Imaginez une jeune avocate de 32 ans, connue pour son courage face aux causes les plus sensibles, qui se rend simplement au tribunal pour répondre à des accusations… et qui se retrouve plaquée au sol, menottée, sous les yeux de témoins impuissants. C’est exactement ce qui s’est produit vendredi au Pakistan avec l’arrestation brutale d’Imaan Mazari, une figure respectée de la défense des droits humains, et de son mari, également avocat.
Un climat de tension palpable autour des défenseurs des droits
Ce nouvel épisode intervient dans un contexte où la liberté d’expression et l’indépendance de la justice font face à des pressions croissantes. L’arrestation d’Imaan Mazari n’est pas un cas isolé : elle s’inscrit dans une série d’affaires qui visent à museler les voix critiques au Pakistan.
Qui est Imaan Mazari ?
Née dans une famille engagée, Imaan Mazari s’est très vite imposée comme l’une des avocates les plus audacieuses du pays. Fille de Shireen Mazari, ancienne ministre des Droits humains, elle a choisi de défendre les causes que beaucoup évitent : les réfugiés afghans, les journalistes menacés, les membres des minorités religieuses persécutées.
Son nom est devenu synonyme de résistance. Elle n’hésite pas à prendre en charge des dossiers explosifs, notamment ceux liés aux accusations de blasphème, sujet ultra-sensible au Pakistan où de simples allégations peuvent dégénérer en lynchages publics ou en assassinats.
« La vérité semble très difficile à défendre dans ce pays, mais nous le savions déjà en choisissant cette profession », avait-elle déclaré récemment devant un tribunal d’Islamabad, prouvant une détermination sans faille.
Les faits : une interpellation violente et controversée
Vendredi matin, Imaan Mazari et son mari Hadi Ali Chattha quittaient les locaux de la Haute Cour d’Islamabad pour se rendre à une audience. Ils venaient tout juste d’être libérés sous caution mardi dans une affaire de « cyberterrorisme ».
Mais à peine sortis du bâtiment judiciaire, une escouade policière les a interceptés. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des véhicules de police bloquant leur voiture, puis des agents procédant à une arrestation musclée. Selon le président de l’association du barreau de la Haute Cour d’Islamabad, la police a eu recours à la violence lors de l’interpellation.
Le couple a été emmené dans un commissariat dont l’emplacement n’a pas été communiqué, ce qui constitue, selon plusieurs observateurs, une grave entorse aux règles de procédure légale.
Une douzaine d’affaires en cours
Imaan Mazari fait face à une véritable avalanche judiciaire : pas moins d’une douzaine d’affaires sont ouvertes contre elle. Parmi elles, des accusations de « cyberterrorisme », mais toutes les charges n’ont pas été rendues publiques.
Cette multiplication de procédures est dénoncée par de nombreuses organisations comme une stratégie délibérée d’intimidation et de muselage des voix dissidentes.
« Arrêter des avocats (…) et les emmener dans un commissariat dont l’emplacement n’a pas été divulgué constitue un grave abus de pouvoir et un mépris de la procédure légale. »
Commission pakistanaise des droits humains (HRCP)
La principale organisation de défense des droits humains du pays va encore plus loin : elle accuse les autorités d’utiliser de faux rapports d’enquête préliminaire pour harceler et intimider les opposants, en violation flagrante des garanties constitutionnelles de liberté d’expression et de procédure régulière.
Un contexte politique et judiciaire tendu
Cette arrestation survient quelques mois après une réforme constitutionnelle adoptée en novembre 2025. Présentée comme une refonte du système judiciaire, elle a été qualifiée par l’opposition de véritable « coup de grâce porté à la démocratie ».
De nombreux observateurs estiment que cette réforme vise à renforcer le contrôle du pouvoir exécutif sur la justice, rendant encore plus difficile la défense des droits fondamentaux.
Dans ce climat, les avocats qui défendent les causes sensibles deviennent des cibles privilégiées. Imaan Mazari n’est malheureusement pas la première à être visée, mais son profil médiatique et son courage en font un symbole particulièrement fort.
Les réactions : indignation et solidarité
L’arrestation a provoqué une vague d’indignation. Outre la Commission pakistanaise des droits humains, plusieurs associations d’avocats ont dénoncé une atteinte grave à l’État de droit.
La mère d’Imaan Mazari, Shireen Mazari, a elle-même confirmé l’arrestation via un message sur les réseaux sociaux, exprimant son inquiétude face à ce qu’elle considère comme une nouvelle escalade contre les défenseurs des droits.
De nombreux citoyens, militants et juristes ont partagé des vidéos et des messages de soutien, appelant à la libération immédiate du couple et à une enquête indépendante sur les circonstances de l’arrestation.
Pourquoi cette affaire inquiète au-delà des frontières
Le cas d’Imaan Mazari dépasse largement les frontières pakistanaises. Il illustre les défis auxquels font face les défenseurs des droits humains dans de nombreux pays où la liberté d’expression est remise en cause.
Les accusations de « cyberterrorisme » sont devenues un outil fréquemment utilisé pour criminaliser la critique en ligne et la dissidence politique. Elles permettent d’imposer de lourdes peines et de maintenir une pression constante sur les activistes.
Dans le cas pakistanais, la combinaison d’accusations multiples, de détentions arbitraires et de recours à la violence policière crée un environnement particulièrement hostile pour la société civile.
Que peut-on attendre dans les prochains jours ?
Pour l’instant, le couple reste en détention. Les avocats et les organisations de droits humains exigent la divulgation immédiate du lieu de détention et le respect des droits procéduraux.
La mobilisation internationale pourrait jouer un rôle important. Les regards se tournent vers les instances onusiennes et les partenaires internationaux du Pakistan, qui pourraient faire pression pour garantir un traitement équitable.
Mais au-delà du sort individuel d’Imaan Mazari et de son mari, c’est toute la question de l’indépendance de la justice et de la protection des droits humains qui est posée. Le Pakistan saura-t-il répondre à ces défis sans sacrifier ses engagements démocratiques ?
Un symbole de résistance qui ne plie pas
Malgré les menaces, malgré les arrestations, Imaan Mazari avait affirmé mardi devant le tribunal : « Nous sommes prêts à faire face et ne reculerons pas. »
Ces mots résonnent aujourd’hui avec une force particulière. Ils rappellent que, même dans les contextes les plus hostiles, certains choisissent de continuer à défendre la justice et la vérité, au prix de leur propre liberté.
Cette affaire est loin d’être terminée. Elle continuera probablement de faire parler d’elle, tant au Pakistan qu’à l’international. Et elle pose une question cruciale : jusqu’où ira la répression contre ceux qui osent encore élever la voix ?
Restez informés : l’évolution de cette affaire pourrait bien marquer un tournant dans le combat pour les droits humains au Pakistan.






