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Le Liban Après la Finul : Une Présence Internationale Indispensable

Le Liban se prépare au départ des Casques bleus de la Finul fin 2027. Nawaf Salam appelle à une nouvelle présence internationale onusienne pour sécuriser le sud. Mais avec le désarmement progressif du Hezbollah en cours, parviendra-t-on à éviter un vide dangereux ? La réponse dans cet article...

Imaginez un pays fragile, coincé entre des décennies de conflits et l’espoir ténu d’une stabilité retrouvée. Au Liban, la perspective du retrait progressif de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) à partir de fin 2026, avec un départ complet programmé pour décembre 2027, soulève des interrogations majeures sur l’avenir de la sécurité dans le sud du pays. Le Premier ministre Nawaf Salam, lors d’une récente visite à Paris, a exprimé sans détour cette préoccupation croissante.

Dans un contexte où les tensions frontalières avec Israël restent vives malgré un cessez-le-feu en place depuis novembre 2024, l’idée d’un vide sécuritaire inquiète. Le chef du gouvernement libanais plaide pour le maintien d’une forme de présence internationale, idéalement sous égide onusienne, afin de préserver une certaine neutralité et impartialité dans une zone marquée par des décennies d’hostilités.

Le retrait imminent de la Finul : un tournant pour le sud du Liban

Depuis mars 1978, environ 10 800 Casques bleus assurent une mission de tampon entre les forces israéliennes et libanaises. Leur rôle, souvent délicat, consiste à maintenir le calme le long de la Ligne bleue, cette frontière contestée. Pourtant, une résolution adoptée en août dernier par le Conseil de sécurité de l’ONU, sous forte pression américaine et israélienne, fixe un calendrier clair : prolongation du mandat jusqu’au 31 décembre 2026, suivi d’un retrait échelonné sur une année complète.

Ce départ n’est pas anodin. Il intervient après des années de présence continue, ponctuées d’incidents et de défis permanents. Le Premier ministre libanais souligne que cette histoire d’hostilité, qui remonte à plus de sept ou huit décennies, ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Une force de liaison reste donc essentielle pour éviter toute escalade.

Pourquoi une présence onusienne reste préférable

Nawaf Salam insiste sur un point clé : seule l’ONU peut offrir cette impartialité et cette neutralité perçues comme indispensables par de nombreuses parties prenantes libanaises. Une nouvelle structure, différente de l’actuelle Finul, pourrait voir le jour. Il évoque une formule mixte associant observateurs et forces de maintien de la paix, sans pour autant parler d’une « Finul 3 ».

Cette proposition vise à répondre à des réalités complexes. Les Casques bleus actuels collaborent étroitement avec l’armée libanaise pour faire respecter le cessez-le-feu. Mais Israël maintient encore ses troupes dans cinq zones qu’il considère stratégiques, et des frappes ponctuelles visent régulièrement des cibles liées au Hezbollah, accusé de tentatives de réarmement.

« On aura toujours besoin d’une présence internationale au sud, et de préférence, une préférence onusienne, vu cette impartialité et neutralité que seule l’ONU peut apporter. »

Nawaf Salam, Premier ministre libanais

Cette déclaration, faite à des journalistes dont ceux de l’AFP, reflète une position nuancée mais ferme. Le dirigeant reconnaît les limites d’une force purement bilatérale ou régionale, qui risquerait d’être perçue comme partisane dans un pays aux équilibres communautaires fragiles.

Le processus de désarmement du Hezbollah : une étape cruciale

Parallèlement à ces questions internationales, le Liban avance sur un dossier interne sensible : le désarmement des groupes armés non étatiques, en particulier du Hezbollah. Le Premier ministre a confirmé que la phase 2 de ce processus a débuté il y a environ quinze jours.

La première phase, achevée par l’armée libanaise, concernait la zone au sud du fleuve Litani. Cette région, historiquement sensible, avait vu une concentration importante d’armes et de combattants. Aujourd’hui, l’effort se porte sur l’espace compris entre le Litani et le fleuve Awali, plus au nord, où l’influence du mouvement chiite reste significative.

Le chef du gouvernement admet que cette seconde étape présente des exigences différentes. Le langage employé par le Hezbollah s’est durci, signe de résistances internes. Pourtant, il affirme avec clarté : « On ne va pas faire marche arrière. » L’objectif ultime reste l’extension de la restriction des armes à l’ensemble du territoire national.

  • Phase 1 : Sud du Litani – achevée
  • Phase 2 : Litani à Awali – en cours
  • Phases suivantes : extension progressive au reste du pays

Aucun calendrier précis n’a été communiqué pour les étapes ultérieures, mais l’engagement reste total. Cette dynamique s’inscrit dans un cadre plus large de renforcement de l’État central et de ses institutions sécuritaires.

Renforcer l’armée libanaise : une priorité stratégique

Pour réussir ce pari, le Liban mise sur une armée nationale plus robuste. Nawaf Salam a annoncé l’organisation d’une conférence internationale de soutien aux forces armées libanaises, prévue début mars à Paris. Ce rendez-vous vise à mobiliser des partenaires pour combler les multiples besoins : équipements modernes, véhicules, infrastructures, mais aussi des salaires décents.

L’objectif affiché est de recruter environ 10 000 soldats supplémentaires. Un plan détaillé sera présenté par le commandant en chef de l’armée le 5 mars. Bien que les chiffres précis ne soient pas encore dévoilés, les besoins sont considérables et touchent tous les aspects de la chaîne logistique et humaine.

Ce soutien extérieur apparaît indispensable. Une armée mieux équipée et mieux rémunérée serait en mesure d’assumer pleinement ses responsabilités, notamment dans les zones autrefois contrôlées par des acteurs non étatiques. Cela contribuerait à consolider le monopole de la violence légitime par l’État.

Un contexte régional toujours volatile

Le cessez-le-feu de novembre 2024 a permis une relative accalmie, mais les violations persistent. Israël continue d’affirmer viser uniquement des infrastructures ou des membres du Hezbollah suspectés de réarmement. De son côté, le Liban dénonce régulièrement ces incursions et frappes comme des atteintes à sa souveraineté.

Dans ce climat de méfiance mutuelle, l’absence d’une force tampon internationale pourrait rapidement raviver les tensions. Le Premier ministre évoque explicitement une « force de liaison » capable de jouer un rôle de communication et de prévention entre les deux pays.

Les relations entre Beyrouth et Tel-Aviv, marquées par plusieurs guerres et des décennies de non-reconnaissance, nécessitent un tiers neutre pour désamorcer les crises potentielles. L’expérience accumulée par l’ONU en matière de maintien de la paix pourrait s’avérer précieuse dans la conception de ce nouveau mécanisme.

Les défis à relever pour une transition réussie

Plusieurs obstacles se dressent sur la route. D’abord, la confiance : comment garantir que la nouvelle présence internationale ne sera pas perçue comme une ingérence ou, au contraire, comme insuffisante ? Ensuite, la coopération avec l’armée libanaise devra être renforcée pour éviter tout chevauchement ou confusion de mandats.

Le désarmement progressif du Hezbollah représente un autre test majeur. Si la phase 2 rencontre des blocages sérieux, cela pourrait compromettre l’ensemble du processus et fragiliser la position libanaise sur la scène internationale. Le langage dur du mouvement chiite indique que les négociations internes seront ardues.

Enfin, le financement. La conférence de Paris devra mobiliser des engagements concrets. Des salaires dignes, des équipements adaptés et une formation continue représentent des investissements lourds pour un pays en crise économique depuis des années.

Vers une stabilité durable ?

Le Liban se trouve à un carrefour historique. Le retrait de la Finul marque la fin d’une ère, mais aussi le début d’une nouvelle phase où l’État doit prouver sa capacité à assurer seul la sécurité de ses citoyens. La proposition d’une présence internationale onusienne mixte pourrait servir de pont vers cette autonomie pleine et entière.

En attendant, les déclarations du Premier ministre Nawaf Salam montrent une volonté claire de ne pas laisser le sud du pays dans un vide sécuritaire. Entre prudence réaliste et ambition de souveraineté renforcée, le chemin reste étroit. Les prochains mois, avec la conférence de Paris et l’avancée du désarmement, seront déterminants.

Le pays, épuisé par des années de crises multiples, aspire à une paix durable. Celle-ci passera inévitablement par un renforcement des institutions étatiques, un dialogue interne apaisé et un accompagnement international adapté. L’avenir du sud du Liban, et par extension du pays tout entier, dépendra de la capacité collective à transformer cette période de transition en opportunité réelle de stabilisation.

Restons attentifs aux développements à venir, car ils pourraient redessiner durablement la carte sécuritaire du Moyen-Orient.

Points clés à retenir

  • Retrait Finul : démarrage fin 2026, achèvement 2027
  • Préférence pour une présence onusienne mixte (observateurs + maintien de la paix)
  • Désarmement Hezbollah : phase 2 en cours entre Litani et Awali
  • Conférence de soutien à l’armée libanaise début mars à Paris
  • Recrutement visé : environ 10 000 soldats supplémentaires

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