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Lula Défie Trump : Une Nouvelle ONU en Vue ?

Donald Trump lance son "Conseil de paix" pour concurrencer l'ONU et en prendre la maîtrise exclusive. Lula réplique en accusant l’Américain de vouloir imposer la loi du plus fort. Le Brésilien multiplie les appels mondiaux pour sauver le multilatéralisme… mais jusqu’où ira cette confrontation ?

Imaginez un instant : deux géants de la politique mondiale, l’un défendant bec et ongles une institution née après la Seconde Guerre mondiale, l’autre proposant carrément de la remplacer par une structure où il tiendrait les rênes. Cette scène n’est pas tirée d’un roman de fiction géopolitique, elle se joue en ce moment même sur la scène internationale.

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva n’a pas mâché ses mots. Face à l’initiative récente de Donald Trump, il a lancé une charge directe, accusant son homologue américain de chercher à devenir le maître incontesté d’une nouvelle version des Nations Unies. Le ton est donné, et il est particulièrement vif.

La naissance controversée du Conseil de paix

Jeudi dernier, en marge du Forum économique mondial de Davos, Donald Trump a officialisé la création du « Conseil de paix ». Présentée initialement comme une plateforme destinée à résoudre les conflits mondiaux, cette nouvelle entité dépasse rapidement le cadre annoncé pour prendre une dimension beaucoup plus ambitieuse.

Des invitations ont été envoyées à de très nombreux dirigeants de la planète. Parmi eux figurait Lula lui-même, qui a choisi de ne pas répondre à cette sollicitation. Le message est clair : le Brésil ne compte pas cautionner cette initiative par sa simple présence.

Une ambition qui dépasse largement la résolution de conflits

Ce qui devait ressembler à un simple outil de médiation internationale révèle en réalité un projet bien plus vaste. Le document de « charte » qui accompagne l’annonce laisse peu de place au doute : le Conseil de paix ambitionne ni plus ni moins de devenir un substitut aux Nations Unies actuelles.

Une telle prétention ne pouvait laisser indifférent le président brésilien, connu pour son attachement viscéral au multilatéralisme et aux institutions internationales issues de l’après-guerre.

La réponse cinglante de Lula depuis Salvador de Bahia

Vendredi, lors d’un événement organisé par le Mouvement des sans-terre à Salvador de Bahia, Lula a exprimé sans filtre sa vision de la situation. Pour lui, au lieu de chercher à réformer et renforcer l’ONU existante, Donald Trump préfère créer une nouvelle organisation dont il serait le seul et unique maître.

« Au lieu de vouloir réparer l’ONU (…), que se passe-t-il ? Le président Trump propose de créer une nouvelle ONU dont il serait le seul maître. »

Cette phrase résume à elle seule la profondeur du désaccord. Lula ne se contente pas de critiquer une initiative diplomatique : il dénonce une volonté de domination unilatérale qui remettrait en cause des décennies de coopération internationale.

Un appel mondial pour défendre le système multilatéral

Face à ce qu’il perçoit comme une menace existentielle pour l’ONU, Lula n’est pas resté les bras croisés. Il a révélé avoir passé une semaine entière au téléphone avec des dirigeants du monde entier pour tenter de coordonner une réponse collective.

Parmi les personnalités contactées figurent des poids lourds de la scène internationale : le président russe Vladimir Poutine, le Premier ministre indien Narendra Modi, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, sans oublier le président chinois Xi Jinping avec qui il s’est entretenu la veille de son discours.

Cette mobilisation téléphonique intense démontre à quel point Lula considère la situation comme critique. Il ne s’agit plus seulement d’une divergence d’approche diplomatique, mais bien d’une tentative de préserver l’architecture multilatérale telle qu’elle existe depuis 1945.

La Charte de l’ONU « en train d’être déchirée »

Lula n’a pas hésité à employer des termes forts pour qualifier l’état actuel des relations internationales. Selon lui, la Charte des Nations Unies, ce texte fondamental qui régit les relations entre États depuis plus de 75 ans, est en train d’être méthodiquement déchirée.

Il a appelé à une réunion urgente des pays attachés au multilatéralisme pour trouver ensemble une stratégie de défense et de préservation de ce système qui, malgré ses imperfections, reste le principal cadre de régulation des relations internationales.

Critique acerbe du projet de reconstruction de Gaza

Le président brésilien n’a pas limité sa critique à la seule création du Conseil de paix. Il a également fustigé le projet de reconstruction de la bande de Gaza porté par l’administration Trump après le conflit qui a ravagé le territoire.

« Ils ont détruit, tué plus de 70.000 personnes pour dire que maintenant on va reconstruire Gaza et y faire des hôtels de luxe. »

Cette déclaration particulièrement vive illustre le sentiment de révolte de Lula face à ce qu’il considère comme une instrumentalisation de la tragédie humanitaire à des fins politiques et économiques. Pour lui, promettre des hôtels de luxe après une destruction massive et un lourd bilan humain représente le summum du cynisme géopolitique.

Multilatéralisme contre unilatéralisme : un vieux débat ravivé

Le fond du désaccord entre Lula et Trump dépasse largement la question du Conseil de paix. Il s’agit d’une opposition fondamentale entre deux visions du monde : d’un côté le multilatéralisme, avec ses négociations complexes, ses compromis nécessaires et son respect théorique de l’égalité souveraine des États ; de l’autre l’unilatéralisme, qui privilégie la puissance brute et la capacité d’un acteur dominant à imposer ses vues.

Lula a clairement pris position en faveur de la première option, qu’il considère comme la seule capable d’assurer une paix durable et une coopération internationale équilibrée. Il voit dans l’initiative américaine une régression dangereuse vers la « loi du plus fort ».

Les soutiens potentiels à la position brésilienne

Parmi les dirigeants contactés par Lula, plusieurs ont déjà exprimé publiquement leur attachement au rôle central des Nations Unies. C’est notamment le cas de Xi Jinping qui, lors de son échange téléphonique avec le président brésilien, a réaffirmé sa volonté de défendre cette institution internationale.

Le simple fait que des pays comme la Chine, la Russie et l’Inde aient été contactés montre que Lula cherche à constituer un front large, rassemblant des puissances qui, chacune à leur manière, ont souvent exprimé des critiques envers le fonctionnement actuel de l’ONU, mais sans pour autant souhaiter sa disparition au profit d’une structure contrôlée par une seule puissance.

Quelles conséquences pour l’ONU actuelle ?

La création du Conseil de paix pose une question fondamentale : l’ONU peut-elle survivre à l’émergence d’une organisation concurrente soutenue par la première puissance mondiale ? L’histoire montre que les institutions internationales ont souvent souffert lorsque les grandes puissances ont commencé à les contourner ou à créer des alternatives.

Pourtant, l’ONU dispose d’atouts considérables : une légitimité historique, une reconnaissance quasi-universelle, des mécanismes rodés (même s’ils sont imparfaits), et surtout, l’absence d’alternative crédible acceptée par l’ensemble de la communauté internationale.

Le Conseil de paix devra démontrer très rapidement sa valeur ajoutée et surtout sa capacité à rassembler au-delà du cercle des alliés traditionnels des États-Unis pour espérer s’imposer comme une véritable alternative.

Le rôle particulier du Brésil sur la scène internationale

Depuis son retour au pouvoir, Lula a clairement fait du multilatéralisme l’un des axes majeurs de sa politique étrangère. Le Brésil, en tant que plus grande puissance d’Amérique latine et pays du Sud global, cherche à incarner une voix alternative dans un monde souvent dominé par les grandes puissances traditionnelles.

En s’opposant frontalement à l’initiative de Trump, Lula renforce cette posture et tente de rallier autour de lui les pays qui partagent son attachement aux institutions multilatérales, même s’ils en critiquent le fonctionnement actuel.

Vers un affrontement diplomatique prolongé ?

La confrontation entre ces deux visions risque de s’étendre sur plusieurs mois, voire plusieurs années. D’un côté, une administration américaine qui mise sur sa puissance économique et militaire pour imposer une nouvelle architecture de la paix mondiale ; de l’autre, un ensemble de pays, emmenés par le Brésil, qui tentent de préserver un système multilatéral imparfait mais considéré comme préférable à toute alternative unilatérale.

Les prochains mois seront déterminants pour comprendre si le Conseil de paix parviendra à s’imposer comme une véritable alternative à l’ONU ou s’il restera une initiative marginale, soutenue principalement par les alliés les plus proches des États-Unis.

Dans cette bataille d’influence mondiale, le discours de Lula à Salvador de Bahia pourrait bien marquer un tournant. En choisissant de ne pas ménager ses mots et en multipliant les contacts internationaux, le président brésilien a clairement signifié qu’il ne laisserait pas l’initiative américaine s’imposer sans résistance organisée.

La suite de cette confrontation diplomatique promet d’être riche en rebondissements. Entre ceux qui voient dans le Conseil de paix une opportunité de dépasser les blocages de l’ONU et ceux qui y perçoivent une menace pour l’ordre international établi depuis 1945, le débat ne fait que commencer.

Une chose est sûre : les Nations Unies, institution parfois décriée pour son inefficacité, trouvent aujourd’hui en Lula l’un de leurs défenseurs les plus ardents et les plus déterminés. Reste à savoir si cette défense passionnée suffira à préserver l’organisation de ce qui ressemble de plus en plus à une tentative de contournement en règle.

Le monde observe, et les prochains mois diront si nous assistons à une simple passe d’armes diplomatique ou au début d’une recomposition profonde de l’architecture de la gouvernance mondiale.

À suivre de très près.

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