Imaginez une place centrale de Nantes, un soir d’hiver 2026, où une grue s’approche lentement d’une statue royale vieille de plusieurs siècles. Des militants, des curieux, des opposants se pressent autour, smartphones allumés. Quelques heures plus tard, Louis XVI n’est plus là. Cette scène, qui semble tout droit sortie d’un film dystopique pour certains, est précisément ce que promet un candidat aux prochaines élections municipales dans la ville de l’Ouest français.
La proposition a fait l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux et dans les débats locaux. En quelques jours, elle a cristallisé des visions radicalement opposées de l’histoire, de la mémoire collective et de ce que devrait représenter une ville comme Nantes au XXIe siècle. Entre ceux qui y voient une nécessaire mise à jour symbolique et ceux qui dénoncent une réécriture militante du passé, le sujet passionne autant qu’il divise.
Une promesse qui ne laisse personne indifférent
Le candidat en question, issu de La France Insoumise, n’a pas mâché ses mots. S’il remporte la mairie, la statue de Louis XVI, symbole monarchique par excellence, sera déboulonnée. Selon lui, Nantes doit « regarder son histoire en face » et choisir de mettre en avant des figures d’émancipation plutôt que des monarques. Cette déclaration, loin d’être anodine, s’inscrit dans un mouvement plus large de réexamen des symboles publics en France et ailleurs.
Depuis plusieurs années, de nombreuses villes à travers le monde ont été confrontées à des débats similaires. Des statues de figures coloniales ou esclavagistes ont été vandalisées, retirées ou relocalisées. À Nantes, ville historiquement liée à la traite négrière atlantique, le sujet est particulièrement sensible. Le passé esclavagiste de la cité portuaire n’est plus un tabou depuis longtemps, mais la manière de le commémorer continue de susciter des tensions.
Pourquoi Louis XVI à Nantes ?
La présence de cette statue dans l’espace public n’est pas le fruit du hasard. Elle rappelle une période précise de l’histoire nantaise et française. Louis XVI, dernier roi avant la Révolution, est associé à des décisions qui ont marqué la ville : l’ordonnancement urbain, les projets portuaires, mais aussi le contexte dans lequel la traite négrière s’est développée sous l’Ancien Régime. Même si le souverain n’a pas directement initié ces pratiques, son règne coïncide avec leur apogée dans plusieurs ports français.
Pour les défenseurs du maintien de la statue, elle fait partie du patrimoine historique. La retirer reviendrait à effacer une page de l’histoire locale. Pour ses détracteurs, elle glorifie implicitement un système monarchique et colonial dont les effets se font encore sentir aujourd’hui. Le débat dépasse donc largement la simple question esthétique ou urbanistique.
« La République vit quand on choisit ce qu’on honore. »
Un élu insoumis sur les réseaux sociaux
Cette phrase résume bien la philosophie défendue par le camp du changement. Honorer, c’est faire un choix politique et moral. Laisser une statue en place, c’est dire implicitement que cette figure mérite toujours notre regard quotidien.
Les alternatives proposées : un véritable catalogue d’émancipation
Si la statue de Louis XVI disparaît, qui la remplacera ? Les premières suggestions ont fusé en quelques heures seulement. Parmi les noms qui reviennent le plus souvent :
- Toussaint Louverture, figure majeure de la révolution haïtienne et symbole de la lutte contre l’esclavage
- Louise Michel, héroïne de la Commune de Paris et icône anarchiste et féministe
- Claude Cahun, artiste surréaliste et résistante, née près de Nantes
- Marianne, allégorie républicaine par excellence
- Zinédine Zidane, pour une touche plus contemporaine et populaire
Cette liste est révélatrice. Elle mélange des figures historiques de lutte anticoloniale et antiféministe, une artiste locale avant-gardiste, le symbole intemporel de la République et une star du football mondial. On y lit à la fois une volonté de réparer des injustices passées et une envie d’incarner des valeurs actuelles : diversité, égalité, résistance.
Certains y voient une belle ouverture, d’autres un syncrétisme opportuniste. Pourquoi Zidane plutôt que Lumumba ou Aimé Césaire ? Pourquoi pas une figure nantaise contemporaine ? Les choix eux-mêmes deviennent matière à débat.
Nantes, entre passé négrier et avenir progressiste
Il est impossible de parler de ce sujet sans évoquer le rôle historique de Nantes dans la traite atlantique. Entre le XVIIe et le XIXe siècle, des centaines de navires sont partis du port de la Loire pour transporter des millions d’Africains réduits en esclavage. Cette réalité, longtemps occultée, fait aujourd’hui l’objet d’un important travail de mémoire.
Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage, inauguré en 2012, en est l’exemple le plus visible. Des plaques explicatives disséminées dans la ville rappellent les noms des armateurs nantais impliqués. Dans ce contexte, conserver une statue d’un roi sous le règne duquel ces pratiques étaient légales pose question pour beaucoup.
Pourtant, d’autres estiment que l’histoire ne doit pas être jugée avec les lunettes du présent. Retirer des statues reviendrait à pratiquer une forme d’anachronisme moral. Mieux vaut, selon eux, les accompagner de cartels explicatifs qui contextualisent plutôt que de les faire disparaître.
Les précédents français et internationaux
La France n’est pas étrangère à ce type de controverses. À Paris, la statue de Joséphine de Beauharnais a été vandalisée à plusieurs reprises en raison de son lien avec le rétablissement de l’esclavage par Napoléon. À Bordeaux, ville négrière comme Nantes, des débats similaires ont eu lieu autour de monuments liés à ce passé.
À l’international, le mouvement Black Lives Matter a accéléré le retrait de nombreuses statues controversées : celle de Christophe Colomb aux États-Unis, de Léopold II en Belgique, ou encore de figures confédérées dans le sud des États-Unis. Ces gestes symboliques s’accompagnent souvent de débats intenses sur la cancel culture, la réécriture de l’histoire et la liberté d’expression.
À Nantes, le cas est un peu différent : il ne s’agit pas (encore) d’un acte militant spontané, mais d’une promesse électorale assumée. Le symbole devient donc un enjeu de campagne.
Quelles conséquences pour le paysage urbain ?
Si la statue est effectivement retirée, plusieurs questions pratiques se posent immédiatement. Où ira-t-elle ? Dans un musée, comme ce fut le cas pour certaines statues coloniales ailleurs ? Sera-t-elle fondue ? Conservée dans les réserves ? Chaque option porte une symbolique différente.
Le choix du nouvel occupant de la place sera tout aussi scruté. Une statue de Toussaint Louverture serait un signal fort contre l’oubli de la révolution haïtienne. Une Marianne plus classique calmerait peut-être les esprits les plus attachés à la tradition républicaine. Zidane, quant à lui, ferait entrer la pop culture et le sport dans le débat patrimonial – une idée qui séduit certains jeunes électeurs mais qui fait hurler d’autres.
Un miroir des fractures françaises actuelles
Au-delà du cas nantais, cette affaire reflète des clivages plus profonds. D’un côté, une gauche radicale qui souhaite décoloniser les imaginaires et les espaces publics. De l’autre, une droite et un centre qui défendent la continuité historique et accusent leurs adversaires de révisionnisme. Au milieu, une population souvent partagée, attachée à la fois à son patrimoine et sensible aux questions d’inégalités.
Les réseaux sociaux amplifient ces tensions. En quelques heures, les hashtags et les mèmes se multiplient. Certains ironisent sur le remplacement par une star du foot, d’autres saluent une « mise à jour » nécessaire des symboles. Les arguments les plus nuancés ont souvent du mal à se faire entendre dans ce brouhaha numérique.
Et si on imaginait d’autres solutions ?
Plutôt que de choisir entre conservation et destruction, certaines voix proposent des voies médianes. Installer une œuvre contemporaine dialoguant avec l’ancienne statue. Créer un parcours mémoriel expliquant les différents strates historiques de la ville. Organiser un grand débat citoyen sur le sujet avant toute décision.
Ces idées, moins spectaculaires, permettraient peut-être d’éviter la polarisation tout en avançant sur le travail de mémoire. Mais elles risquent d’être perçues comme des demi-mesures par ceux qui veulent des gestes forts et visibles.
Ce que ce débat dit de notre rapport au passé
En fin de compte, l’affaire de la statue de Louis XVI à Nantes dépasse largement le sort d’un morceau de bronze. Elle interroge notre capacité collective à regarder le passé sans fard, à assumer ses parts d’ombre sans pour autant renier ses héritages positifs.
Elle pose aussi la question de la légitimité : qui décide de ce qui doit rester dans l’espace public ? Les élus ? Les habitants ? Les historiens ? Les militants ? Dans une démocratie, cette question n’est jamais définitivement tranchée.
Quoi qu’il arrive dans les urnes en 2026, le simple fait que cette promesse ait été faite montre que les symboles ne sont pas neutres. Ils continuent de parler, de blesser, d’inspirer. Et tant qu’ils seront là, debout au milieu des places, ils forceront les passants à se positionner, même silencieusement.
La Nouvelle Nantes, comme l’appelle le candidat insoumis, est-elle prête à ce face-à-face avec son histoire ? La réponse, les Nantais la donneront bientôt. Et quelle qu’elle soit, elle marquera durablement la façon dont la ville raconte son passé… et imagine son avenir.
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