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Marseille : Orange Déménage Ses Salariés Face À L’Insécurité Extrême

À Marseille, des impacts de balles sur les murs d'Orange forcent l'entreprise à agir radicalement : gilets pare-balles obligatoires, interdiction d'approcher les fenêtres... Mais pourquoi en arrive-t-on là dans un quartier autrefois ordinaire ? La suite révèle une réalité glaçante...

Imaginez-vous arriver au travail un matin ordinaire, et découvrir que votre lieu de labeur ressemble désormais à une zone de conflit. Des trous béants dans les vitres, des impacts de projectiles sur les murs, et cette peur sourde qui s’installe durablement. C’est exactement ce que vivent depuis plusieurs mois les employés d’un grand site industriel à Marseille. Une situation qui a poussé l’entreprise concernée à prendre des mesures exceptionnelles, presque dignes d’un film d’action.

Dans le quartier de Saint-Mauront, au cœur du troisième arrondissement, un important centre opérationnel a vu son quotidien basculer. Ce qui était autrefois un lieu de travail moderne et rénové à grands frais est devenu le théâtre involontaire d’une violence extérieure incontrôlable. Les faits divers s’enchaînent, les alertes se multiplient, jusqu’à ce que la direction décide d’agir de façon radicale.

Quand le travail devient un risque majeur

La genèse de cette crise remonte à plusieurs incidents graves survenus fin 2025. Des détonations retentissent à proximité immédiate des bâtiments, obligeant les équipes à se confiner à plusieurs reprises. Puis, au retour des fêtes, une découverte glaçante : de multiples impacts de balles sur la façade, traversant même certaines fenêtres pour finir leur course dans des salles de réunion. Heureusement, personne n’était présent à ces moments précis, évitant ainsi un drame humain.

Cette escalade n’est pas isolée. Le quartier, connu pour ses difficultés socio-économiques, est devenu un terrain fertile pour les règlements de comptes liés au commerce illicite de stupéfiants. Les points de deal fleurissent, les bandes s’affrontent sans retenue, et les riverains comme les salariés se retrouvent pris en étau dans cette spirale infernale.

Des mesures de sécurité dignes d’une zone de guerre

Face à cette réalité brutale, l’inspection du travail est intervenue avec des recommandations sans précédent. Pour les quelques employés qui doivent absolument rester sur place – essentiellement des techniciens chargés de la maintenance des infrastructures critiques et des agents de sécurité – les consignes sont claires et radicales.

Le port du gilet pare-balles devient obligatoire pour ces personnels exposés. Les vitres du bâtiment seront progressivement remplacées par des versions blindées, capables de résister à des tirs de gros calibre. Mais le dispositif le plus surprenant reste cette interdiction formelle de s’approcher à moins de dix mètres des fenêtres pendant les heures de travail. Une règle qui transforme les open spaces en espaces confinés, loin des ouvertures.

C’est un état de guerre, oui. Gilets pare-balles, vitres blindées et interdiction de travailler à moins de 10 mètres d’une fenêtre… On n’imagine pas ça dans une entreprise normale.

Une représentante syndicale

Cette citation résume parfaitement le sentiment général. Ce qui choque le plus, c’est le caractère inédit de ces protections dans le monde du travail tertiaire. On pense habituellement aux forces de l’ordre ou aux zones à haut risque, pas à des bureaux administratifs ou commerciaux.

Un déménagement progressif mais massif

Pour la grande majorité des quelque 1 200 personnes rattachées au site, la solution retenue est plus radicale encore : le transfert vers d’autres implantations ou le recours massif au télétravail. Les équipes commerciales, administratives et une partie des services support quitteront progressivement les lieux. Seuls resteront ceux dont la présence physique est indispensable pour assurer la continuité des opérations techniques essentielles.

Ce départ n’est pas anodin. L’entreprise avait investi des dizaines de millions d’euros dans la rénovation et la modernisation de ce campus il y a quelques années seulement. Aujourd’hui, ces investissements semblent vains face à une insécurité qui ne faiblit pas. Le processus de relocalisation devrait s’étaler sur environ dix-huit mois, le temps de trouver des locaux adaptés et d’organiser les transitions sans perturber les services aux clients.

  • Transfert des fonctions tertiaires vers d’autres sites marseillais ou régionaux
  • Recours accru au télétravail pour limiter les déplacements
  • Maintien d’une présence minimale technique avec renforts de sécurité
  • Augmentation des patrouilles policières aux abords du site

Ces mesures, bien que nécessaires, soulèvent de nombreuses questions sur la pérennité des activités en milieu urbain sensible. Comment une grande entreprise nationale peut-elle se retrouver dans une telle situation ? Et surtout, quelles leçons en tirer pour l’avenir ?

Le quartier Saint-Mauront : un concentré de difficultés

Saint-Mauront n’est pas un cas isolé, mais il cristallise de nombreuses problématiques des quartiers populaires marseillais. Pauvreté endémique, chômage massif, désertification des services publics : autant de facteurs qui favorisent l’implantation durable des réseaux de trafic. Les affrontements entre groupes rivaux deviennent monnaie courante, avec des armes de guerre circulant librement.

Les habitants, eux, oscillent entre résignation et colère. Certains commerçants locaux observent ce départ sans grande surprise, estimant que les entreprises finissent toujours par plier face à la pression. D’autres regrettent la perte d’emplois et d’activité économique dans un territoire déjà sinistré.

Les salariés, quant à eux, expriment un soulagement palpable. Beaucoup avouent avoir travaillé « la peur au ventre » ces derniers mois, évitant certains horaires ou certains itinéraires. Le sentiment d’être au milieu d’un champ de bataille, comme dans certains films sur les quartiers chauds, n’est plus une métaphore.

Les implications pour le monde du travail

Cette affaire dépasse largement le cadre d’une seule entreprise. Elle pose la question de la responsabilité des pouvoirs publics face à l’insécurité qui gangrène certains territoires. Quand une société privée doit équiper ses employés en matériel militaire pour qu’ils puissent exercer leur métier, cela signifie-t-il que l’État a échoué dans sa mission régalienne ?

Les syndicats, de leur côté, avaient tiré la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois. Demandes de sécurisation renforcée, alertes pour danger grave et imminent, pétitions : tout y est passé. Aujourd’hui, ils saluent la décision de déménagement tout en regrettant qu’elle intervienne si tardivement.

La solution ne peut pas être la fermeture ou le départ dès qu’il y a de la violence aux alentours. Sinon, il n’y aurait plus d’entreprises ouvertes dans certains quartiers.

Un représentant syndical

Cette réflexion mérite d’être approfondie. Faut-il abandonner ces territoires aux trafiquants, ou redoubler d’efforts pour y rétablir l’ordre républicain ? La réponse conditionne probablement l’avenir de nombreux autres sites professionnels situés en zones sensibles.

Vers une généralisation des risques ?

Malheureusement, Marseille n’est pas la seule ville concernée. D’autres métropoles françaises font face à des phénomènes similaires. Des entreprises bancaires, des services publics, des commerces de proximité : tous sont confrontés, à des degrés divers, à cette insécurité croissante.

Le cas présent est particulièrement emblématique car il touche une grande entreprise nationale, symbole de service public modernisé. Si même une structure de cette envergure doit recourir à de telles extrémités, que dire des PME ou des indépendants qui n’ont pas les moyens de s’offrir des protections similaires ?

Les coûts indirects sont considérables : déménagements, aménagements spécifiques, pertes de productivité, absentéisme lié au stress. Sans compter l’impact psychologique sur les salariés, qui peuvent développer des troubles anxieux durables après avoir travaillé dans un tel environnement.

Quelles perspectives pour les employés restants ?

Pour ceux qui demeurent sur site le temps de la transition, la vie quotidienne change radicalement. Les itinéraires d’accès sont repensés pour éviter les zones les plus dangereuses. Des accompagnements sécurisés sont organisés pour les interventions extérieures. Et bien sûr, le port du gilet pare-balles devient une routine, au même titre que le badge d’accès.

Cette situation pose aussi des questions éthiques. Peut-on demander à des techniciens ou des agents de sécurité d’accepter un tel niveau de risque ? Où tracer la limite entre obligation professionnelle et mise en danger injustifiée ?

  1. Évaluation quotidienne des risques avant toute intervention
  2. Formation renforcée aux gestes de survie et de premiers secours
  3. Support psychologique permanent pour les équipes
  4. Rotation accélérée pour limiter l’exposition prolongée

Ces pratiques, autrefois réservées aux théâtres d’opérations militaires, s’invitent désormais dans le quotidien d’une entreprise de télécommunications. Un symbole fort des temps troublés que nous traversons.

Un appel à une réponse collective

Au-delà du cas spécifique, cette histoire interroge toute la société. Comment permettre aux entreprises de s’implanter durablement dans des quartiers défavorisés sans les exposer à la violence ? Comment concilier maintien de l’activité économique et protection des personnes ?

Les réponses passent probablement par un renforcement massif des moyens policiers, une politique urbaine ambitieuse, et une lutte sans relâche contre les trafics qui gangrènent ces territoires. Sans cela, le risque est grand de voir d’autres entreprises suivre le même chemin, accentuant encore la désertification de ces zones.

En attendant, les salariés marseillais concernés peuvent enfin entrevoir un avenir moins anxiogène. Mais le souvenir de ces mois difficiles restera gravé, rappel constant que la sécurité n’est jamais acquise, même au cœur d’une grande démocratie européenne.

Ce qui se passe à Saint-Mauront n’est pas une fatalité. C’est un avertissement. À nous tous de décider si nous acceptons que des lieux de travail se transforment en bunkers, ou si nous choisissons de reconquérir ces espaces pour en faire à nouveau des endroits où l’on vient travailler, innover et vivre, sans craindre pour sa vie.

Points clés à retenir

  • Impacts de balles répétés sur un site professionnel majeur
  • Mesures extrêmes imposées par l’inspection du travail
  • Déménagement de la majorité des 1200 salariés
  • Quartier gangrené par le narcotrafic et les règlements de comptes
  • Symbole d’une insécurité qui touche désormais le monde du travail

L’avenir dira si cette affaire marquera un tournant dans la prise de conscience collective. En attendant, les faits sont là, têtus et implacables.

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