranienne
Si le blackout se prolonge, les conséquences pourraient être irréversibles. La fracture générationnelle s’accentuerait. Les jeunes, habitués à la connectivité, se sentiraient encore plus exclus et marginalisés.
L’économie numérique, déjà fragile, subirait des dommages supplémentaires. Les petites entreprises, les freelances, les créateurs de contenu se retrouvent paralysés. La coupure n’affecte pas seulement la sphère politique, elle touche tous les aspects de la vie quotidienne.
Sur le plan international, l’Iran apparaît de plus en plus isolé. Les images qui filtrent malgré tout renforcent les condamnations étrangères. Les organisations de défense des droits humains multiplient les rapports accablants.
Vers une sortie de crise ou un durcissement ?
L’appel lancé par le fils du président pourrait marquer un tournant. Il montre que des voix raisonnables existent encore au sein du système. Il prouve que la stratégie de l’opacité totale rencontre des résistances internes.
Mais la décision finale ne lui appartient pas. D’autres centres de pouvoir, plus conservateurs, pourraient privilégier la fermeté. La restauration d’internet dépendra de l’équilibre des forces au sommet de l’État.
Quoi qu’il arrive, les événements récents laisseront des traces profondes. La contestation a révélé des failles structurelles. Elle a démontré que la jeunesse iranienne ne se résigne plus. Elle a prouvé que même les mesures les plus drastiques ne peuvent éternellement étouffer la soif de liberté et de dignité.
Le chemin vers une résolution pacifique reste étroit. Il passera nécessairement par la reconnaissance des griefs légitimes, par la transparence sur les violences commises et par un dialogue sincère avec la société. L’appel à rétablir internet n’est qu’une première étape. Mais il est porteur d’espoir.
Dans les jours qui viennent, chaque heure comptera. Chaque décision pèsera lourd. L’Iran se trouve à un carrefour historique. Le choix entre répression accrue et ouverture timide déterminera son avenir pour de longues années.
En attendant, la population continue de vivre dans l’ombre numérique. Les familles attendent des nouvelles. Les blessés soignent leurs plaies en silence. Et quelque part, des images continuent d’être capturées, prêtes à surgir lorsque la lumière reviendra.
Cet épisode ne marque pas seulement une crise politique. Il révèle les limites d’un système qui mise tout sur le contrôle. Il montre que l’information, une fois libérée, devient une force irrésistible. Et c’est peut-être là le véritable enseignement de ces semaines sombres.
Point clé à retenir : La coupure d’internet, loin de calmer les tensions, risque au contraire de les amplifier en isolant davantage la population et en alimentant la défiance généralisée.
Les prochains jours seront décisifs. Observera-t-on un assouplissement progressif des restrictions ? Ou au contraire un maintien inflexible du blackout ? La réponse influencera profondément la trajectoire de cette mobilisation historique.
Une chose est sûre : l’appel lancé depuis les hauteurs du pouvoir résonne aujourd’hui comme un signal fort. Il prouve que même au cœur du système, certains comprennent que le statu quo n’est plus tenable. Et cela, en soi, constitue déjà un changement majeur.









