Imaginez une rue de Téhéran plongée dans le chaos, des cris étouffés par les gaz lacrymogènes, des silhouettes courant dans tous les sens, et au milieu de ce tumulte, des vies qui s’éteignent brutalement. C’est cette réalité brutale que traversent des milliers d’Iraniens depuis le début du mois. Une organisation indépendante vient de publier un bilan terrifiant qui secoue l’opinion internationale.
Un bilan effroyable qui interroge les versions officielles
Les chiffres circulent, se contredisent, mais tous pointent vers une répression d’une violence extrême. Une organisation de défense des droits humains basée aux États-Unis a publié vendredi un décompte glaçant : plus de 5 000 personnes tuées depuis le début du mouvement de contestation. Ce nombre dépasse largement les annonces faites par les autorités iraniennes elles-mêmes.
Ce bilan n’est pas une estimation vague. Il repose sur un travail minutieux de vérification, malgré les obstacles considérables. La coupure quasi-totale d’internet depuis le 8 janvier rend toute collecte d’information extrêmement difficile. Pourtant, l’ONG affirme avoir confirmé 5 002 décès, dont une écrasante majorité concerne des manifestants.
Répartition détaillée des victimes selon l’ONG
Sur ces 5 002 morts confirmés, 4 714 seraient des manifestants. Parmi eux, 42 mineurs ont perdu la vie. Les forces de sécurité comptent 207 victimes, et 39 passants ont également été tués dans les violences. Ces chiffres dessinent une image très claire : la grande majorité des décès concerne des civils engagés dans le mouvement ou simplement présents sur place.
L’organisation poursuit ses investigations. Elle indique enquêter sur 9 787 autres décès potentiels qui n’ont pas encore pu être formellement confirmés. Ce travail titanesque se heurte à la censure et à la répression, mais les militants des droits humains continuent malgré tout.
Arrestations massives et climat de terreur
Au-delà des morts, le nombre d’arrestations donne le vertige. Au moins 26 852 personnes auraient été interpellées depuis le début du mouvement. Beaucoup risquent des accusations extrêmement graves, parfois passibles de la peine capitale. Le spectre de procès expéditifs plane sur des milliers de familles.
Les témoignages qui filtrent malgré la censure décrivent des conditions de détention très dures, des interrogatoires sous pression et des aveux parfois extorqués. Cette vague d’arrestations vise clairement à étouffer toute velléité de contestation future.
Un autre bilan, tout aussi alarmant, depuis la Norvège
Une seconde organisation, basée en Norvège, arrive à des conclusions similaires quoique légèrement différentes. Elle confirme la mort de 3 428 manifestants, mais craint que le chiffre réel puisse atteindre les 25 000 décès. Cette fourchette haute montre à quel point la situation reste opaque et inquiétante.
Ces deux ONG, malgré leur localisation à l’étranger, s’appuient sur des réseaux de militants et de témoins à l’intérieur du pays. Leurs méthodes croisées renforcent la crédibilité de leurs estimations, même si elles divergent légèrement.
La version officielle des autorités iraniennes
Mercredi, pour la première fois, les autorités ont communiqué un bilan global : 3 117 morts. Mais la répartition change radicalement la perspective. Selon le pouvoir, 2 427 de ces victimes sont des « martyrs », c’est-à-dire des membres des forces de sécurité ou des passants innocents. Les manifestants, eux, sont systématiquement qualifiés d’« émeutiers ».
Cette communication officielle vise clairement à inverser la responsabilité des violences. En présentant la majorité des morts comme des victimes des manifestants plutôt que comme des victimes de la répression, le régime tente de légitimer sa réponse musclée.
En publiant leur propre bilan, les autorités ont tenté de renforcer la version officielle du gouvernement concernant les meurtres.
Cette phrase, issue d’une analyse indépendante, résume parfaitement la stratégie adoptée par le pouvoir.
Exécutions et rumeurs démenties par Téhéran
Mi-janvier, une porte-parole américaine avait affirmé que l’Iran avait renoncé à exécuter 800 manifestants suite à des menaces explicites venues de Washington. Le procureur général iranien a fermement démenti cette information vendredi.
Cette affirmation est totalement fausse, ce chiffre n’existe pas et le pouvoir judiciaire n’a pris aucune décision de ce type.
Jusqu’à présent, aucune exécution liée directement aux manifestations actuelles n’a été signalée. Cependant, les organisations de défense des droits humains restent très vigilantes. Beaucoup de détenus risquent des accusations de « moharebeh » (inimitié envers Dieu) ou d’autres crimes passibles de la peine de mort.
L’Iran, champion mondial des exécutions
Le pays reste l’un des leaders mondiaux en matière d’exécutions capitales, juste derrière la Chine. En 2025, au moins 1 500 condamnés à mort ont été exécutés selon un décompte fiable. Même si ces exécutions concernent souvent des affaires de droit commun (meurtres, trafic de drogue), elles illustrent la sévérité du système judiciaire.
Durant la précédente vague de manifestations majeures entre 2022 et 2023, douze personnes avaient été exécutées après avoir été condamnées en lien avec les protestations. Depuis juin dernier et le conflit avec Israël, douze autres exécutions ont eu lieu pour « espionnage » au profit de l’État hébreu.
En janvier également, les exécutions se sont poursuivies : quatorze prisonniers ont été pendus cette semaine dans différentes prisons, principalement pour meurtre ou trafic de stupéfiants.
La communauté internationale s’alarme
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme n’a pas mâché ses mots vendredi. Lors de l’ouverture d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme consacrée à l’Iran, il a lancé un appel solennel.
J’exige la libération immédiate de toutes les personnes détenues arbitrairement par les autorités iraniennes. Et j’appelle à un moratoire complet sur la peine de mort.
Il a également demandé la fin immédiate de la répression brutale, des procès sommaires et des peines disproportionnées. Ces déclarations interviennent alors que plusieurs pays occidentaux préparent de nouvelles sanctions ciblées contre des responsables iraniens impliqués dans la répression.
Pourquoi ce mouvement ne faiblit pas malgré la violence ?
Derrière les chiffres macabres se cache une colère profonde accumulée depuis des années. Crise économique, restrictions sociales, corruption endémique, sentiment d’humiliation nationale : les raisons de la contestation sont multiples et profondes.
Chaque mort, chaque arrestation semble paradoxalement renforcer la détermination des survivants. Les funérailles des victimes deviennent souvent de nouveaux moments de mobilisation. Ce cycle infernal inquiète les observateurs : plus la répression est dure, plus la contestation risque de s’enraciner.
Internet coupé : l’arme de la censure totale
Depuis le 8 janvier, l’accès à internet est extrêmement restreint. Les réseaux sociaux sont bloqués, les VPN traqués, les connexions surveillées. Cette coupure vise à empêcher la coordination des manifestations, mais aussi à limiter la diffusion des images de répression.
Malgré cela, des vidéos et des photos continuent de sortir du pays, souvent via des messageries cryptées ou des journalistes citoyens. Chaque image qui passe renforce l’indignation internationale.
Que peut attendre la société iranienne dans les prochains mois ?
Les scénarios sont multiples. Soit la répression finit par briser le mouvement, soit la contestation s’organise différemment, de manière plus souterraine. Certains analystes redoutent une radicalisation accrue des deux côtés.
Ce qui est certain, c’est que la fracture entre le pouvoir et une partie importante de la population n’a jamais été aussi profonde. Reconstruire un minimum de confiance semble aujourd’hui presque impossible sans changements radicaux.
Un appel à la communauté internationale
Face à cette tragédie humaine, le silence n’est plus une option. Les appels à enquêter indépendamment, à sanctionner les responsables des violations les plus graves, à soutenir les défenseurs des droits humains se multiplient.
Chaque jour compte. Chaque vie perdue est une blessure supplémentaire pour un peuple qui aspire simplement à vivre librement. La communauté internationale porte désormais une lourde responsabilité : ne pas détourner le regard.
Les manifestations en Iran ne sont pas seulement une crise locale. Elles questionnent les valeurs universelles de dignité humaine, de liberté d’expression et de droit à la vie. Elles nous rappellent que, partout dans le monde, la quête de justice reste un combat permanent et souvent dangereux.
En attendant des jours meilleurs, les familles des victimes continuent de porter le deuil, les détenus attendent dans l’angoisse, et des milliers d’Iraniens rêvent toujours d’un avenir différent. Leur courage force le respect.









