Imaginez un instant : vous êtes recroquevillé dans le noir absolu, les poignets et les chevilles entravés par du ruban adhésif, un bâillon étouffant tout cri. Autour de vous, le bruit sourd du moteur et les vibrations de la route. C’est exactement ce qu’ont vécu deux sœurs, dans la nuit du 21 au 22 janvier 2026, à Saint-Brieuc. Une histoire qui glace le sang et qui, pourtant, s’est terminée par un sauvetage inespéré grâce à un simple appel au numéro d’urgence.
Ce qui devait être un rendez-vous banal a viré au cauchemar en quelques minutes seulement. Les deux jeunes femmes, dont l’une est encore mineure, ont été attirées par quelqu’un qu’elles pensaient connaître. Mais derrière cette façade se cachait un projet bien plus sinistre, motivé par des soupçons autour de stupéfiants et d’argent.
Une nuit d’horreur dans les rues de Saint-Brieuc
La soirée commence comme tant d’autres. Un message, un lieu fixé, une confiance apparente. Mais rapidement, tout bascule. L’homme attendu arrive accompagné de trois complices. Les sœurs se retrouvent encerclées, maîtrisées de force. Les coups pleuvent, les menaces fusent. Ligotées et bâillonnées, elles sont séparées : l’une est poussée dans le coffre d’une voiture, l’autre emmenée vers un appartement.
Dans le coffre, l’obscurité est totale. L’air est rare, l’angoisse immense. Pourtant, au milieu de cette terreur, l’une des deux sœurs garde un sang-froid exceptionnel. Elle parvient à dissimuler son téléphone portable et, malgré les liens qui entravent ses mouvements, compose le 17. Un geste discret, presque impossible, qui va tout changer.
Le piège ourdi autour d’un soupçon de trafic
Les enquêteurs ont rapidement établi le mobile : les ravisseurs pensaient que l’aînée cachait chez elle des produits stupéfiants et de l’argent issu d’un trafic de cannabis. Une conviction erronée, nourrie par des rumeurs et une volonté farouche de s’approprier ce qu’ils imaginaient être un pactole. Ils ont fouillé l’appartement de fond en comble, sans rien trouver.
Ce type de scénario n’est malheureusement pas rare dans certaines zones urbaines où le trafic de drogue génère des rivalités violentes. À Saint-Brieuc comme ailleurs en Bretagne, les services de police constatent une augmentation des règlements de comptes liés aux stupéfiants. Ici, le mélange de jalousie, de désinformation et d’opportunisme a conduit à un passage à l’acte d’une rare brutalité.
« Elles se sont vues mourir. »
Une source proche de l’enquête
Cette phrase résume à elle seule l’intensité du traumatisme vécu par les deux victimes. Pas de blessures physiques graves, mais un choc psychologique profond. L’une enfermée dans un espace confiné, l’autre témoin impuissante des exactions dans son propre logement. La peur de ne jamais revoir la lumière du jour.
L’appel au 17 : un réflexe salvateur
Face à l’horreur, le courage prend parfois des formes inattendues. Dissimuler un téléphone dans ses vêtements, composer un numéro d’urgence sans pouvoir parler librement, décrire sa situation en chuchotant : tout cela demande une présence d’esprit hors du commun. Pourtant, c’est précisément ce qui a permis aux forces de l’ordre de localiser le véhicule en mouvement.
Les opérateurs du centre d’appels ont immédiatement compris la gravité de la situation. Géolocalisation activée, patrouilles déployées dans les minutes qui suivent. Le conducteur est interpellé sur place, la victime libérée du coffre. Elle indique alors où se trouve sa sœur, toujours retenue par trois hommes dans l’appartement. Nouvelle intervention, nouvelle arrestation en flagrant délit.
- Localisation rapide grâce à la technologie moderne
- Coordination exemplaire entre les services
- Interpellation des quatre suspects dans la foulée
- Prise en charge immédiate des victimes
Ce sauvetage illustre parfaitement l’importance du numéro unique d’urgence. En France, le 17 (police-gendarmerie) est accessible 24h/24 et permet, même dans les situations les plus critiques, d’alerter les autorités. Ici, il a littéralement sauvé deux vies.
Les suspects face à la justice
Les quatre hommes, âgés de 18 à 20 ans, ont été placés en garde à vue immédiatement après leur interpellation. Les investigations ont permis d’établir leur implication directe dans les faits. Parmi les qualifications retenues : enlèvement et séquestration de plusieurs personnes avec libération volontaire avant le septième jour, violences aggravées, menaces de mort, port d’arme prohibée et dégradations volontaires.
Ils ont été déférés devant le parquet puis placés en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention. Leur jugement en comparution immédiate est fixé au 27 janvier 2026. Ils encourent jusqu’à dix ans d’emprisonnement. Une peine lourde qui reflète la gravité des faits commis à l’encontre de deux jeunes femmes, dont l’une est encore mineure.
Le traumatisme invisible des victimes
Au-delà des liens physiques, ce sont les chaînes psychologiques qui restent les plus difficiles à briser. Être confronté à la mort imminente, voir sa sœur emmenée, entendre les bruits de la fouille destructrice : ces images restent gravées. Les deux sœurs ont été prises en charge par des cellules d’aide médico-psychologique. Un suivi indispensable pour espérer surmonter ce choc.
Les spécialistes rappellent que les victimes d’enlèvement ou de séquestration présentent souvent des symptômes de stress post-traumatique : cauchemars récurrents, hypervigilance, phobies liées aux espaces confinés. Le soutien familial, professionnel et associatif joue un rôle clé dans la reconstruction.
Un reflet de l’insécurité liée aux stupéfiants
Cette affaire n’est pas isolée. Dans de nombreuses villes moyennes françaises, le trafic de cannabis génère des tensions explosives. Les petites mains du réseau deviennent parfois des cibles, soupçonnées de détourner une partie de la marchandise. Les rumeurs circulent vite, les rancunes s’accumulent, et les passages à l’acte violent se multiplient.
À Saint-Brieuc, commune de taille modeste, ce type d’événement choque d’autant plus. Il rappelle que la drogue ne touche pas seulement les grands centres urbains. Elle s’insinue partout, fragilisant le tissu social et exposant des personnes vulnérables à des risques extrêmes.
Quelques chiffres sur le trafic de stupéfiants en Bretagne (données indicatives 2024-2025) :
- Augmentation de 18 % des saisies de cannabis en Côtes-d’Armor
- Plus de 300 interpellations liées au deal de rue en 2025
- Recrudescence des violences associées : +25 % par rapport à 2023
Ces données soulignent l’urgence d’une réponse globale : prévention auprès des jeunes, renforcement des moyens policiers, accompagnement des consommateurs vers des soins adaptés. Car derrière chaque point de deal se cachent souvent des histoires humaines brisées.
Le courage face à l’adversité
Revenons à nos deux sœurs. Leur histoire est avant tout celle d’une résilience hors norme. Dans un moment où la panique aurait pu tout paralyser, l’une d’elles a trouvé la force d’agir. Ce réflexe a non seulement sauvé sa vie, mais aussi celle de sa cadette.
Ce sang-froid inspire. Il montre que, même dans les situations les plus désespérées, une étincelle de lucidité peut renverser le cours des choses. Il rappelle aussi l’importance de diffuser les bons gestes : connaître le 17, savoir que l’on peut appeler même sans pouvoir parler, activer la géolocalisation quand c’est possible.
Vers une prise de conscience collective ?
Cet événement tragique doit nous interroger. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi de si jeunes hommes basculent-ils dans une violence aussi extrême ? Quels sont les leviers pour empêcher que d’autres familles vivent le même cauchemar ?
Les réponses sont multiples : éducation, emploi, lutte contre les addictions, présence policière accrue, mais aussi écoute et accompagnement des jeunes en difficulté. Car la plupart du temps, derrière l’auteur d’un tel acte se cache un parcours chaotique, des influences toxiques, un manque de repères.
En attendant le procès, les deux sœurs entament leur reconstruction. Leur calvaire a duré quelques heures, mais ses effets se compteront en mois, voire en années. Leur histoire, elle, continuera de résonner comme un avertissement : la violence liée à la drogue ne connaît pas de frontière, mais le courage et la réactivité des forces de l’ordre peuvent encore faire la différence.
Et si cette nuit d’horreur à Saint-Brieuc pouvait, paradoxalement, servir à renforcer la vigilance de tous ?









