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Afrique du Sud : Violence des Zama Zamas Force les Habitants à Fuir

À Sporong, près de Johannesburg, des coups de feu nocturnes vident les habitations. Blessé par balle, un habitant reste malgré la douleur, tandis que des centaines fuient vers un refuge précaire. Mais quand la police interviendra-t-elle vraiment ?
Dans un pays où l’or a forgé l’histoire et les fortunes, des communautés entières se retrouvent aujourd’hui forcées de choisir entre la vie et leur foyer. À Sporong, un settlement informel à une cinquantaine de kilomètres de Johannesburg, la terre tremble non plus sous les machines industrielles, mais sous les pas armés d’hommes désespérés. Des coups de feu nocturnes, des extorsions quotidiennes, des menaces permanentes : les habitants fuient, abandonnant leurs modestes habitations en tôle pour chercher refuge ailleurs. Ce drame, loin d’être isolé, illustre une crise profonde qui ronge les marges des grandes villes sud-africaines.

Quand l’or devient source de terreur pour les plus vulnérables

Imaginez vous réveiller chaque nuit au son de tirs, savoir que des groupes armés rôdent autour de votre maison précaire, exigeant de l’argent que vous n’avez pas. C’est la réalité que vivent de nombreux résidents de ces bidonvilles nés autour des anciennes mines d’or. Johannesburg, ville bâtie sur la ruée vers l’or il y a plus d’un siècle, voit aujourd’hui ses périphéries transformées en zones de non-droit par l’activité des mineurs illégaux.

Ces derniers, surnommés zama zamas – « ceux qui essayent » en zoulou –, plongent dans les galeries abandonnées à la recherche de résidus d’or. Poussés par la pauvreté extrême, le chômage massif et l’absence d’opportunités, ils viennent souvent des pays voisins. Leur présence, initialement discrète, a viré à l’occupation violente, avec des armes à feu, des raids et un racket systématique.

Un raid qui change tout : le cas de Miami Chauke

Fin novembre, un assaut nocturne a marqué un tournant pour Sporong. Des hommes lourdement armés ont surgi, tirant sans relâche sur les habitants qui tentaient de s’enfuir. Parmi les victimes, un homme de 32 ans, Miami Chauke, touché à la jambe gauche. La balle y est toujours logée, provoquant une douleur constante qui l’empêche de marcher plus de quelques mètres.

Assis sur son lit, il pointe l’impact de la blessure et raconte : même sans argent, ils tirent. Ils volent ce qu’ils peuvent – téléphones, cartes, le peu possédé. Malgré sa jambe plâtrée, il reste l’un des rares à ne pas avoir fui définitivement, refusant d’abandonner complètement ce qui fut son chez-lui.

« Ils avaient tous des armes à feu et ils continuaient de nous tirer dessus alors que nous nous enfuyions. »

Cette phrase résume la terreur : une fuite désespérée sous les balles, sans échappatoire réelle. Des centaines d’autres ont préféré partir, emportant le strict minimum.

La vie des déplacés : refuge précaire dans une salle communautaire

À 11 kilomètres de Sporong, à Randfontein, une salle communautaire accueille désormais des centaines de personnes. Familles entassées, matelas fins pour les plus chanceux, sol dur pour les autres. Les fenêtres masquées par des bâches plastiques pour limiter la chaleur étouffante. La nourriture provient de dons, cuisinée sur des réchauds à gaz partagés.

Maria Modikwa, 60 ans, est là avec six membres de sa famille, dont un petit-fils de 10 mois. Ils ont fui avec deux couvertures et quelques vêtements. Elle décrit un quotidien de peur : tirs quotidiens, demandes incessantes d’argent, vols de téléphones et de cartes. Sporong n’est plus vivable.

« Sporong n’est pas bon. Ils nous tirent dessus tous les jours, ils nous terrorisent, toujours à nous demander de l’argent, à nous voler nos téléphones et nos cartes de crédit. »

Julian Mameng, 49 ans et au chômage, partage ce sentiment. Installé à Sporong depuis 2018, il ne sait s’il reviendra un jour. Les zama zamas affirment que le sous-sol regorge d’or, que les habitants vivent sur une « réserve d’argent ». Pour eux, cela justifie tout : menaces, violences, expulsions forcées.

Les racines d’une crise ancienne et profonde

L’exploitation minière illégale n’est pas nouvelle en Afrique du Sud. Des milliers d’individus risquent leur vie dans des galeries instables, asphyxiantes, pour extraire les dernières traces d’or. Cette activité, souvent organisée par des réseaux criminels, génère violence entre groupes rivaux, mais aussi contre les communautés riveraines.

Les settlements comme Sporong, construits au fil des décennies avec des matériaux de récupération, abritent des populations vulnérables : chômeurs, familles modestes, migrants internes. Quand les zama zamas s’installent, ils apportent armes, racket et peur. Les habitants, sans protection efficace, n’ont souvent d’autre choix que la fuite.

Le pays affiche l’un des taux d’homicides les plus élevés au monde, avec plus de 60 meurtres par jour pour 63 millions d’habitants. Dans ce contexte, les violences autour des mines ajoutent une couche supplémentaire de chaos.

Réponses des autorités : promesses et opérations en cours

Face à cette escalade, la police provinciale a annoncé une opération renforcée. Des véhicules blindés ont été déployés, et des appels à l’intervention de l’armée se multiplient chez les responsables locaux. Le chef de la police a promis de traquer ces groupes armés.

En 2023, une vaste campagne nommée « Vala Umgodi » – « fermer le trou » – a été lancée. Des dizaines de milliers de suspects arrêtés, des milliers d’armes saisies. Pourtant, la confiance reste faible. Maria Modikwa ne rentrera qu’avec une protection policière permanente, jour et nuit.

Décembre a vu une tuerie dans un bar clandestin proche, neuf morts et dix blessés, possiblement liée à des règlements de comptes entre zama zamas pour le contrôle des puits. Ces incidents rappellent que la violence ne se limite pas aux surfaces : elle imprègne tout l’écosystème.

Les conséquences humaines : familles déracinées et avenir incertain

Derrière les chiffres et les opérations, il y a des vies bouleversées. Des enfants qui dorment sur le sol, des grands-parents épuisés, des parents sans emploi ni perspective. Le déplacement forcé crée une précarité accrue : perte de repères, difficultés d’accès aux services, stress permanent.

Les conditions dans la salle communautaire sont spartiates, mais préférables aux tirs quotidiens. Pourtant, combien de temps ce refuge tiendra-t-il ? Les dons charitables ne sont pas infinis, l’espace manque, l’hygiène pose problème.

Pour beaucoup, retourner n’est envisageable qu’avec une sécurité garantie. Sans cela, le cycle de la peur continue. Certains parlent de « guerre » pour le contrôle souterrain, où l’or motive les pires actes.

Un phénomène plus large : les bidonvilles face à l’illégalité minière

Sporong n’est qu’un exemple. Autour de Johannesburg, de nombreux settlements subissent des pressions similaires. Les zama zamas, souvent migrants irréguliers, s’organisent en groupes armés pour sécuriser leurs sites. Cela mène à des conflits internes violents, mais aussi à des agressions contre les résidents perçus comme obstacles.

La pauvreté pousse ces mineurs à risquer leur vie sous terre, dans des conditions extrêmes : effondrements, gaz toxiques, absence de secours. Mais leur désespoir se transforme en menace pour les autres pauvres.

Les autorités peinent à contrôler ces zones vastes et complexes. Les promesses d’opérations se heurtent à la réalité : corruption possible, ressources limitées, infiltration des réseaux criminels.

Vers une solution durable ? Défis et espoirs

La lutte contre l’exploitation illégale nécessite plus que des raids. Il faut s’attaquer aux causes : chômage, inégalités, fermeture des mines légales sans alternatives. Réguler l’artisanal pourrait offrir des emplois formels, mais cela demande volonté politique et investissements.

En attendant, les communautés comme Sporong paient le prix fort. Fuir ou mourir : tel est le dilemme cruel. Les histoires de Miami, Maria et Julian rappellent que derrière les statistiques, il y a des humains qui rêvent simplement de sécurité.

La crise des zama zamas révèle les fractures d’une société riche en ressources mais pauvre en équité. Tant que la pauvreté persistera, l’or continuera d’attirer la violence, et les innocents d’en payer le tribut.

Ce drame appelle à une réflexion collective : comment transformer cette richesse minérale en opportunité pour tous, plutôt qu’en source de souffrance ? Les réponses tardent, mais les voix des déplacés, elles, résonnent fort.

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