Une libération qui choque et divise
Le tribunal du canton du Valais a pris une mesure inattendue en levant la détention provisoire du copropriétaire du bar Le Constellation. Après avoir passé environ deux semaines en prison, Jacques Moretti, 49 ans, originaire de Corse, a pu retrouver la liberté suite au versement d’une caution substantielle de 200 000 francs suisses, soit environ 215 000 euros. Cette somme a été payée par un ami proche du prévenu.
Cette décision n’est pas sans conditions. Le tribunal a imposé des mesures de substitution strictes pour minimiser le risque de fuite. Jacques Moretti se voit interdit de quitter le territoire suisse et doit se présenter quotidiennement à un poste de police. Sa femme et copropriétaire, Jessica, était déjà restée libre depuis le début de la procédure.
Malgré ces garanties, la nouvelle a provoqué une onde de choc immédiate chez les proches des victimes. Plusieurs avocats représentant des familles ont exprimé leur stupeur et leur colère face à ce qu’ils considèrent comme un manquement au respect dû aux disparus et à leurs proches.
Les réactions virulentes des familles et de leurs avocats
Pour les représentants légaux des victimes, cette libération constitue un véritable scandale. L’un d’eux, qui défend les proches d’un adolescent décédé dans le drame, n’a pas mâché ses mots : il s’agit d’une honte à l’égard des victimes et de leurs familles. D’autres soulignent l’absence de prise en compte suffisante des risques de collusion ou de destruction de preuves.
Les craintes portent notamment sur les attaches du prévenu en France, particulièrement en Corse, où il pourrait théoriquement trouver refuge. Un avocat représentant plusieurs familles a regretté que le risque de collusion, y compris entre les époux eux-mêmes, ne semble pas avoir été évalué avec la sévérité requise. Un autre a qualifié la décision de particulièrement sidérante pour ses clients, insistant sur les soupçons graves qui pèsent sur le couple.
« Un scandale et une honte à l’égard des victimes et de leurs familles »
Un avocat des victimes
Ces réactions ne se limitent pas à la Suisse. L’Italie, pays d’origine de nombreuses victimes, a également exprimé son indignation. Le ministre des Affaires étrangères italien a déclaré publiquement rester sans voix devant cette libération, la qualifiant d’affront aux sentiments des familles ayant perdu leurs enfants.
Le principe de la présomption d’innocence au cœur de la décision judiciaire
De son côté, le tribunal a tenu à rappeler les fondements du droit pénal suisse. Tout prévenu reste présumé innocent jusqu’à preuve du contraire et à une éventuelle condamnation définitive. La détention provisoire n’a pas vocation à punir, mais uniquement à empêcher des risques concrets comme la fuite ou la collusion pendant l’enquête.
Les juges ont estimé que les mesures alternatives mises en place – caution élevée, interdiction de sortie du territoire et pointage quotidien – suffisaient à contrer le risque de fuite identifié. Cette approche respecte le principe cardinal selon lequel la liberté reste la règle, et la détention l’exception.
Les avocats des mis en cause ont réagi brièvement, indiquant que leurs clients prennent toute la mesure des obligations imposées. Ils rappellent également la présomption d’innocence, essentielle dans une procédure pénale équitable.
Rappel des faits : une nuit de fête transformée en tragédie
La nuit du 31 décembre 2025 au 1er janvier 2026, le bar Le Constellation, situé dans la station de ski de Crans-Montana, était bondé pour célébrer le passage à la nouvelle année. Vers 1h30 du matin, un incendie s’est déclaré au sous-sol de l’établissement, se propageant avec une rapidité effroyable.
Selon les premiers éléments de l’enquête, des étincelles issues de bougies dites « fontaine » – ces artifices pyrotechniques décoratifs souvent posés sur des bouteilles de champagne – auraient enflammé une mousse insonorisante présente au plafond. Le feu a provoqué un embrasement généralisé, piégeant de nombreuses personnes dans les lieux.
Le bilan est lourd : 40 décès et 116 blessés, dont beaucoup grièvement atteints par des brûlures. Parmi les victimes, une proportion importante d’adolescents et de jeunes adultes. Soixante-dix personnes restaient hospitalisées plusieurs semaines après les faits, avec 26 en Suisse et 44 à l’étranger (Allemagne, Belgique, France, Italie).
L’enquête en cours et les responsabilités potentielles
Les époux Moretti font l’objet d’une instruction pénale pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence. En tant que propriétaires et gérants, ils sont au centre des investigations visant à déterminer si les normes de sécurité ont été respectées.
Les deux ont été auditionnés longuement – plus de dix heures chacun – par le ministère public valaisan. Ces auditions se sont déroulées en présence d’avocats, mais tous les questionnements n’ont pas pu être épuisés ; d’autres audiences sont prévues ultérieurement, sans date précise pour l’instant.
L’enquête ne se limite pas aux propriétaires. Le ministère public se réserve la possibilité d’étendre les investigations à toute personne dont la responsabilité pénale pourrait être engagée. La commune de Crans-Montana a d’ailleurs reconnu avoir omis d’effectuer des contrôles de sécurité et incendie dans l’établissement depuis 2019, ce qui ouvre d’autres pistes.
Les autorités insistent sur le fait que seuls les gérants sont actuellement prévenus, mais que l’instruction reste ouverte et évolutive en fonction des éléments recueillis.
Un drame qui interroge la sécurité dans les lieux festifs
Au-delà des aspects judiciaires immédiats, ce drame soulève des questions plus larges sur la prévention des risques dans les établissements recevant du public, particulièrement lors d’événements festifs où l’usage d’artifices pyrotechniques décoratifs est courant.
La présence d’une mousse inflammable au plafond, combinée à l’utilisation de ces bougies fontaine, a créé les conditions d’une catastrophe. L’enquête devra clarifier si ces éléments étaient conformes aux réglementations en vigueur et si des mesures supplémentaires auraient pu être prises pour éviter une telle propagation.
Ce type d’incendie rappelle cruellement que la négligence, même involontaire, peut avoir des conséquences dévastatrices dans des espaces clos et bondés. Les familles attendent des réponses claires sur les chaînes de responsabilité, espérant que la justice permettra d’éviter que de tels drames ne se reproduisent.
La douleur persistante des familles et le chemin vers la vérité
Pour les proches des victimes, chaque jour qui passe est une épreuve supplémentaire. La libération du principal mis en cause ravive le sentiment d’injustice et d’impuissance. Certains parents s’interrogent ouvertement sur le risque que la vérité complète ne soit jamais établie si les prévenus bénéficient d’une trop grande liberté pendant l’instruction.
La solidarité internationale s’est manifestée dès les premiers jours, avec des hôpitaux étrangers prenant en charge des blessés graves. Les gouvernements concernés suivent de près l’évolution de l’affaire, conscients de l’impact transnational du drame.
Alors que l’enquête se poursuit, l’espoir reste que toutes les responsabilités soient établies avec rigueur. Les familles méritent non seulement la justice, mais aussi des garanties que des leçons seront tirées pour renforcer la sécurité dans les lieux de vie nocturne et festive.
Ce drame de Crans-Montana, par son ampleur et sa soudaineté, marque un tournant. Il oblige à repenser les pratiques, les contrôles et la vigilance collective face aux risques qui, trop souvent, passent inaperçus jusqu’à ce qu’il soit trop tard. La quête de vérité continue, dans un climat tendu où la douleur des uns se heurte aux principes juridiques des autres.









